Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

LA PEDAGOGIE DU PAYSAGE SONORE (2)
Par l'exemple


undefined


Après l'écoute des paysages sonores urbains, voici une nouvelle approche alliant des travaux phonographiques, des créations sonores, sur support ou en performances in situ, et des interventions pédagogiques avec des enfants, tout cela bien sûr en relation étroite avec l'environnement et le paysage sonore.
L'exemple que je vous propose aujourd'hui est assez original dans sa démarche, surtout par le choix du site et des matériaux sonores.
Concernant le site, il s'agit d'une centrale thermo-électrique sur la commune de Cordemais,  située  en Loire Atlantique, sur l'Estuaire de la Loire.
Les matériaux sonortes seront donc essentiellement tirés de la fée électricité.

C'est le collectif artistique "Volume-Collectif", avec trois de ses membres, Yannick Dauby, Hugues Germain et Christophe Havard, qui est à l'origine de ce projet.
Prendre comme fil conducteur une centrale électrique est en effet peu  banal. Tout d'abord, il s'agit d'une construction industrielle qui s'impose fortement dans un paysage plutôt rural, tant par l'ampleur de ses bâtiments, que par le maillage, lui aussi imposant, voire envahissant, des pylones et des lignes électriques qui  sortent de la centrale pour s'étirer en réseaux au travers du paysage.

undefined
Centrale électrique de Cordemais



Ensuite, au niveau du sonore, on  se trouve en présence de bourdonnements (le fameux 50 Htz fréquence de l'électricité, en tout cas en France), de grésillements (les phénomènes électrostatiques des lignes  électriques), de bruits d'usine parfois violents (le dégazage de la centrale par exemple)...
En bref, on trouve ici tout ce qui pourrait être assimilé à des vecteurs de pollution visuel et sonore, et qui est en fait traité comme une approche  identitaire du paysage sonore, dont l'épicentre est la centrale et ses prolongements au travers des lignes et pylones  s'enfonçant dans la campagne.

Cette approche réfute la connotation négative que l'on pourrait plaquer d'emblée à une activité industrielle, pour n'en garder au contraire, à travers des captations sonores et des écoutes distanciées, que les grandes richesses et diversités des sons émis par les tansformateurs, les sons de maintenance du site et les lignes distribuant l'électricité.
Le paysage ambiant de Cordemais est ainsi revisité par le biais de l'électricité, de ses sons spécifiques, de ses résonances sociales, et de l'imaginaire généré par la présence de ces installations qui s'impriment fortement, visuellement et auditivement, dans un territoire.

Prises de sons, interrogations de riverains, d'autochtones, d'ouvriers travaillant à la centrale, travaux pédagogiques avec des élèves d'écoles voisines, qui eux aussi partiront à la cueillette de sons au travers ce parcours énergétique,  l'écoute est bien au centre de cette réapropriation par l'oreille de son territoire. 
Mais la création sonore, celle qui fera basculer l'approche d'une perception environnementale au quotidien vers une création paysagère sonore est aussi très importante dans le projet pédagogique.
Tout d'abord sous la forme de montages audionumériques. De simples reportages autour du quotidien sonore de la centrale, on passera vers des montages et traitements qui offriront toute lattitude pour que l'imaginaire se construise de nouveaux espaces de rêves, d'écoute, des centrales virtuelles, des paysages à la fois emprunts du réel mais aussi façonnés par l'imagination des bricoleurs sonores, professionnels ou scolaires.
Des concerts performances  participeront également à la construction d'univers sonores en lien direct avec les activités de la centrale. Ainsi, des musiciens s'installeront tout prêt des transformateurs, et improviseront à partir des bourdonnements ambiants (drones  chez les  anglophones)  pour jouer in situ, en live, à mêler des sons instrumentaux, électroniques, aux sonorités ambiantes du site.
Seront également donnés chez l'habitant, de petits concerts où l'on réécoutera, en les commentant, des phonographies locales, des montages électroacoustiques, dont les matières sonores locales seront les vedettes.
Expositions, collectes patrimoniales, travaux de sensibilisation scolaire, improvisations, collectages audio et montages électroacoustiques, tout un panel d'actions  est mis au service de l'écoute, en d'une sorte d'installation paysagère du sonore, dans un environnement très localisé et fortement imprégné de ses sons d'électricité.
Ces sons sont tellement ancrés dans une réalité quotidiennne, qu'ils sont perçus, entendus, sans vraiment jamais être écoutés, et encore moins analysés, au moins jusqu'à la venue sur le territoire du collectif "Volume-écoute"

Pour tout savoir sur ce projet écologico-sonore, le site "Cordemais écoute l'électricité" est très bien documenté, proposant images, réflexions écrites et surtout phonographies originales qui feront saisir à nos yeux et oreilles toute la pertinence de la démarche, où arts sonores et pédagogie servent efficacement la compréhension de nos espaces de vie auriculaires.

A visiter  également  un article concernant ce projet sur le site de Sonhors










Tag(s) : #REFLEX'SONS