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Jean François CAVRO : compositeur – artiste du son
44 rue Raulin 69007 Lyon France
email : jfcavro@yahoo.com
”Dans La génération Invisible, j’envisage les possibilités qu’offrent des milliers de personnes munies de magnétophones portatifs, des messages transmis comme par tam-tam, une parodie d’allocutions présidentielle résonnant à travers balcons, fenêtres, murs et cours, à laquelle font écho des aboiements de chiens, des gromellements de clochards, des bribes de musique et des rumeurs de circulation dévalant des rues ventées, traversant les jardins publics et des terrains de foot. L’illusion est une arme révolutionnaire.“
William BURROUGHS - ”La révolution électronique“
“Bien plus que les couleurs et les formes, les sons et leurs agencements façonnent les sociétés. Avec le bruit est né le désordre et son contraire : le monde. Avec la musique est né le pouvoir et son contraire : la subversion. Dans le bruit se lisent les codes de la vie, les rapports entre les hommes. Clameurs, mélodie, dissonance, harmonie ; lorsqu’il est façonné par l’homme avec des outils spécifiques, lorsqu’il envahit le temps des hommes, lorsqu’il est son, le bruit devient source de projet et de puissance, de rêve : musique.”
Jacques ATTALI - “Bruits”
”Les sons n’ont pas de but ! Ils sont ! tout simplement. Ils vivent. La musique, c’est cette vie des sons, cette participation des sons à la vie, qui peut devenir – mais pas volontairement – une participation de la vie aux sons. En elle-même, la musique ne nous oblige à rien.“
John CAGE - ”Pour les oiseaux”.
“Si on faisait passer le public par un sas – sans que cela ne devienne un rituel – où on lui demande d’arrêter de parler, de s’agiter, si on l’habituait à une lumière moindre, s’il avait le temps de faire le vide en lui, il serait plus aisément atteint par le spectacle. Le public doit travailler. S’il ne travaille pas, c’est un art de digestion, de distraction. (…) C’est un effort de découvrir un livre qui parle de choses inconnues, de lire la science, la philosophie, assister à un spectacle aussi si cela doit faire atteindre d’autres choses. Je joue avec les seuils de perception. On perçoit des choses différentes si on perçoit les sons bas et si on doit faire un effort pour les entendre.” – Claude REGY, Metteur en scène - interview : libération du 17 avril 2004
“J’aime l’anarchie des cités, la crasse, l’air vicié, le danger dans la rue.
Ce qui me plait à moi, c’est les klaxons qui gueulent et les trottoirs sales.”
”L’environnement inclut la distance. (…) Le problème de la distance est un thème récurrent chez moi. Je n’aime pas être trop près ni trop loin. Je n’ai jamais trouvé la bonne distance.” Raymond DEPARDON - “Errance ”
Jean François CAVRO,compositeur et artiste du son, élabore depuis plusieurs années une œuvre musicale appartenant au quotidien. Son écoute ne repose plus sur l’obligation d’en suivre d’un bout à l’autre le déroulement. Il s’agit d’une musique dont chacun des instants qui la composent se suffisent à eux-mêmes. Les événements sonores que le compositeur propose font éclater l’espace et le temps traditionnels du concert. Sa musique est partout où nous nous activons. Le temps musical ne se limite plus à la cérémonie du concert. L’espace est pris totalement en compte. Jean François CAVRO se définit alors comme l’organisateur qui aménage et assume les conditions de la liberté d’écoute de l’auditeur.
Jean François CAVRO travaille sur une conception “paysagère” de l’œuvre artistique, dans laquelle le créateur est celui qui met à disposition un système de révélations, destiné à être pratiqué par les spectateurs eux-mêmes. Cette conception de l’œuvre se situe hors du champ de la représentation, hors de l’écran élitiste. Cette approche du travail de l’artiste produit nécessairement une ouverture de l’œuvre. L’accent est fortement porté sur les possibilités et les transformations que l’œuvre est susceptible de produire dans la vie ordinaire.
Jean François CAVRO est un artiste du son urbain. Son matériau c’est la Ville, une ville qui s’exprime, qui se manifeste. Le bruit, c’est l’autre. La sécurité, c’est de se sentir à plusieurs, savoir où est l’autre, de sentir sa place... alors que le silence, c’est l’abandon.

Personne ne peut vivre sans faire de bruit…
Jean François CAVRO travaille sur la mémoire sonore des villes. Partout, dans les métropoles du monde entier, les flux urbains,
la circulation automobile et les climatiseurs imposent leur empreinte sonore dominante. Depuis le milieu du siècle dernier, l’industrialisation et la mécanisation ont imposé aux villes une
nouvelle cartographie sonore. Les villes adoptent leurs nouvelles identités et les façonnent selon leurs propres codes. Ainsi, des centres commerciaux aux complexes sportifs ; des conversations
anonymes aux marchands et aux musiciens des rues ; Tokyo n’est pas au même diapason que Lyon et Montevideo ne sonne pas comme Bombay. Il existe un langage des villes qui n’est pas
seulement relatif à la langue qui y est parlée.

L’histoire du son est celle de la perte de sa valeur de repère dans notre environnement contemporain, par sa multiplication et le chaos qui en découle. Un environnement sonore reflète les conditions qui le produisent et fournit de nombreuses informations sur le développement et les orientations d'une société. Lorsque l'on voyage, les sons nouveaux nous frappent. Le paysage sonore du monde change. Les bruits de la nature disparaissent, masqués par l'omniprésence de la machine industrielle. L'homme moderne habite aujourd'hui un univers acoustique qu'il connaît peu ou mal. L'homme occidental laisse, partout dans le monde, sa carte sonore, sous forme de technologie venue, ou inspirée, de l'Occident. Des bruits, il y en a partout. Certains prédominent et masquent totalement une multitude d’autres “petits bruits” proches de nous, qui sûrement nous aideraient à mieux vivre si l’on pouvait les entendre. La multiplication sur toute la planète des usines et des aéroports rejette la culture locale à l'arrière-plan. Où que l'on voyage aujourd'hui, cela s'entend, mais n'est frappant que dans les endroits du monde les plus reculés. L'augmentation des niveaux sonores constitue le trait le plus marquant de l'environnement acoustique de l'industrialisation. Le monde souffre d'une surpopulation sonore. L'information acoustique est si abondante que seule une part infime en est perçue de façon distincte. Dans ce paysage sonore poussé à son extrême, il devient impossible de savoir, lorsqu'il y a message, ce qu'il faut écouter.
Entendre, c’est ainsi se confronter à l’inéluctable. Autant l’œil peut s’amuser à ne regarder que ce qui l’intéresse, autant l’oreille subit et reçoit un foisonnement de sons. Ces sons nouveaux diffèrent en qualité et en intensité de ceux du passé. Des bruits plus nombreux et plus puissants, difficiles à distinguer les uns des autres, ont envahi, de toute part la vie de l'homme.
Quelle est alors la relation entre l'homme et son environnement acoustique ?
Qu'arrive t-il lorsque ce dernier se modifie ?
- Ecouter et Relever les nombreuses et parfois imperceptibles traces sonores, c’est tout d’abord trier l’anecdotique et le superflu de l’incontournable pour ensuite décoder l’âme sonore de la ville. Les bruits les plus nombreux et les plus élevés en décibels ne sont pas toujours les plus caractéristiques de l’identité d’une ville et de l’activité de ses habitants.
- Travailler sur un paysage sonore c'est relever les changements intervenant dans la perception et le comportement de ceux qui l'habitent.
- Interroger et modifier son environnement sonore devient alors un geste citoyen.
- Composer un portrait sonore c’est ensuite tenter de hiérarchiser le chaos, de re-équilibrer le paysage environnant en inscrivant les empreintes sonores dans une forme redéfinie, idéalisée...

Un paysage en tant que son n’a pas d’existence propre en dehors de l’écoute qui est portée sur lui.


Montevideo – Uruguay – 2002
Écouter ,
c’est d’abord
se taire
pour mieux
entendre .
école Maternelle Painlevé – Lyon – 2003
Il est diplômé du Conservatoire National de Région (CNR - classe de Denis Dufour) et du Conservatoire National Supérieur de Musique (CNSM - classe de Philippe Manoury et Denis Lorrain) de Lyon, en composition instrumentale, électroacoustique et informatique musicale. Il a également suivi le cursus de DEAIRCAM (Institut de Recherche et de Coordination Acoustique/Musique - PARIS). Son travail de composition tente de rendre indissociable le langage instrumental, l’univers sonore concret et électronique et les paysages sonores urbains. musicologie du XX ième siècle à l’
Il se présente comme artiste du sonore en développant parallèlement à son travail de composition un vaste projet sur les paysages sonores, mémoire vivante du monde contemporain. Ce travail sonore s’inscrit dans une réalité urbaine. Son approche de musicien ouvre un champ autre à la lecture classique d’une ville : il nous révèle les sons et la voix de la ville. Par une exploration passant par la collecte d’instantanés sonores, il élabore une cartographie nouvelle. Elle alterne des échelles de sons diverses partant du fond sonore général d’un hall de gare jusqu’au détail comme la voix d’un marchand ambulant dans la rue... vrai puzzle ou kaleidoscope sonore renvoyant aux multiples facettes et images urbaines.
Il définit la ville non seulement comme un lieu mais aussi comme une accumulation de mouvements pluriels et d’expériences simultanées. La ville est un
véritable palimpseste où se lisent les couches de l’histoire : les bâtiments gardent en eux une mémoire. Ils sont le témoins d’une époque, d’un temps passé, présent ou futur. A l’inverse
l’environnement sonore est oublié, fugace, éphémère. jean françois CAVRO fixe cette mémoire sonore en perpétuelle transformation et nous permet de l’analyser et de mieux
comprendre ainsi notre société. Celle ci est de plus en plus urbaine, les sons industriels remplacent un par un les sons naturels. Les villes s’étalent dans une péri-urbanisation. jean
françois CAVRO nous éclaire, par sa démarche, sur l’évolution de ce phénomène. Par ses constats et questionnements il peut donner des réponses et des orientations à suivre pour les
acteurs de la ville. Par son travail minutieux de construction et de déconstruction sonore, le compositeur nous pose ainsi les questions : “Aujourd’hui où vivons nous et
Que devons nous écouter ?”. Cette simple question constitue peut-être tout l’enjeu d’une composition musicale conçue dans une réalité sonore urbaine : témoigner de l’identité
sonore des villes. Une telle prise de conscience peut sans doute contribuer à révéler la vigueur des lieux dans lequel nous vivons.
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