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PLAYBACK
Exposition de clips musicaux
au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris
20 octobre 2007 – 6 janvier 2008




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Nombre d'artistes vidéastes ont fabriqué de l'image-présentoir-à-chanson autrement nomée clip musical. Cette image animée au départ, est au service de la musique, commercialement parlant en tout cas. Une sorte de carte de visite multimédiatique où sons, images, danse, cohabitent. Petite forme vidéo délurée, incisive et souvent impertinente, elle  sert de faire-valoir  à une chanson, une musique, un album, un groupe.  Sa forme courte, ses  flash percutants, tout droit venus du monde de la publicité, ont donné lieu à de nombreuses réalisations, où humour, provocations, pastiches et détournements sont légions, enfants terribles et héritiers du joyeux bidouilleur multimédia avant l'heure qu'a été Jean-Chistophe Averty.
Les standards de la vidéo ont été chamboulés avec ces clips, qui ont bénéficier des derniers progrès numériques, trouvant ainsi de nouveaux terrains d'expérimentations assez surprenants dans leur démesure visuelle et leurs montages aussi serrés que trépidants.
Ils ne s'agit donc pas ici de création sonore pure, puisque le support sonore, ou plutôt musical, est préexistant, mais de la création visuelle qui vient habiller, et cohabiter par de savants calages, ou décalages avec les musiques. Ce champ d'exploration a engendré quelques fois des recherches visuelles véritablement avant-gardistes.
En symbiose, ou en contrepoints de la musique, et parfois complétement décalées, toutes les  esthétiques se retrouvent dans ce grand bouillonement médiatique des années 70-80. Le célèbre Bohémian rapsody du groupe Queen (1975), est aujourd'hui considéré comme l'un des premiers archétype modèle du genre.
Au delà de leur première visées commerciales, Les clips ont aussi été les vecteurs
parfois violents, en prise directe sur leur époque, de mouvements underground, de positions sociales revendicatives, militantes, traitant de la libération sexuelle, du racisme, de la non violence, de la reconnaissance homosexuelle, tant au travers des textes chantés que des images...



Depuis les années 80, beaucoup d'artistes, tels que Laurie Anderson, Philippe Découflé,
Andy Warhol, David Lynch et dans un style plus cinématographique les Monty Python, pour ne citer qu'eux, ont oeuvrer à la confection de clips musicaux.

Le Musée d'Art moderne de la ville de Paris a donc décidé, dans une exposition nomée Playback, d'exposer des clips musicaux, ce qui constitue une opération assez rare, sinon inédité, pour le souligner.
Une cinquantaine d'artistes, des années 80 à aujourd'hui seront ainsi présentés dont :
Doug Aitken, Laurie Anderson, Cory Arcangel, assume vivid astro focus, Charles Atlas, Alex Bag, Judith Barry, Sadie Benning, Johanna Billing, Michael Bell-Smith, Joseph Beuys, Dara Birnbaum, Black Leotard Front, Rebecca Bournigault, Robert Breer, Olaf Breuning, Buckle Bunnies, Miguel Calderon, Cao Fei, Antoine Catala, Roberto Cuoghi, Brice Dellsperger, Devo, Eric Duyckaerts, Robert Frank, Mario Garcia Torres, Rodney Graham, Daniel Guzmán, Camille Henrot, Thomas Hirschhorn, Damien Hirst, Karl Holmqvist, Jonathan Horowitz, i could never be a dancer, Derek Jarman, Susi Jirkuff, Tomoki Kakitani, Richard Kern, The Kingpins, Thomas Lélu & JD, Christelle Lheureux, Kalup Linzy, Jacques Lizène & Daniel Dutrieux, Lydia Lunch, Las Malas Amistades, Paul McCarthy, Jill Miller, Melvin Moti, Petra Mrzyk & Jean-François Moriceau, Melik Ohanian, Tony Oursler, Paper Rad, Cécile Paris, Martin Parr, Ara Peterson, Maroussia Rebecq & Mathieu Danet, The Residents, Michael Roy, Kati Rule, Joanna Rytel, Wilhelm Sasnal, Susan Smith-Pinelo, Sonic Youth, Georgina Starr, Los Super Elegantes, Jimi Tenor, Wolfgang Tillmans, Jean-Luc Verna, Andy Warhol, William Wegman, Wyldfile, YOUNG-HAE CHANG HEAVY INDUSTRIES...

Des conférences et performances viendront compléter la sélection de clips présentés.

Peut on déduire que la création de clips par de grands noms de l'image donne à ces derniers le statut d'oeuvres d'arts référentes de notre société contemporaine ? Que le fait qu'un Musée d'Art Moderne les accueille leurs servent de laisser-passer dans le Gotha des compositions multimédia ? Ou que seuls quelques OVNIS peuvent prétendre pénétrer le Panthéon des oeuvres sonores ? La question est posée, et je ne suis pas sûr que la seule visite d'une exposition suffise à y répondre.

Au-delà de l'originalité de la démarche, cette programmation soulève pour moi une question importante. On dit souvent, et à juste titre je pense, que nous vivons dans une société de l'image, et que le son et l'écoute ne sont certainement pas considérés comme ils le devraient. On a constaté, depuis l'arrivée du cinéma parlant (ou sonore) que, nonobstant les dialogues, la bande-son était en générale d'une pauvreté affligeante, que le sons était très souvent sous-employés, ou très mal, redondants, prétentieux... Tout le monde n'a pas, hélas, l'oreille d'un Tati, d'un Godart, ou l'inventivité d'un tarkowski et d'un Bresson.
Pour en revenir aux clips, où l'image est traitée avec maestria, dans une énonciation à la rapidité bluffante, par des virtuoses du montage, on peut craindre que le rapport image-son n'en sorte pas grandi. On  envisagera, même sans savoir si l'exposition aborde cette question, que le "trop-à-voir" interpose entre le spectateur-auditeur et le clip, un effet de masque sur le "bien entendre", et que le visuel s'impose de façon hégémonique. Peut-être serait-il bien d'avoir cette idée en tête avant de visiter l'exposition, pour tenter de prendre un peu de recul sur notre façon de voir et d'entendre des clips musicaux, ce qui n'enlève rien à l'intérêt de la démarche du Musée d'art moderne de Paris.
Bien au contraire, ces questionnements nous poussent à aller voir et entendre ces oeuvres-clips avec une curiosité nouvelle, car leur intrusion dans un espace muséal, et la cohabitation d'un grand nombre de projets différents en un même lieu, créent une décontextualisation qui donne envie d'en savoir plus, en s'éloignant des circuits classiques impulsés par MTV.


Voir ici le site consacré à l'exposition

ARC/Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
11 avenue du Président Wilson
75116 Paris
Tél. : 01 53 67 40 00
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 22h

Site Internet de l'exposition :
www.myspace.com/playback_arc
Le dossier de presse




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