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RENCONTRES ET COHABITATIONS SONORES BISONTINES
Festival "Musiques de rues et nouveau territoire des arts sonores"

Premier véritable sonopost de ce blog.

Cohabitation d'oeuvres, de spectacles et de publics

Une petite réflexion, un témoignage, un ressenti, après deux jours de visites-écoutes au festival "Musiques de rues et nouveaux territoires des arts  sonores", dans la belle ville de Besançon (Doubs).

Première remarque : Le titre comporte explicitement deux thématiques.
L'une faisant référence aux musiques de rues, à des événements festifs, populaires, déambulatoires, à des fanfares, bandas, harmonies, groupes d'improvisations urbaines tous azimut...
La deuxième nous interpelle sur un nouveau territoire  des arts sonores. La notion de territoire a de nos jours le vent en poupe. Territoires géographiques, géopolitiques, territoires de création, de la pensée, territoire virtuelles, ou mélange de concepts physiques et abstraits, les frontières, si j'ose filer la métophores sont minces.
Considérons ici le territoire comme à la fois l'écrin architectural de Besançon (Vauban n'y est pas étranger) et son cadre naturel, avec cette ceinture-lyre du Doubs semblant lui aussi protéger la ville-citadelle, mais aussi comme territoire englobant les champs de créations sonores, entre constructions plastiques, performances et spectacles, même si le singulier de territoire semble restreindre la signification à un seul territoire (bisontin ?).

scope-waves1.jpg Mécamusique, orgues de Jacques Remus

On pourra ensuite se demander de quels arts sonores  s'agit-il ? De performances, d'installations,  de spectacles, de machines sonores, d'un mélange de tout celà ?
L'accent est mis, pour cette édition, sur les installations, avec une prédilection sur les artistes Bricophonistes". Pour autant, les spectacles et performances ne sont pas absents de la programmation, faisant appels à des lutheries expérimentales, aux arts de la rue, aux massages sonores, aux concerts acousmatiques abrités par un manège forain...
Et c'est bien cette diversité  des arts sonores qui m'intéressera sur ce blog, sans toutefois dénigrer l'inventivité développée aujourd'hui par les fanfares de rue qui sont naturellement bien  représentées dans ce festival.

Questions.

Les publics des musiques de rue et ceux des "arts sonores" sont-ils les Mêmes ?
Fréquentent-ils les mêmes lieux, les mêmes réseaux, les mêmes "milieux" culturels et artistiques ?
Peuvent-ils se croiser, se rencontrer, échanger sur un même festival dont l'enjeu de cette deuxième édition 2007 semble justement reposer sur cette notion de rencontre ?

En tentant d'éviter tout a priori, il me semble que les musiques de rue ne croisent pas souvent les arts sonores, en tout cas ceux que l'on rangerait dans les domaines de la plastique sonore. Les publics, de fait , ne sont pas forcément les mêmes. S'il est aujourd'hui fréquent de constater la présence d'installations sonores au sein de festivals de musiques électroniques, plutôt orientées "Dance", que l'usage de nouvelles technologies dans des dispositifs de création et de diffusion sonore paraît rassembler, les fanfares de rues et autres bandas ne forment pas un couple naturel et inséparable avec les arts sonores?
Les premières étant, comme leur nom l'indique, des manifestations musicales dédiées à l'espace public, à la rue, à la place. Les seconds quand à eux,  se retrouvent généralement plus dans des musées d'arts contemporains, des galeries, des expositions d'arts plastiques, des biénales artistiques, voire dans des manifestations autour de l'architecture, de l'environnement....


scope-waves1.jpg Machines Sonores de Pierre Gordeeff


Le pari est donc bien réel. En faisant cohabiter dans une même ville deux pratiques sonores apparemment assez éloignées, les deux directeurs artistiques relèvent le défi de nouvelles formes sonores cohabitatives, entre pratiques populaires et recherches sonores plus "savantes", même si les installations sont souvent très ludiques, pour les petits comme pour les grands.
Sans remettre une couche de la sacro-sainte démocratisation culturelle, on ne peut qu'approuver toute expérience qui tente de jeter des passerelles entre des pratiques culturelles et artistiques, entre deux mondes sonores qui auront tout à gagner de mêler leurs publics, et peut-être de se forger de nouveaux outils de rencontre et de collaboration par la création artistique.
On peut imaginer alors, dans de nombreux lieux de diffusion du festival de Besançon, repérés assez lisiblement par des "portes-totems" en cônes de chantiers, que le public pénétrera soit dans des espaces de spectacles musicaux, soit dans des espaces où seront installées des oeuvres sonores, poussé par la curiosité de découvrir cette confrontation artistique, ou par le désir de pousser des portes sans bien savoir ce qu'il va y trouver derrière, par un pur esprit d'aventure.
Cela ne reste néanmoins qu'une hypothèse, car il faudrait réaliser une étude assez fine pour démontrer la pertinence de ces rencontres. Peut-être le bilan de cette deuxième édition donnera à ses organisateurs et commanditaires un début de réponse.

Cohabitations d'oeuvres, de savoirs-faire, de lieux...

Rester sur un questionnement sans l'ombre d'une réponse, et sans avoir un tantinet parler du contenu du festival me semble une attitude peu constructive, et peu informative vis à vis des lecteurs potentiels de ce blog; lequel est justement sensé proposer des pistes de réflexion autour ds arts sonores.
Commençons par parler de l'adéquation des lieux et des oeuvres.
Besançon est une ville tout en rond, et que l'on peut parcourir, en tout cas dans son centre historique, à pied, donc à une échelle relativement modeste quand à ses limites géographiques.
La plupart des oeuvres et des spectacles sont présentés dans le centre de la vielle ville, en exploitant de façon pertinente ses espaces publics, intérieurs et extérieurs, et ses espaces privés. Ce qui n'est pas sans rappeler le festival City Sonics de Mons, en Belgique, que j'ai eu l'occasion de visiter cet été.
Les oeuvres sont bien mises en valeur par le choix des lieux, tant au niveau de l'acoustique, que dans les relations interdépendantes qu'elles entretiennent avec les espaces qui les accueillent.
Sans ni décrire systématiquement chaque travaux, le site et le blog du festival le font  déjà;  je voudrais apporter quelques commentaires illustrant les rapports oeuvres et lieux.
Prenons par exemple l'aspect sculptures, machines ou installations sonores.
Dans ce qui est appelé "Parcours sonores"dans le porogramme du festival, on trouvera des exemples très intéressants
Par exemple, tout une partie de quai  du Doubs est réservée à plusieurs installations de Jacques Rémus.
On trouvera sur un ancien port commercial un alignement d'une trentaine de machines à laver sonores, qui sont informatiquement programmées pour jouer des oeuvres sonores tout à fait surprenantes. Le cadre calme, type friche fluviale, et l'acoustique y étant pour beaucoup. Le travail autour d'installations cinétique est des plus réussi.
On, pénetrera, quelques dizaines de mètres plus loin, dans une tour-bastion ou un gigantesque Concertomatique, orchestre d'orgues et d'automates musicaux nous joueront dans la pénombre de ce lieu magique, des transcriptions de grandes oeuvres, de Bach à Satie, avec l'explication avisée des instruments par Jacques Rémus en personne.


scope-waves1.jpg


Quelques mètres plus loin, on trouvera un dispositif carillonnant, suspendu sur toute la largeur d'une passerelle, qui, là encore, émettra des notes cristallines d'oeuvres célèbres, dans une spatialisation tout à fait magique.
Auparavant, dans une autre tour-bastion, le collectif Metalu A chahuter nous aura fait tourner de multiples manivelles entraînant des dispositifs sonores très ludiques, à partir d'objets du quotidien.
De même, Pierre Gordeeff, (coup de coeur personnel) dans une autre tour-bastion, nos proposera un concert-performance avec une machinerie incroyable, expoitant des objets-rebuts, déchets magnifiés par des mécanismes visuels et sonores d'une complexité fascinante. De plus, la projection et l'effet-loupe des lumières sur les parois et le plafond de cet espace voûté fera référence implicite à tout l'art cinétique, dont les machineries de Tinguely.
Les installations que je qualifierais d'environnementales, avec une démarche assez proche d'un land-art sonore, sont également présentes.
Un découverte pour moi, le travail de Ben Farey, dans un jardin en friche (voire en jungle), d'une installation en chantier, bâtie autour de gouttes d'eau qui suivent des circuits complexes, au gré de savants assemblages. Le spectateur auditeur peut tourner autour de l'installation ruisselante ou rentrer à l'intérieur de la cage à gouttes, marchant sur des ressorts qui déclencheront d'autres sources sonores. Sources étant d'ailleurs le nom de cette aquatique oeuvre. Et enfin, cerise sur le gâteau, l'artiste vous propose de coiffer un casque audio sans fil,pour écouter amplifié tous les effets-gouttes. Superbe !! Vous avez enfin droit, si vous êtes curieux, à toutes les explications de l'artiste sur sa vision de l'oeuvre, les détails de sa réalisation... L'auteur me révèle qu'il est un ancien facteur d'orgues, spécialisé dans la partie mécanique (tringlerie), mais qu'après avois viré vers la construction de machineries pour le théâtre de rue, c'est son premier retour au sources (encore) de la lutherie sonore.
A noter que pratiquement tous les artistes sonr rencontrables sur les sites de leurs installations, et qu'ils ne sont pas avares d'explications.
Autres travaux environnementaux, le désormais (presque) célèbre installateur  bourguignon Will Menter. Sur deux sites, à mon avis un peu trop éloignés géographiquement pour que le public lambda fasse une corrélation entre les deux, montre un travail autour des sons d'ardoises. Encore des gouttes d'eau faisant tinter et résonner des ardoises, sous un préau couvert d'un jardin public. Puis, pour les courageux qui oseront grimper le long d'un féniculaire, sur une pente très abrupte, dans un écrin de verdure au milieux des anciennes voix du féniculaire (en projet de réhabilitation)  trois installations sont présentées, autour d'ardoises percutées, soit manuellement, soit au passage des visiteurs par le biais de de cellules déclencheuses des mécanismes motorisés.
Là encore nous avons avec Will une conversation très intéressante autour de son oeuvre et des réalisations environnementales qui se font de plus en plus nombreuses et pertinentes. Il me dit combien ce genre de nouveaux festivals, couplés avec la parution d'ouvrages sur Les chercheurs de sons tel que celui de Gérard Nicollet tendent à faire connaître, et donc acheter, ces oeuvres sonores.

scope-waves1.jpg


Sur une autre berge du Doubs, on peut traverser des sculptures sonores ludiques et intéractives de Jean-Robert Sédano, qui font la joie des petits et des grands, triturer des de véritables petits modules de synthétiseurs, avec des interfaces très ludiques, de la molette vissées sur une vieux boites en fer, à la porte grincante d'un coffret en bois, jusqu'à un roller qui commande des des sons. Ici, comme partout, les scolaires sont conviés à expérimenter, avec les conseils avisés des artistes, les objets sonores. L'artiste cependant avoue se trouver bien dépassé quand trente enfants actionnent frénétiquement les commandes, dans un vacarme incroyable, jusqu'à planter le programe informatique qui gère l'ensemble.  La médiation peut parfois conduire à des résultats inverses à ceux que l'on recherche (contrôle geste-sons associés à une grande qualité d'écoute).
A proximité, un bien surprenant manège acousmatique construit par le collectif Motus, habituellement spécialisé dans la création, la diffusion et la pédagogie des musiques acousmatiques (ou électroacoustiques).
Des compositeurs de renom ont composé pour ce manège des pièces d'une petite dizaine de minutes. Le principe est à la fois simple et envoûtant. On s'installe dans un hamac central, en rond, on ferme les yeux, et on tourne autour des sons qui eux-même bougent autour de nous, grâce à un dispositifs de diffusion par de nombreux haut-parleurs dans le manège. Dépaysement garanti...
Et puis poursuivant son chemin au bord du Doubs, on découvre, dans une tour obscure, une multitude de feuilles sonores, excitées par des micros HP collés dessus, qui diffusent un halo sonore en perpétuel changement, avec notamment des sons captés dans Besançon-même. On se promène au sein de cette installation, avec des petits sons très proches de nos oreilles, et que l'on peut même toucher pour les sentir vibrer sous nos doigts. L'installation est due à Christophe Havard, du collectif Sone.
Et encore, dans un superbe jardin très intimiste, une vingtaine d'histoires à dormir debout, petits contes autour de la mémoire et de l'amnésie, que l'on écoute en posant l'oreille sur des coussins montés sur des pupitres. Et je pourrait encore citer les massages sonores de Thierry Madiot, que je n'ai pas pu expérimenter par manque de temps, ainsi qu'un spectacle théâtre d'objets sonores, le petit cirque concocté et joué par Laurent Bigot,  et encore Les tatoueurs de rue de la Compagnie Trasphalt Travaux Poétiques et leurs machines à peindre sonores qui transforment une place ou un trottoir en une fresque aussi multicolore qu'éphémère, en amplifiant les sons mécaniques dans des dispositifs électroacoustiques portés par les tatoueurs . Ou encore l'inclassable et décoiffant Jean-Marie Maddedu qui monte un conte musical et sonore, Brut de décharge, en même temps qu'une installation plastique, sur le thème des déchets, de la surconsommation, et des différences riches/pauvres. C'est irrévérencieux, sensible, éminemment questionnant et dérangeant, drôle et d'une vivacité corrosive.
Vous l'aurez sûrement compris, j'ai été séduit par la diversité des choix et le panel d'installation/spectacles proposés et attend de voir et d'entendre comment va évoluer cette cohabitation musiques de rue et arts sonores


A suivre.

* Terme très employé aujourd'hui pour désigner les constructeurs d'objets, de sculptures et d'installations sonores très souvent réalisés à l'aide de matériaux de récupération, et avec un indéniable génie du bricolage sonore. La paternité de ce néologisme semble revenir à Armel Plunier










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