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DU SON EN CHAIR ET EN OS ?

PREMIER VOLET
ESPACE DE MONSTRATION, ESPACES DE DEMONSTRATION


La non vision sonore
Le son éphémère, fugace, intangible; le son  comme résidu, trace d'une action énergétique; le son  phénomène vibratoire promis à une mort rapide et annoncée sitôt né.
Le son qui désirerait s'incarner, s'installer, se matérialiser, se voir.
Mais que voit-on réellement du son ?
A l'instar de la peinture, étalée et combinée par les pinceaux du peintre, et qui  fixée pour longtemps sur la toile,  restera bien visible, après le geste, aux yeux des regardants, à l'instar de la pierrre modelée au burin, dont naîtra une forme solide, les sons ne se fixent pas à la rétine. Ils  persisteront, dans le meilleur des cas à des pans de mémoire, parfois oh combien fragiles.
On ne les voit pas, on ne les touche, on les entends, on les écoute.
Du son, au mieux
on  voit les  artisans-façonneurs, solistes, quatuors, grands orchestres...
On voit également leurs outils/instruments et les modes de jeu qui y sont associés : les lèvres qui font vibrer l'embouchure, le souffle qui fait sonner des tuyaux, la main qui gratte, qui percute, qui caresse la peau, l'archet qui vient frotter la corde, la caisse qui amplifie... Sans parler des chefs d'orchestre, qui tentent de donner naissance à une pensée musicale commune, émanent d'individus aux sensibilités forts différentes
On peut également cerner et sentir l'espace ambiant qui permet au son de vibrer, de résonner, de devenir audible, qui lui donne du corps, l'amplifie, le teinte d'effets acoustiques, de résonnances, d'échos...
En bref, on distingue plus nettement les objets, les agents producteurs et le cadre de diffusion que la matière sonore qui en résulte.
D'autre part, si l'on peut tourner autour de la statue, rester en pamoison des heures devant une sculpture, une toile, la temporalité du sonore oblige à être présent au moment de l'émission. Avant il sera trop tôt, il ne sera pas encore né, et après il sera trop tard, il se sera déjà dissipé. Le son implique une audition de l'instant, sur laquelle on ne pourra plus revenir, comme si l'on retournait sur ses pas pour revoir, encore et encore, la peinture qui nous fascine, caresser une statue, ou comme on ferait un arrêt sur image.
Le support enregistré, bandes magnétiques et disques ont quelque peu changer la donne. On peut maintenant se (re)diffuser à volonté un concert, le découper en tranches, écouter la fin puis le début,  mettre un trait de violon, un riffes de cuivres, un break de batterie en boucle.  L'espace d'audition, physique et mentale, est devenu en partie modifiable, intéractif dirait on aujourd'hui. Mais voit on mieux la matière sonore pour autant ?
Pouvons nous la toucher ? Non. Personne ne regarde pendant les quelques heures que durent un opéra enregistré, un disque laser tourner dans son lecteur, pour chercher à en voir les particules de matière sonore. Personne non plus ne caressera le support en pensant toucher le son du doigt.  Et peu de gens oseraient caresser le violon d'un super soliste pendant un concert, même si l'on peut envisager le  plaisir que prendrait l'auditeur  à ressentir, pendant la musique, les vibrations du bois sous ses doigts, preuves tangibles de cette matière sonore évanescente mais bien vivante.



Jean-Pierre Gauthier (Canada) bricole et installe le son dans des musées.



Les lieux d'audition-monstration
Venons en aux espaces de diffusion, donc d'audition. Les oeuvres sonores "classiques", entendons par là musicales, tous genres confondus, ont chacun des réseaux qui leur sont propres.
Pour certaines, ce sera les salles de concert, auditoriums, théâtres, pour d'autres des scènes amplifiées, des stades, la rue, pour d'autres encore des cavaux jazz, des studios...
Chaque genre se diffusera et s'épandra et s'épanchera dans ses lieux de prédilection.
Mais aujourd'hui, les productions sonores sont devenues plus polymorphes, fricotant avec les arts visuels, plastiques, la performance théâtrale. De fait, elles s'installeront dans d'autres lieux.
Ces derniers pouvant être à la base dédiés au spectacle ou être des espaces de monstration artistique, se diversifieront de plus en plus, selon les nouveaux champs (chants) explorés.
Ce désir (plaisir ?) d'installer, le mot n'est pas innocent, du son dans des espaces non conventionnels permet à la création sonore, celle qui n'est pas conçue selon les canons  musicaux (images au combien sonore), d'élargir la scène, ou plutôt les scène de diffusion.
Dans le domaine des arts de la rue, qui de nos jours se créent de nouveaux outils sonores tout à fait intéressants tant dans la diffusion que dans la création, nous y reviendrons, Pierre Sauvageot et Michel Risse parlaient il y a quelques années d'une scène à 360° pour qualifier l'espace des arts de la rue, avec cette (ré)appropriation de l'espace public permettant aussi bien les représentations grandioses et spectaculaires que les espaces refermés et intimes. L'espace public et la gratuité (pour les spectateurs) qu'il implique souvent, va certainement plus facilement à la rencontre des publics non initiés que l'espace clos souvent protocolaire et initié de la   salle de  concert.
Il en est de même pour les festivals qui accueillent ces nouvelles formes artistiques. On les trouve dans des biennales d'arts contemportains (installations et performances), les festivals d'arts numériques et multimédia émergents, les manifestations de musiques électroniques, plutôt branchées "Dance", mais que l'usage de technologies numériques communes poussent à accueillir dans leur giron, les festivals de création radiophonique, et maintenant au sein d'espace virtuels, par le biais du Net Art, véhiculés par des réseaux et des flux internet.
Pour revenir à la notion d'installation du son dans de nouveaux espaces, les hybridations arts plastiques et créations sonores, qu'elles soient produites par des processus mécaniques ou électroacoustiques, ont également transporté le son dans des lieux inédits. Le musée, la galerie se prêtent volontiers aujourd'hui à l'accueil d'oeuvres de plastique sonore, même si leurs programmations restent souvent parcellaires et assez discrètes. dans ces domaines
Les espaces investis par des artistes en recherche d'autres "façons de faire et de montrer",  parfois en marge ou en désacord avec les institutions culturelles et artistiques, accueillent également  des installations sonores dans des friches, des squats artistiques, et même des appartement privés.
La performance, depuis bien des années, a investi l'espace public. Happening à la John Cage, Merce Cunningham, Fluxus, poésie sonore urbaine, les sons s'installent sans vergogne hors des réseaux conventionnés, sans parfois ignorer et dédaigner ces derniers, pour se rendre plus visibles et partir à la conquête de nouveaux publics.
Les postures d'écoute se multiplient. Le spectateur-auditeur n'est plus forcémment assis, en situation de concert, devant une scène où le spectacle se joue, théâtralement, dans un espace délimité et frontal.



Lionel Marchetti, (France) installe du son dans une serre du Centre hospitalier du Vinatier à Bron.


Il peut parcourir un cheminement sonore, rentrer et ressortir à sa guise d'une installation,  y déambuler. Il peut se retrouver au sein d'une multitude de sons spacialisés et mouvants, pratiques héritées des arts électroacoustiques, (concerts de haut-parleurs diffusant des musiques concrètes), plongé dans des ambiances submersives (à ne pas confondre avec subversives).
Il peut lui-même, par ses gestes ses déplacements ses mouvements et ses manipulations devenir le déclencheur d'élénements sonores, participant ainsi à la création permanente et aléatoire d'oeuvres artistiques. Il n'est plus obligé de "prendre l'oeuvre" à ses début (temporels) et à la quitter à la fin, mais peut se construire une vision-audition parcellaire, morcelée ou bien continue dans la durée. Les techniques de création, les courants transdisciplinaires et les nouveaux lieux investis depuis déjà de nombreuses années, ont conduit non seulement à la création de formes assez éloignées de celles de la composition musicale, mais aussi à des postures d'écoute, de regard et  parfois de gestes qui, peut-être, tendent vers une matériarisation, ou à un désir de matérialisation du son, et en tous les cas vers de nouvelles visibilités et approches.
Est-là, en partie tout au moins, l'une des grandes caractéristiques de ce que l'on nome aujourd'hui les arts sonores ?
Nous verrons, et entendrons, par la suite, quelques recherches de matérialité sonore plus précises, en regard de pratiques artistiques spécifiques.
Affaire à suivre.




Tag(s) : #REFLEX'SONS