Le Centre de Documentation de la Musique Contemporaine organise, une rencontre sur le thème des arts sonores installés, ce qui confirme la
reconnaissance de formes d'arts sonores et plasticiennes qui, si elles sont souvent gardées dans le giron des musiques contemporaines, n'en acquirèent pas moins progressivement leur
appartenance à un champ artistique propre. En voici le programme.
Jeudi 22 novembre 07
Par nature, le son est mobile.
Or, toujours plus de créateurs - plasticiens ou compositeurs - « installent » le son, le configurent dans des espaces particuliers sous des formes dédiées.
Pour ces artistes venus d’horizons totalement différents, ces formes nouvelles recouvrent-elles les mêmes démarches, les mêmes pratiques ? À quelles nécessités créatrice et historique
répondent-elles ? Quel nouveau rapport avec le public sont-elles ou non, en train d’instituer ?
Réunis lors de cette journée, des acteurs de ces deux disciplines, musicale et plastique, - créateurs, historiens, musicologues, galeriste, programmateurs, critiques… - mettront en regard
leurs pratiques pour tenter de cerner ce que recouvre la dénomination commune d’« installation sonore ».
À l’occasion de la présentation de l’installation musicale et plastique Chambre du Temps de Claire Renard (composition et idée originale) et Esa Vesmanen
(design, vidéo et lumière) à l’Institut Finlandais (7 au 30 novembre 2007), journée d’étude organisée avec la collaboration du Cdmc et de l’Institut finlandais.
Modérateur : Pierre-Yves Macé, critique musical, compositeur,
collaborateur de la Revue Mouvement
. 9h45 : Accueil par Marjatta Levanto et Laure Marcel-Berlioz . 10h : Histoire Bastien Gallet, musicologue . 10h30 : Territoires et lieux James Giroudon, directeur de la Biennale Musiques en Scène et du Grame à Lyon Daniel Deshays, auteur de « Pour une écriture du son » (Coll. 50 questions, Klincksieck) et professeur à
l'ENSATT
François Quintin, directeur du FRAC Champagne-Ardenne Philippe Franck, directeur artistique de City Sonics et de Transcultures
Jérôme Delormas, directeur de Lux – Scène Nationale de Valence et commissaire de la Nuit Blanche 2007/Paris
PLAYBACK Exposition de clips musicaux au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris 20 octobre 2007
– 6 janvier 2008
Nombre d'artistes vidéastes ont fabriqué de l'image-présentoir-à-chanson autrement nomée clip musical. Cette image animée au départ, est au
service de la musique, commercialement parlant en tout cas. Une sorte de carte de visite multimédiatique où
sons, images, danse, cohabitent. Petite forme vidéo délurée, incisive et souvent impertinente, elle sert de faire-valoir à une chanson, une musique, un album, un groupe. Sa
forme courte, ses flash percutants, tout droit venus du monde de la publicité, ont donné lieu à de nombreuses réalisations, où humour, provocations, pastiches et détournements sont légions,
enfants terribles et héritiers du joyeux bidouilleur multimédia avant l'heure qu'a été Jean-Chistophe Averty.
Les standards de la vidéo ont été chamboulés avec ces clips, qui ont bénéficier des derniers progrès numériques, trouvant ainsi de nouveaux terrains d'expérimentations assez surprenants dans leur
démesure visuelle et leurs montages aussi serrés que trépidants.
Ils ne s'agit donc pas ici de création sonore pure, puisque le support sonore, ou plutôt musical, est préexistant, mais de la création visuelle qui vient habiller, et cohabiter par de savants
calages, ou décalages avec les musiques. Ce champ d'exploration a engendré quelques fois des recherches visuelles véritablement avant-gardistes.
En symbiose, ou en contrepoints de la musique, et parfois complétement décalées, toutes les esthétiques se retrouvent dans ce grand bouillonement médiatique des années 70-80. Le célèbre
Bohémian rapsody du groupe Queen (1975), est aujourd'hui considéré comme l'un des premiers archétype modèle du genre.
Au delà de leur première visées commerciales, Les clips ont aussi été les vecteurs parfois violents, en prise directe sur leur époque,
de mouvements underground, de positions sociales revendicatives, militantes, traitant de la libération sexuelle, du racisme, de la non violence, de la
reconnaissance homosexuelle, tant au travers des textes chantés que des images...
Depuis les années 80, beaucoup d'artistes, tels que Laurie Anderson, Philippe Découflé, Andy Warhol, David
Lynch et dans un style plus cinématographique les Monty Python, pour ne citer qu'eux, ont oeuvrer à la confection de clips musicaux.
Le Musée d'Art moderne de la ville de Paris a donc décidé, dans une exposition nomée Playback, d'exposer des clips musicaux, ce qui
constitue une opération assez rare, sinon inédité, pour le souligner. Une cinquantaine d'artistes, des années 80 à aujourd'hui seront ainsi
présentés dont : Doug Aitken, Laurie Anderson, Cory Arcangel, assume vivid astro focus, Charles Atlas, Alex Bag, Judith Barry, Sadie Benning, Johanna
Billing, Michael Bell-Smith, Joseph Beuys, Dara Birnbaum, Black Leotard Front, Rebecca Bournigault, Robert Breer, Olaf Breuning, Buckle Bunnies, Miguel Calderon, Cao Fei, Antoine Catala, Roberto
Cuoghi, Brice Dellsperger, Devo, Eric Duyckaerts, Robert Frank, Mario Garcia Torres, Rodney Graham, Daniel Guzmán, Camille Henrot, Thomas Hirschhorn, Damien Hirst, Karl Holmqvist, Jonathan
Horowitz, i could never be a dancer, Derek Jarman, Susi Jirkuff, Tomoki Kakitani, Richard Kern, The Kingpins, Thomas Lélu & JD, Christelle Lheureux, Kalup Linzy, Jacques Lizène & Daniel
Dutrieux, Lydia Lunch, Las Malas Amistades, Paul McCarthy, Jill Miller, Melvin Moti, Petra Mrzyk & Jean-François Moriceau, Melik Ohanian, Tony Oursler, Paper Rad, Cécile Paris, Martin Parr,
Ara Peterson, Maroussia Rebecq & Mathieu Danet, The Residents, Michael Roy, Kati Rule, Joanna Rytel, Wilhelm Sasnal, Susan Smith-Pinelo, Sonic Youth, Georgina Starr, Los Super Elegantes, Jimi
Tenor, Wolfgang Tillmans, Jean-Luc Verna, Andy Warhol, William Wegman, Wyldfile, YOUNG-HAE CHANG HEAVY INDUSTRIES...
Des conférences et performances viendront compléter la sélection de clips présentés.
Peut on déduire que la création de clips par de grands noms de l'image donne à ces derniers le statut d'oeuvres d'arts référentes de notre société
contemporaine ? Que le fait qu'un Musée d'Art Moderne les accueille leurs servent de laisser-passer dans le Gotha des compositions multimédia ? Ou que seuls quelques OVNIS peuvent prétendre
pénétrer le Panthéon des oeuvres sonores ? La question est posée, et je ne suis pas sûr que la seule visite d'une exposition suffise à y répondre.
Au-delà de l'originalité de la démarche, cette programmation soulève pour moi une question importante. On dit souvent, et à juste titre je pense,
que nous vivons dans une société de l'image, et que le son et l'écoute ne sont certainement pas considérés comme ils le devraient. On a constaté, depuis l'arrivée du cinéma parlant (ou sonore)
que, nonobstant les dialogues, la bande-son était en générale d'une pauvreté affligeante, que le sons était très souvent sous-employés, ou très mal, redondants, prétentieux... Tout le monde n'a
pas, hélas, l'oreille d'un Tati, d'un Godart, ou l'inventivité d'un tarkowski et d'un Bresson.
Pour en revenir aux clips, où l'image est traitée avec maestria, dans une énonciation à la rapidité bluffante, par des virtuoses du montage, on peut craindre que le rapport image-son n'en sorte
pas grandi. On envisagera, même sans savoir si l'exposition aborde cette question, que le "trop-à-voir" interpose entre le spectateur-auditeur et le clip, un effet de masque sur le "bien
entendre", et que le visuel s'impose de façon hégémonique. Peut-être serait-il bien d'avoir cette idée en tête avant de visiter l'exposition, pour tenter de prendre un peu de recul sur notre
façon de voir et d'entendre des clips musicaux, ce qui n'enlève rien à l'intérêt de la démarche du Musée d'art moderne de Paris.
Bien au contraire, ces questionnements nous poussent à aller voir et entendre ces oeuvres-clips avec une curiosité nouvelle, car leur intrusion dans un espace muséal, et la cohabitation d'un
grand nombre de projets différents en un même lieu, créent une décontextualisation qui donne envie d'en savoir plus, en s'éloignant des circuits classiques impulsés par MTV.
ARC/Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
11 avenue du Président Wilson
75116 Paris
Tél. : 01 53 67 40 00
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 22h
Site Internet de l'exposition :
www.myspace.com/playback_arc Le dossier de presse
L'appel à contribution, sous forme d'un concours pour la conception et la réalisation d'installations sonores est assez rare pour être souligné ici.
Notons la spécificité des lieux d'installation puisqu'il s'agit d'abris anti-atomiques à Lauzanne (Suisse).
A quand les chamignons sonores ?
Avis aux musiciens, aristes sonores, plasticiens travaillant le son, voici l'article consacré à ce concours.
concours de création
POUR UNE INSTALLATION SONORE DANS LES ABRIS
du 1er au 27 avril (entrée libre)
Le concours d’installation sonore
Espace privilégié pour les installations sonores, les abris antiatomiques accueilleront le lauréat de la cinquième édition du concours d’installation sonore du 1er au 27 avril.
Un appel aux projets est dès aujourd’hui lancé. Le projet sera conçu spécifiquement pour les abris et ses qualités acoustiques et spatiales particulières. Un
dossier de deux pages maximum présentant le projet, accompagné d’un budget et d’un plan de financement, doit nous parvenir d’ici au 31 janvier 2008. Des documents annexes (CD, CV, photos, etc)
peuvent être joints au dossier.
Le lauréat reçoit la somme de 1'000 CHF pour la réalisation de son projet.
Pour toutes informations complémentaires, s’adresser au +41 (0)21 625 11 22.
Installation de Rudy Décelière au Centre d'Art Scénique Arsenic de Lausanne
Les lauréats des dernières éditions sont :
2007 : Thomas Koenig et Simon Deppierraz
2006 : Nicolas Party
2005 : Gilles Furtwängler
2004 : Mathieu Winkler et Guillaume Vionnet
Les Arts de la Rue se font Entendre
Samedi 27 octobre,Rues libres,
Journée nationale des arts de la rue
à Strasbourg
En matière de création sonore, je l'ai constaté ces dern!ères années, en parcourant les festivals, que les compagnies qui oeuvrent dans la rue, je dirais même
pour la rue et l'espace publique, ne sont pas en reste, loin de là. Nombre de troupes se sont même spécialisées dans la création de spectacles où d'installations sonores, nous en reparlerons très
certainement.
Ce samedi 27, la Fédération Nationale des arts de la rue, les compagnies et artistes parties prenantes, des municipalités et autres collectivités
territoriales, ont décidé, par une journée d'action militante, de mailler le territoire de prestations artistiques tous azimuts.
Cette action a pour but de faire connaître, ou reconnaître le travail des artistes de rue, qui joueront gratuitement ce jour là dans la rue, pour renforcer la visibilité d'une profession qui se bat , non sans mal, pour offrir "du spectacle pour tous".
Revenons à la cause sonore. A strasbourg se tient une compagnie dont le nom "Le bruit qu'ça
coûte" est déjà tout un programme, et pourrait servir d'intitulé à un manifeste défendant la création sonore.
Cette compagnie et l'association la p'tite maison, qui travaille à promouvoir les musiques
électroacoustiques, ont donc décidé d'organiser à leur façon, c'est à dire essentiellement avec des sons, la journée "Rue libre" .
Voici un aperçu de sa programmation :
Samedi 27 octobre
entre 12h01 et 15h27
à la Friche Laiterie
10, rue du Hohwald, Strasbourg
Salon de coiffure pour l’oreille
(JPG)
En collaboration avec Le bruit qu’ça coûte, l’association la p’tite maison vous propose de tester : La Shampouineuse géographique et sonore.
Venez nombreux vous faire teindre les oreilles, masser les tempes, friser l’ouïe, coiffer vos sens...
Nos coiffeurs d’oreilles vous proposeront leur catalogue « tendance », composé d’un large choix de bruits du monde.
à la friche laiterie
10, rue du Hohwald - Strasbourg
12 h 01 : Les premières sirènes de la ville (installation sonore extérieure), puis Manifeste pour les arts de la rue
12 h 09 : Les Rutopiques,l’extraordinaire audioguide de Strasbourg
réinventé, création sonore de Philippe Aubry diffusée en extérieur tous les quarts d’heure
12 h 17 :
Les chimères de l’escalier (rejouées à 13 h 51) performance dansée par la compagnie E.Echo sur une proposition sonore de la
compagnie Le bruit qu’ça coûte
12 h 27 : Les deuxièmes sirènes de la ville annonçant le début du stammtisch (pique-nique/débat citoyen)
13 h 33 :
Les lectures urbaines de Luc Schillinger
14 h 02 : Contes et rencontres de rue par Nicole Docin-Julien
14 h 46 :
Rutopitreries et opinions sur rue, ou comment se perdre au hasard du sens, lectures de textes par Pierre Zeidler
entre 12 h 01 et 15 h 27 :
Le salon de coiffure pour l’oreille, par les friseurs d’ouïe de la P’tite Maison
Comme le précise l'édito du site consacré au festival, ce dernier fait une pause sur l'image (et non un arrêt), pour se centrer cette année sur la cause
sonore, preuve s'il en fût de la vitalité des pratiques audio.
La création sonore, à en lire la presse spécialisée ou non, et à constater l'agitation toute bruissante des manifestations dédiées aux arts contemporains, numériques, multimédia... semble être
dans l'air du temps. Mais cette émulsion sonore suffit-il à justifier une légitimité artistique à toute épreuve, et qui plus est à long terme ?
La question posée aujourd'hui ne trouvera sans doute de réponse(s) qu'au fil des années à venir.
L'édito nous précise d'ailleurs fort justement que... Ces dernières années, nous avons assisté à de nombreuses initiatives cherchant à intégrer le son dans le champ des arts
plastiques...
Si l'on ne peut nier cette évidence, je préciserais néanmoins que nous avons également assisté à des initiatives où l'artiste a fait rentrer les arts plastiques dans la création sonore.
Cette autre façon, inversée, de voire et d'entendre les choses (dans le sens du bon entendement), va dans le sens d'une nouvelle recherche de visibilité et matérialité que nous avons abordé dans
les chapitres précédents.
Peut être même pourrions-nous avancer l'idée que sonore et plasticité se sont conjointement fondus, sans qu'aucun des protagonismes n'ait chercher à englober l'autre, avec le risque de le
phagocyter.
Toujours est-il que les pratiques du sonore, au sein de champs artistiques croisés, parfois finement tissés et étroitement imbriqués peuvent être une arme à double tranchant, en brouillant
les pistes, les repérages "par champs", chers aux critiques d'arts, et parfois au public, comme le fait toujours remarqué l'édito de RIAM en notant ... Croisements et tentatives d’échanges,
collaborations et hybridations subvertissent la clarté des catégories traditionnelles...
En tous cas,saluons l'initiative de RIAM de mettre un coup de projecteur (ou de haut-parleur) sur les arts sonores.
Pour ce faire, on trouvera représenté dans le festival plusieurs champs de création propres aux arts sonores, sous forme d'ateliers, rencontres, écoutes, tables rondes, performances,
installations...
Tout d'abord la présence de Labels militants, dans le sens où ils concilient l'édition musicale novatrice, alternative dirait on de nos jours, donc le travail de compositeurs, à celui de
plasticiens, les deux travaillant de concert si j'ose dire. Ces labels indépendants et courageux naviguent à contre-courant de la grande distribution, des tuyaux à musique pour une
masse bien écoutante, sans faire aucune concession à la qualité des créations, et avec parfois une radicalité salvatrice pour notre écoute. Longue vie à eux !
C'est le cas notament d'Optical Sound de Pierre Belouin et Rainier
Lericolais et d'Active Suspension avec Davide Balula qui croisent oeuvres de supports, concerts-performances et installations, dans cet esprit de
transversalité qu'affichent et pratiquent aujourd'hui les arts sonores.
Petit coup de coeur personnel, écoutez C Airs de Paris de Rainer Lericolais,
podcastable sur le site du centre Pompidou.
Autre volet de création présenté, la création radiophonique, avec ses technologies de réseaux, de flux et de podcast, nouveaux outils connaissant un essor croissant avec le développement des
technologies internet.
Pour présenter ces courants, on trouvera avec laboîteblanche et Carl. Y,
responsables du festival NOMUSIC, qui proposeront leur étonnante machine à fabriquer du sons à partir des streams présents sur la toile :
www.audiotrace.tk.
On rencontrera également Etienne Noiseau, qui après avoir beaucoup travaillé sur la création radiophonique bruxelloise est maintenant l'un des piliers de la création radiophonique marseillaise avec la
bouillonnante web radio Radio Grenouille, ainsi que Thomas Lucas, à propos du
streaming.
Et pour se creuser un peu plus les méninges, le Philosophe, producteur, éditeur et fondateur du festival Suisse Archipel, Bastien Gallet viendra nous interroger sur les questions de Musiques
et kinestesie, et l'amplification sonore comme stratégie artistique. Tout un programme !
Voila donc un menu copieux et bien alléchant pour nos oreilles, et autres sens, dans la Cité phocéenne. Programme et lieux
Mécaniques, mécanismes, constructions sonores et autres bricophonies
Dans un premier volet, nous avons vu que les arts sonores, en s'installant dans des lieux variés, parfois surprenants, avaient la volonté, ou tout
au moins les artistes qui y participent, de se montrer autrement, voire de se montrer et de se faire entendre mieux.
Voyons maintenant comment, en étant générée par d'incroyables machines, en se glissant dans d'étranges rouages, en donnant parfois aux publics le
"pouvoir" de fabriquer lui-même des sons, la matière sonore se concrétise un peu plus, de la plus simple mécanique au circuit imprimé des plus complexes.
Instruments et lutherie
On peut penser que la création d'instruments sonores ou musicaux, dans des temps primitifs la nuance peut être très mince, remonte justement à... très
très très longtemps.
Jeux avec des bois, os, boyaux tendus, assemblages de différentes matières, façonnage des métaux, les outils du sonore ne datent pas
d'aujourd'hui.
Les technologies évoluant avec la maîtrise des matériaux, tout un système de lutherie s'est progressivement installé, avec des savoirs-faire de plus en
plus pointus. Les idiophones, cordophones, aérophones et autres familles se sont structurés, au gré des civilisations, des aspirations esthétiques et de ensembles musicaux qui en ont
découlé.
Dans les pratiques populaire et savantes, si tant est que ce distingo dichotomique soit toujours avéré, les violons, pianos, trompettes, hautbois,
saxophones sont progressivement apparus, et sont devenus de plus en plus performants... Plus tard viendront s'ajouter, avec l'apparition de l'électricité, et par là de l'amplification, des
machines électroniques, toute la famille des synthétiseurs et outils à traiter le son, ouvrant de nouvelles voies d'explorations jusque là inouïes.
La recherche du timbre spécifique, d'une ergonomie de jeu propre à servir les musiques localement jouées, ont poussé ces outils à un haut degré de
perfectionnement et de raffinement, tant technique qu'esthétique.
Les facteurs d'orgues, les luthiers de quatuor à cordes sont devenus, et sont encore considérés, à juste titre, comme des artisans très hautement
qualifiés, ou la main est au service de l'oreille, et vis et versa.
Cependant, dans les mécanismes, bricolages et constructions sonores qui nous intéressent ici, la musique n'est plus au corps des écritures et des
pratiques, mais ce sont plutôt les expériences sonores, déconnectées des système de compositions et des recherches timbrales que l'orchestre demande qui nous
intéresseront.
Si l'on peut encore, d'une certaine façon, évoqué la lutherie en terme de créations d'instruments producteurs sonores, on lui accolera très souvent le
qualificatif d'expérimentale, pour dissocier les champs de pratiques musicales "Classiques". Cependant, cettte lutherie puise autant ses sources dans la recréation à partir d'instruments
"classiques", ethnologiques, que de la miniaturisation des circuits imprimés et puces électroniques. Méfions nous donc des appellations trop rigidement "cataloguisante" A voir, le Site OddMusic Experimental Music Instruments
Belà Bartok en son temps à traité le piano comme un instrument de percussions. Les
gens du groupe Fluxus, au cours de leurs célèbre happening, ont mis en avant le statut ôh combien sonore d'un violon ou d'un piano, lorsqu'ils les
brisaient bruyamment sous les yeux du public tantôt amusé, tantôt scandalisé.
Nombre d'artistes ont prôné une utilisation non conforme d'un instrument de musique, par un détournement de ses modes de jeux, une extension du
geste, l'adjonction d'objets, de corps ou de mécanismes étrangers, les effets d'amplification ou de traitements sonores que l'on trouve dans les musiques mixtes, et autres modes de jeu que
le luthier n'avait pas envisagé à la conception de l'instrument. John Cage a en son temps doté le piano de nombre de sonorités inédites et inouïes, en
plaçants sur les cordes et les marteaux des objets étrangers, balles de ping-pong, ressorts, vis plaques métalliques, avec ses célèbres piano préparés.
Dans les musiques contemporaines, la recherches d'effets, de bruits de souffles, de mécanismes, de cordes frottés avec des excitateurs diverses, le jeu
avec des techniques et des règles de jeu parfois aléatoires, ou improvisées, placent parfois le son, le timbre, bien en amont des critères rythmiques, mélodiques, harmoniques, quand
ceux-ci sont encore pris en compte. Les limites du musical et du sonore sont-elles atteintes ? Dépassées ? Remises en question ?
L'artiste se contente-il des sons instrumentaux, même si ceux-ci ont cherché à s'éloigner du beau son, du son lisse, comme l'un des critères d'une
qualité musicale intrinsèque ?
Le nouveau, mais déja ancien, statut du bruit
Dans les années 20, les futuristes italiens, Russolo et Marinetti à leur
tête, on affirmé haut et fort que, dans une civilisation qui devait vouer au progrès technique, à la machine, à la vitesse, une vénération sans borne, le bruit pouvait et devait devenir une
composante principale de la musique. A lire dans le célèbre manifeste futuriste de "l'Art des bruits" de
Russolo.
Ce même Russolo mettra d'ailleurs en pratique son manifeste en créant des "machines à bruits", bruiteurs, Hululeurs,
Froufrouteurs, Bourdonneurs, Eclateurs, Glouglouteurs, Sibileurs, Coasseurs, Crépiteurs ou Grondeurs... avec lesquels sont donnés dans les années
20 plusieurs concerts de bruits.
Ces représentations, mêlant une orchestre traditionnel et 29 bruiteurs, sont tout à fait dans l'esprit provocateur des dadas, et provoquent de véritables tollés de la part du public, quand les
représentations ne s'achèvent pas en pugilat. Ecoutez un extrait
d'époque
Pierre Schaeffer reprendra cet "art des bruits" à sa façon, avec l'aide des
magnétophones capables de figer le son, de le jouer en boucle, à l'envers, à l'endroit, plus ou moins vite, de mélanger plusieurs sources sonores à l'écoute, de monter des des sons bout à
bout, cette idée que tout corps sonore peut devenir élément de composition musicale. Nous reviendrons sur l'apport des démarches compositionnelles dites concrètes, et de ce que l'on nome
aujourd'hui les musiques électroacoustiques, ou acousmatiques. Ecoutez le Solfège de l'objet sonore 1966
Aujourd'hui, de nombreux travaux, notamment dans les domaines que je qualifierais d'environnementaux, portent sur des phonographies, ou l'art de
travailler à partir des prises de sons naturelles (paysages sonores urbains, rural, soundscapes), ou sur des réalisations pensées pour s'installer en prise directe avec les sonorités ambiantes.
Donc le "son naturel" ou les bruits ambiants , pas forcément synonymes ici de nuisance, ou de gêne à la communication comme les qualifient les théories de la communication, sont bel et bien
utilisé une matière à composer du musical ou du sonore, qui utilisera le magnétophone, les matières et objets, comme des ustensiles spécialement conçus à dessein de produire des sons. On
arrive ici la une notion parfois ambigüe de la musique de bruits.
L'ère de la récupération sonore et du joyeux bricolage
Notre société produit aujourd'hui de milliards de tonnes de déchets, rebuts recyclés dans le meilleurs des cas, ou bien abandonnés à leur lente
dégradation-destruction dans des stockages divers. Et à l'heure du développement durable... Voilà donc une manne, riche en mécanismes désuets, impitoyablement abandonnés, en matières résonnantes,
pour le bricoleur qui aurait des envies de triturer des sons, à la recherche de nouveaux sons et gestes, et en même temps de nouvelles esthétiques, tant sonores que visuelles.
La construction à base de matériaux de récupération n'est certes pas nouvelle, jean Tinguely et ses
méta-mécaniques sonores, Nicolas schöffer l'un des pères des arts électroniques et de l'intéractivité, et ses sculptures cybernétiques et
spaciodynamiques ainsi que bien d'autres sculpteurs-assembleurs de l'art cinétique ont introduit, vers les années 50, en même temps que le mouvement, le sonore dans leurs
oeuvres.
Aujourd'hui, des artistes de renom bricolent de fabuleux mécanismes aussi bruissants, et même parfois bruyants que poétiques, ludiques et parfois un brin
déjantés.
Le nom de bricophonistes, donné à son travail par Armel Plunier, me paraît assez bien leur
convenir.
Citons par exemple : Jacques Rémus, créateurs d'un orchestres de machnies à laver automates, d'un concertomatique, gigantesque
machineries d'orgues mécaniques et pneumatiques, d'un carillon-automate magiquement suspendu sur des rues des ponts... et de bien d'autres belles machines dites
mécamusiques.
Pierre Bastien, autre grand bricoleur et installateur de mécanos sonores, de robots musiciens, d'orchestres
de chambre ornithologiques à bec...
Regardez, écoutez
Frédéric Lejunter, infatiguable installateur assemblant une mutitude de petits mécanismes animés et sonnants, à
l'image parfois surdimensionnée par des sources lumineuses projetant, avec un effet loupe, les mouvements en ombres chinoises sur les parois des lieux d'exposition... Regardez, écoutez, Le carillon
Pierre Gordeeff, jeune concepteur de superbes machineries sonores
cinétiques, poétiques, et qui se prêtent parfois au jeu des musiques improvisées et de la performance live.
Alain de Filippis, et ses drôles d'expositions avec des machines sonores à manipuler, ses petites musiques de
bruit à manipuler, pleines d'humour...
Jeranium et la compagnie Metalu à Chahuter, qui fabrique nombre d'engins sonores produisant
râclements, tintinabulements et schuintements lorsque l'on en actionne leurs manivelles...
Armel Plunier et ses jeux sonores, sculptures musicales jeux sonores qui font le plaisir des petits comme des
grands...
Lionel Stocard et sa chambre à rêver les oreilles grandes ouvertes
Plusieurs approches se distinguent dans cette grande fabrication sonore.
La première et une construction mécanique entièrement automatisée, qui se met en branle et suit son cycle sans forcément une intervention du public, si
ce n'est parfois la mise en marche par l'installateur, ou la détection d'un mouvement via des capteurs de présence; la deuxième, souvent plus mécanique au sens premier du terme, se manipule
directement par les spectateurs-auditeurs, orchestres de machines bruiteuses, renforçant ainsi le côté ludique et intéractif de ces installations. Nous reviendrons prochainement sur les
aspects intéractifs, souvent mis en oeuvre dans les arts contemporains, et plus particulièrement dans les arts multimédias, numériques, cinétiques et sonores
Parfois, la machine peut être uniquement productrice de sons, autonome ou manipulée par le public ou son créateur, mais elle peut également servir, à
d'autres moments, d'instruments, ou de machines accompagnantes, à des musiciens et performeurs, à des orchestres, devenant elle-même instrument musical. Je vous disais bien que les limites et les
frontières ne sont jamais très nettes.
Les circuits tordus et le "faîtes le vous-même"
Dernière partie de ce chapitre consacré aux constructions sonores, une pratique née il y a déjà quelques années, impulsée par l'américain Reed Ghazala :le Circuit Bending, ou littérallement, la manière de tordre, voir de torturer un circuit électronique, pour le faire chanter ou gémir, selon les
cas. Ainsi, les poupées parlantes, pianos-jouets et autres orgues pour enfants se verront triturés, court-circuités, de façon à en tirer les sons les plus inattendus, et pour le peu plus
bruitistes que musicaux, quoi que....
Cette pratique, si elle ne cherche pas à créer l'oeuvre d'art sublime, est pleine d'humour, voire de dérision, avec un regard décalé sur une société de
consommation riche en déchets, et souvent bien pauvre en sons. Ces jouets, lâchement abandonnées à la déchetterie, retrouveront pour quelques temps une nouvelle jeunesse, et de nouvelles
voix.
Des festivals de bending sont organisés ici et là, et connaissent un succès grandissants, qui redonnent à
nombre de grands enfants le plaisir de bidouiller du son sans se mettre martel en tête, et sans trop bourse déliée car les vide-greniers regorgent de ces jouets sonores.
Autre pratique qui reste tout à fait dans l'idée du bricolage, proche du bending, le DIY "Do it Yourself", ou faîte le vous-même pour les
anglophobes.
Il s'agit ici de bricoler des circuits, des instruments acoustiques ou électroniques, en faisant tout soi-même de A à Z. Quelques sites illustrent
l'imagination sans limite de ces bricoleurs du sonore qui, là encore, n'ont d'autres prétention que de jouer avec les sons, en mettant parfois au point de véritable petits bijoux, tout droit
venus de l'art brut.
Le monde du bricolage sonore, du petit objet jusqu'à l'installation monumentale en passant par la sculpture, est donc très diversifié, parfois hétéroclite. Par la manipulation ou la
fabrication, on touche de prêt au "mystères du son", de sa fabrication, de ses principes acoustiques, de ses recettes de lutherie, de ses innombrables modes de jeu. Une autre façon que les
artisans et activistes du son ont trouvé pour faire en sorte que les arts sonores se matérialisent un peu plus encore.
On pourrait d'ailleurs parler beaucoup plus longuement de la lutherie dite expérimentale et de ses incroyables découvreurs, mais cela demanderait un
chapitre entier, voir plus.
Aussi, en attendant, je vous conseille de :
- Lire Les chercheurs de sons, de Gérard Nicollet, une véritable
petite bible très agréable à lire, et à regarder, consacrée à ce sujet
- Aller visiter le blog éponyme et du même auteur pour en savoir encore plus.
Il fut un temps où la radio était à la fois nationale et défricheuse, car en terrain encore vierge. Il fut un temps où elle devint radicalement commerciale et racoleuse. Il fut un temps où l'on crût aux radios
libres, après avoir été pirates, et avant de devenir associatives; beaucoup ayant été avalées toutes crues par les grandes carnassières pompes à musique.
Il fut des temps où se créèrent et subsitèrent, contre vents et marées, des espaces, ou ateliers de création radiophoniques, en France, en Belgique, ou
bien ailleurs. (ACR, ASCR) Il est un temps où internet développe de nouveaux terrritoires de créations et de diffusion, et où un bouillonnement fertile se fait sentir. (ARTE RADIO, SILENCE RADIO, RADIO
GRENOUILLE...) Il est un temps où la radio se montre , de festivals en installations (RADIOPHONIC à Bruxelles, PHONURGIA en Arles, LONGUEUR D'ONDES à Brest...),
où les flux, streaming et autres podcasts ont sensiblement changé nos habitudes d'écoute. Mais nous en reparlerons sans doute
très prochainement.
Venons à l'ordre du jour.
Dans quelques jours débute Radiophonic, le festival de création radiophonique Belge, impulsé par les Ateliers Sonores dce
création Radiophoniques Bruxellois. Il mêle écoute, créations in situ, rencontres, performances, installations, méta-radio,
écoutes en ligne.
Voici comment le collectif d'organisation le définit :
... Une radio éphémère en direct et en public, un flux sonore 24h/24
du 25 au 28 octobre 2007
Partant du poste radio, le festival s’ouvre sur le “post-radiophonique“: une tentative d’appréhender de nouvelles formes de langages, d’expressions
sonores et de modes de diffusion qui se propagent au delà d’une volonté de contrôle, de propagande ou de discours. C’est une radio en train de se faire dans laquelle les trois genres de l’art
radiophonique -fiction, documentaire, création sonore- sont abordés dans leurs formes pures ou poreuses, à travers la thématique de la contamination.
Le festival Radiophonic offre un espace-laboratoire afin d’utiliser la radio comme art, pour les preneurs de son et metteurs en
ondes tout autant que pour les artistes de toutes disciplines, poètes, journalistes, animateurs, activistes, scientifiques et non avertis.
Si le propre du son est de se propager librement parfois malgré nous. A Radiophonic, la radio hertzienne et Web sera le support de
transmission des virus sonores que toutes les formes de création, de la littérature, à la musique, au théâtre, à la danse ou aux arts plastiques s’approprient pour les parasiter et les
transformer.
La radio est en pleine mutation. Un déferlement extravaguant et pléthorique se déroule sous nos yeux et surtout dans nos oreilles.
« Sans trop de bruit, avec son élégance et sa discrétion naturelle, la radio fait sa révolution ».
Montpellier donne de la voix
Un festival autours des mots dits, des mots doux, des mots durs.
Des mots en musique, des musiques de mots, des mots en voix.
De la poésie sonore, des performances, de l'improvisation, de l'électroacoustique, de la création radiophonique; un beau panel d'art sonore au Centre chorégraphique national de Montpellier
Roussillon-Languedoc.
Programme en vrac Olivier Cadiot, lecture / Tetuzi Akiyama, guitare, concert / Syntax, Denis Dufour, acousmonium
Motus, Luc Ferrari, presque rien n°2, diffusion / La Monte Young, Poem 1960, avec Didier Aschour, bancs, Benoit Bouvot, table, Yannick Guédon, bancs, Jean-Christophe Camps, table, Carole Rieussec,
chaise, performance / Celeste Boursier Mougenot, Enna Chaton, From ear to here, projection / Gaetan Bulourde, performance / Christian Bök, poésie sonore / Marika Bührmann, performance /
Mattin, voix, ordinateur, concert / Andy Moor guitare, DJ Rupture, platines, concert / Arte Radio, Silvain Gire, conférence / Manuel Joseph, lecture / Stéphane Bérard, performance / ensemble
]H[iatus, pièces de Helmut Lachenmann, James Tenney, Salvatore Sciarrino avec Martine Altenburger, violoncelle, Ninh Lê Quan, percussions, Tiziana Bertoncini, violon, interprétation, improvisations
/ Syntax, Jonathan Prager, acousmonium Motus, Philipp Samartzis, Windmills Bordered By Nothingness" [1999], diffusion / Olivier Toulemonde, set de musique concrète, Benoît Cancoin, contrebasse,
Ferran Fages, objets, électroniques, Ruth Barberan, trompette, quartet d'improvisation hors scène / Atelier de Création Radiophonique de France Culture, Philippe Langlois et Frank Smith, Hélène
mode d'emploi, J'ai le souffle trop court pour 31 bougies, Cholodenko ou Cholodenko, Avec Tarkos dans le titre, diffusions.
PREMIER VOLET
ESPACE DE MONSTRATION, ESPACES DE DEMONSTRATION
La non vision sonore
Le son éphémère, fugace, intangible; le son comme résidu, trace d'une action énergétique; le son phénomène vibratoire promis à une mort rapide et
annoncée sitôt né.
Le son qui désirerait s'incarner, s'installer, se matérialiser, se voir.
Mais que voit-on réellement du son ?
A l'instar de la peinture, étalée et combinée par les pinceaux du peintre, et qui fixée pour longtemps sur la toile, restera bien visible, après le geste, aux yeux des regardants, à
l'instar de la pierrre modelée au burin, dont naîtra une forme solide, les sons ne se fixent pas à la rétine. Ils persisteront, dans le meilleur des cas à des pans de mémoire, parfois oh
combien fragiles.
On ne les voit pas, on ne les touche, on les entends, on les écoute.
Du son, au mieux on voit les artisans-façonneurs, solistes, quatuors, grands orchestres...
On voit également leurs outils/instruments et les modes de jeu qui y sont associés : les lèvres qui font vibrer l'embouchure, le souffle qui fait sonner des tuyaux, la main qui gratte, qui
percute, qui caresse la peau, l'archet qui vient frotter la corde, la caisse qui amplifie... Sans parler des chefs d'orchestre, qui tentent de donner naissance à une pensée musicale commune,
émanent d'individus aux sensibilités forts différentes
On peut également cerner et sentir l'espace ambiant qui permet au son de vibrer, de résonner, de devenir audible, qui lui donne du corps, l'amplifie, le teinte d'effets acoustiques, de
résonnances, d'échos...
En bref, on distingue plus nettement les objets, les agents producteurs et le cadre de diffusion que la matière sonore qui en résulte.
D'autre part, si l'on peut tourner autour de la statue, rester en pamoison des heures devant une sculpture, une toile, la temporalité du sonore oblige à être présent au moment de l'émission.
Avant il sera trop tôt, il ne sera pas encore né, et après il sera trop tard, il se sera déjà dissipé. Le son implique une audition de l'instant, sur laquelle on ne pourra plus revenir, comme si
l'on retournait sur ses pas pour revoir, encore et encore, la peinture qui nous fascine, caresser une statue, ou comme on ferait un arrêt sur image.
Le support enregistré, bandes magnétiques et disques ont quelque peu changer la donne. On peut maintenant se (re)diffuser à volonté un concert, le découper en tranches, écouter la fin puis le
début, mettre un trait de violon, un riffes de cuivres, un break de batterie en boucle. L'espace d'audition, physique et mentale, est devenu en partie modifiable, intéractif dirait on
aujourd'hui. Mais voit on mieux la matière sonore pour autant ?
Pouvons nous la toucher ? Non. Personne ne regarde pendant les quelques heures que durent un opéra enregistré, un disque laser tourner dans son lecteur, pour chercher à en voir les particules de
matière sonore. Personne non plus ne caressera le support en pensant toucher le son du doigt. Et peu de gens oseraient caresser le violon d'un super soliste pendant un concert, même si l'on
peut envisager le plaisir que prendrait l'auditeur à ressentir, pendant la musique, les vibrations du bois sous ses doigts, preuves tangibles de cette matière sonore évanescente mais
bien vivante.
Les lieux d'audition-monstration
Venons en aux espaces de diffusion, donc d'audition. Les oeuvres sonores "classiques", entendons par là musicales, tous genres confondus, ont chacun des réseaux qui leur sont propres.
Pour certaines, ce sera les salles de concert, auditoriums, théâtres, pour d'autres des scènes amplifiées, des stades, la rue, pour d'autres encore des cavaux jazz, des studios...
Chaque genre se diffusera et s'épandra et s'épanchera dans ses lieux de prédilection.
Mais aujourd'hui, les productions sonores sont devenues plus polymorphes, fricotant avec les arts visuels, plastiques, la performance théâtrale. De fait, elles s'installeront dans d'autres
lieux.
Ces derniers pouvant être à la base dédiés au spectacle ou être des espaces de monstration artistique, se diversifieront de plus en plus, selon les nouveaux champs (chants) explorés.
Ce désir (plaisir ?) d'installer, le mot n'est pas innocent, du son dans des espaces non conventionnels permet à la création sonore, celle qui n'est pas conçue selon les canons musicaux
(images au combien sonore), d'élargir la scène, ou plutôt les scène de diffusion.
Dans le domaine des arts de la rue, qui de nos jours se créent de nouveaux outils sonores tout à fait intéressants tant dans la diffusion que dans la création, nous y reviendrons, Pierre
Sauvageot et Michel Risse parlaient il y a quelques années d'une scène à 360° pour qualifier l'espace des arts de la rue, avec cette (ré)appropriation de l'espace public permettant aussi bien les
représentations grandioses et spectaculaires que les espaces refermés et intimes. L'espace public et la gratuité (pour les spectateurs) qu'il implique souvent, va certainement plus facilement à
la rencontre des publics non initiés que l'espace clos souvent protocolaire et initié de la salle de concert.
Il en est de même pour les festivals qui accueillent ces nouvelles formes artistiques. On les trouve dans des biennales d'arts contemportains (installations et performances), les festivals d'arts
numériques et multimédia émergents, les manifestations de musiques électroniques, plutôt branchées "Dance", mais que l'usage de technologies numériques communes poussent à accueillir dans leur
giron, les festivals de création radiophonique, et maintenant au sein d'espace virtuels, par le biais du Net Art, véhiculés par des réseaux et des flux internet.
Pour revenir à la notion d'installation du son dans de nouveaux espaces, les hybridations arts plastiques et créations sonores, qu'elles soient produites par des processus mécaniques ou
électroacoustiques, ont également transporté le son dans des lieux inédits. Le musée, la galerie se prêtent volontiers aujourd'hui à l'accueil d'oeuvres de plastique sonore, même si leurs
programmations restent souvent parcellaires et assez discrètes. dans ces domaines
Les espaces investis par des artistes en recherche d'autres "façons de faire et de montrer", parfois en marge ou en désacord avec les institutions culturelles et artistiques, accueillent
également des installations sonores dans des friches, des squats artistiques, et même des appartement privés.
La performance, depuis bien des années, a investi l'espace public. Happening à la John Cage, Merce Cunningham, Fluxus, poésie sonore urbaine, les sons s'installent sans vergogne hors des réseaux
conventionnés, sans parfois ignorer et dédaigner ces derniers, pour se rendre plus visibles et partir à la conquête de nouveaux publics.
Les postures d'écoute se multiplient. Le spectateur-auditeur n'est plus forcémment assis, en situation de concert, devant une scène où le spectacle se joue, théâtralement, dans un espace délimité
et frontal.
Il peut parcourir un cheminement sonore, rentrer et ressortir à sa guise d'une installation, y déambuler. Il peut se retrouver au sein d'une multitude de sons spacialisés et mouvants,
pratiques héritées des arts électroacoustiques, (concerts de haut-parleurs diffusant des musiques concrètes), plongé dans des ambiances submersives (à ne pas confondre avec subversives).
Il peut lui-même, par ses gestes ses déplacements ses mouvements et ses manipulations devenir le déclencheur d'élénements sonores, participant ainsi à la création permanente et aléatoire
d'oeuvres artistiques. Il n'est plus obligé de "prendre l'oeuvre" à ses début (temporels) et à la quitter à la fin, mais peut se construire une vision-audition parcellaire, morcelée ou bien
continue dans la durée. Les techniques de création, les courants transdisciplinaires et les nouveaux lieux investis depuis déjà de nombreuses années, ont conduit non seulement à la création de
formes assez éloignées de celles de la composition musicale, mais aussi à des postures d'écoute, de regard et parfois de gestes qui, peut-être, tendent vers une matériarisation, ou à un
désir de matérialisation du son, et en tous les cas vers de nouvelles visibilités et approches.
Est-là, en partie tout au moins, l'une des grandes caractéristiques de ce que l'on nome aujourd'hui les arts sonores ?
Nous verrons, et entendrons, par la suite, quelques recherches de matérialité sonore plus précises, en regard de pratiques artistiques spécifiques.
Affaire à suivre.
par Gilles Malatraypublié dans :
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