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SAÂDANE AFIF ET PIERRE BELOUIN

Se font entendre dans les
FRAC Basse-Normandie
Pays de Loire
et Région Paca


Trois lieux géographiques, une quasi concommitence de calendrier, deux artistes emblématiques.
Le premier (par ordre alphabétique) Saâdane Afif, est un artiste on ne peut plus polymorphe, utilisant de multiples média, et pas seulement le son ou la musique. Il est souvent surprenant par la diversité de ses gestes artistiques, et aujourd'hui il s'offre deux lieux en résonnance : Le Frac des Pays de Loire qui nous propose "One" alors que celui de Basse-Normandie avec "Two".
Si celà n'est pas prémédité, rien ne l'est !
Le deuxième (toujours par ordre alphabétique), Pierre Bélouin, est le manager d'un label Optical Sound, dénicheur de talents et de perles sonores, de créateurs sonores hors-normes, parmi les rares qui nous offrent de grands bols d'air face aux non prises de risques aseptisées (et assumées) des FNAC et autres Virgin...
Mais non content de diffuser du sonore pertinent sur support, le Label Optical Sound, celui donc de Pierre Belouin, comme son nom l'indique, donne aussi à voir du son, notamment par la promotion d'artistes plasticiens sonores, qui oeuvrent à la fois sur support et dans l'espace.
Voici donc trois articles consacrés ces expositions.

SAÂDANE AFIF
TWO …

vernissage vendredi 14 mars 2008 à 18h30

Saâdane Afif est né en 1970 à Vendôme. Il vit à Berlin.
Attentif aux attitudes, sons, images, textes ou slogans, Saâdane Afif se saisit du mouvement, du contraste et d’une certaine poésie pour les transformer. Ses œuvres sont le fruit de compilations diverses, de rencontres inattendues et trouvent leur origine tout aussi bien dans l'histoire de l'art que dans le monde des médias et de la musique. Mélangeant les objets et les disciplines, il produit une œuvre polysémique, constamment réinventée et réinterprétée, parfois même confiée à d’autres artistes. Ainsi dans l’exposition Lyrics (Palais de Tokyo, Paris, 2005), « Saâdane Afif sollicite des écrivains et critiques d’art en leur demandant de « traduire » certaines de ses œuvres en chanson, puis invite des musiciens à mettre ces textes en musique.» (Eva Poutreau).

L’exposition TWO… s’ouvre dès la façade du Frac par une enseigne lumineuse rouge où se lit le mot Essence et requiert d’emblée le visiteur au jeu troublant de la polysémie en suggérant à la fois la réflexion et l’activation des sens.
Les variations d’intensité de More, More (2002), néon bleuté qui reprend le dessin naïf d’une fleur dans
un pot, créent une respiration qui rythme l’espace et le temps. Le texte qui l’accompagne (imprimé en affiche à emporter) - souvenir d’enfance relaté par le père de l’artiste dans lequel un geste artistique et poétique surgit dans un contexte aride - se révèle une possible définition de l’art.

Les sculptures de la série Babel (2007) - maquettes blanches inspirées des formes improbables de « sounds systems » de concert - font écho aux architectures utopiques des avant-gardes du début du XXe siècle (tel Vladimir Tatline) tout en les frottant avec humour à l’univers des musiques actuelles. « Abandonnant toute sollicitation effective du sens et de l’ouïe, la série Babel nous livre une image de l’architecture en tant que pure virtualité sonore« art musical rendu au silence », pour reprendre la célèbre formule de Goethe qui résume une idée immémoriale.» ( Jean-Pierre Criqui, Les Cahiers du MNAM, automne 2007). La reprise photographique des Babel qui les surplombe donne l’illusion d’un reflet de la réalité tout en les élevant au rang d’icônes.

exposition du 15 mars au 25 mai 2008
tous les jours de 14h à 18h sauf les 23, 24 mars et 1er, 12 mai

L’art au rendez-vous, visite de l’exposition
samedi 15 mars et dimanche16 mars à 15h


Sources, Fonds Régionnal d'art contemporain de Haute Normandie

 

 

Et la résonnance en Pays de Loire

SAÂDANE AFIF

ONE...                                                                                 




Saâdane Afif, One,


Du 8 mars au 15 juin 2008, le Frac des Pays de la Loire invite l’artiste Saâdane Afif à investir la salle Jean-François Taddei.

Diplômé des beaux-arts de Bourges, en post-Diplôme à l’École des beaux-arts de Nantes, Saâdane Afif réalise sa première exposition personnelle en 1998 (Galerie Michel Rein, Tours). Il vit successivement à Marseille, Nice (Villa Arson) et Glasgow (Villa Médicis Hors les Murs). Depuis 2003, il réside à Berlin. En 2006, il est le deuxième lauréat du prix international d’art contemporain de la fondation Prince Pierre de Monaco. En 2007, il est présent à la douzième Documenta de Kassel.

Saâdane Afif n’est spécialiste en rien : rencontres, dessins, sculptures, photographies, installations, sons, attitudes, slogans et textes, autant de champs exploratoires où l’artiste guette le réel, le filtre et le transpose poétiquement. «J’appartiens à une génération d’artistes qui (...) aborde l’art comme une forme de langage avec lequel on joue, qu’on déforme, qu’on transforme, sans cette recherche précise de l’objet qu’avaient nos aînés.» Et le langage de Saâdane Afif semble irréductiblement polyphonique, multipliant avec une fluidité remarquable les modes d’adresse au public et questionnant souvent le principe même de l’exposition.

C’est ce que révèle l’installation Power Chords (2005), chœur de guitares électriques où chaque instrument joue une suite d’accords déduite de la séquence chromatique d’un bâton d’André Cadere (exemple d’une pratique citationnelle récurrente chez Saâdane Afif). Ces riffs reprennent le principe des « Money chords», succession de trois ou quatre accords qui ponctuent l’histoire du rock et suffisent souvent à faire un tube. Mais par la place qu’elle laisse au silence et à la dissonance, Power Chords ruine toute efficacité mélodique et rythmique, donnant sa préférence au déploiement d’ un paysage sonore mélancolique offert au spectateur-auditeur.

Lyrics (2005) poursuit cette modalité d’ouverture d’un territoire expérimental dans l’exposition : l’artiste y interroge ses expositions passées via une installation dépouillée, combinant textes de chansons imprimés aux murs, ballet de cercles lumineux projetés au sol, et scène déserte construite à partir de matériaux de récupération trouvés initialement au Palais de Tokyo. Pour l’écriture des textes, Saâdane Afif sollicite des écrivains et critiques d’art en leur demandant de « traduire » certaines de ses œuvres en chanson, puis invite des musiciens à mettre ces textes en musique. Désirant produire un commentaire sur son travail qui dépasse le cadre critique, didactique ou journalistique, Saâdane Afif s’attache à la qualité poétique des textes produits, qui gardent par essence une forme de résistance à l’entendement direct au même titre que les œuvres auxquelles ils se réfèrent. L’œuvre et le texte entretiennent alors un dialogue inédit, qui redessine les limites dans lesquelles l’artiste inscrit sa pratique, mue par une logique du débordement vers d’autres réalités (textuelles, musicales et discographiques).

Lors de la Biennale de Lyon 2007, Saâdane Afif est invité en tant que commissaire à poser son regard sur la scène artistique française durant les dix dernières années. Là encore, il s’emploie à produire des déplacements (de sens, de forme, de responsabilité) et configure une exposition-portrait en rendant hommage à Patrice Joly, fondateur et directeur de la Zoo Galerie de Nantes et de la revue critique 02. Différemment, Saâdane Afif prolonge la logique coopérative qui marque l’ensemble de son œuvre et réaffirme son crédo : « Notre société et les structures qui la régissent, monde de l’art compris, incitent profondément au repli sur soi. Or, les idées et les formes gagnent souvent à être partagées. »

Pour le Frac des Pays de la Loire, Saâdane Afif structure l’exposition One, autour d’un thème récurrent dans son œuvre : la Vanité, sujet exprimé antérieurement au gré de pièces formellement éclectiques (Vanité, post-it, Le vrai scandale c’est la mort, Power chords...). L’artiste réunit pour cette installation inédite, intitulée Re : Tête de mort, nombre des codes du genre : le crâne, la bulle de savon, le miroir, la musique... La référence à la peinture est omniprésente, et inclut la pratique de l’anamorphose, cet « art de la perspective secrète». En effet, les dalles monochromes qui donnent corps au vaste plafond suspendu dans la salle Jean-François Taddei semblent au premier regard placées selon un schéma abstrait sans réelle cohérence. Elles recèlent cependant une vision latente, que le procédé de pixellisation maintient entre présence et absence. Les grappes de bulles-miroirs posées en équilibre sur deux socles-enceintes portent en elles autant de points de restitution de ce motif qui flotte dans l’espace comme un présage d’image.

Par ailleurs, Saâdane Afif affirme sa qualité de «sculpteur de liens» : il invite Judicaël Lavrador, critique d’art et commissaire, à écrire un texte poétique sur l’œuvre. La forme (des phrases simples, comme dans beaucoup de textes pop), l’idée, la façon dont le texte apparaît dans l’exposition sont pensées et développées comme un processus rigoureux au sein même du travail de Saâdane Afif. À partir de ces contraintes fortes, Judicaël Lavrador déploie son propre imaginaire qui vient nourrir l’œuvre d’un nouveau point de vue, la traduire, la diffracter, l’abstraire aussi.

Un autre dialogue, une autre part d’échange naît de la collaboration avec le duo de graphistes deValence : via les outils qu’ils possèdent (le graphisme, la mise en forme, la typographie, etc), Saâdane Afif les entraîne à donner leur propre lecture de l’œuvre Re : Tête de mort à travers une affiche. En résulte cet étrange poster rock’n’roll et symboliste, réponse inattendue qui témoigne en filigrane du plaisir éprouvé par Saâdane Afif à se faire surprendre par des formes qu’il n’aurait pu développer lui-même et qui enrichissent son travail d’interprétations inédites.

Loin des circuits tautologiques, la démarche de Saâdane Afif cerne précisément ces «endroits du lien» : ceux qui permettent certes de produire des formes figées le temps d’une exposition, mais surtout ceux qui transcendent ces formes dans un mouvement très fluide, où rien n’est définitif. «A travers tout cela, j’essaie de mettre en place quelque chose de complexe : comment puis-je représenter cet endroit-là, qui serait moi, toi, nous face à une œuvre, et ce moment précis où nous devons prendre la responsabilité d’interpréter l’objet sous nos yeux, pour le faire entrer dans notre propre pensée et pour le véhiculer.»

L’exposition s’intitule One, en écho à celle que propose Saâdane Afif au Frac Basse Normandie du 14 mars au 8 juin, qui s’intitule...Two. One two, one two : gimmick fredonné qui annonce le commencement d’une nouvelle chanson, et même d’un nouveau single album, celui que produira bientôt l’artiste à partir des textes de Judicaël Lavrador et des visuels des deValence, présents dans les deux expositions comme un glacis final venant unifier l’ensemble. Avec toujours ce même postulat : créer du sens en créant des liaisons, et générer de nouvelles clés pour entrer dans l’œuvre.

Eva Prouteau

Sources FRAC Pays de Loire

 

 

 

PIERRE BELOÜIN - OPTICAL SOUND    
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du 18 janvier au 19 avril 2008
vernissage jeudi 17 janvier 2008
17h : rencontre avec l’artiste
20h : Concert par Légion Cérabrale (a.k.a. Servovalve), entrée libre
   
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Au mur : <i>Previously on Optical Sound</i>, 2007, avec Claire Moreux & Olivier Huz <br> Au centre : <i>Icosajack V/A (OS.024), </i>2007, avec Cocktail Designers <br> photos : J-C. Lett
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Au mur : Previously on Optical Sound, 2007, avec Claire Moreux & Olivier Huz
Au centre : Icosajack V/A (OS.024), 2007, avec Cocktail Designers
photos : J-C. Lett

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Au mur : <i>Previously on Optical Sound</i>, 2007, avec Claire Moreux & Olivier Huz <br> Au centre : <i>Icosajack V/A (OS.024), </i>2007, avec Cocktail Designers <br> photos : J-C. Lett


« Tout ce que je sais d’important sur l’art de la performance, je l’ai appris de ces deux concerts » a déclaré Mike Kelley, à propos de deux lives, l’un de Sun Ra (1973), l’autre d’Iggy Pop and the Stooges (1974). Le travail de Pierre Belouin s’inscrit précisément dans la niche des artistes qui ont tout appris ou presque de l’expérience musicale. Mais ce n’est pas seulement parce que son avatar d’artiste le plus connu est L’homme Orchestre, ni parce qu’il s’occupe depuis 10 ans maintenant du label Optical Sound, ni même parce qu’il est entré dans l’art par la musique, travaillant d’emblée à la frontière du visuel et du sonore, dès ses études à L’École Nationale des Beaux-Arts de Paris. C’est surtout parce que son travail et ses activités sont ancrés dans la culture underground, historiquement liée d’ailleurs à la musique. En connaisseur et fan, il multiplie donc les hommages, à Gysin et Burroughs, au fétichisme 50’s, au psychobilly, à l’érotisme 70’s, à la musique industrielle, et à la cold wave, aux séries B ou à l’univers des freaks. On pourra citer les très chics et sportives Auston-Healey de Str Crash, l’exotica de L’Homme Orchestre v2, les pin-ups et Milky Woman, sortie tout droit, avec ses attributs, d’un film de Russmeyer ou d’une peinture de Mel Ramos.


Persistence is all, première exposition personnelle de l’artiste, est elle aussi placée sous le signe de la référence, plus précisément à Coil, groupe de musique industrielle anglais : sa courte phrase de titre est en effet tirée d’un néon (une sculpture ?) disposé dans le salon de Threshold house, la maison du groupe qu’on peut apercevoir dans un documentaire anglais de 2001, « Hello Culture ». Et c’est aussi le titre d’un live du groupe, en 2000. « Persistence is all », sentence à la fois définitive et mystérieuse, ne signifie peut-être rien d’autre que la nécessité d’être tenace et exigeant, ou plus directement encore, de résister au suicide programmé des objets dans la culture commerciale. Multi-plateforme, plasticien, chef de label, curateur, Pierre Beloüin joue sur tous les fronts de la résistance underground.

Jill Gasparina

Extrait de la monographie Persistence is all-, janvier 2008, texte Jill Gasparina, édition FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, graphisme Claire+Olivier Huz - www.digitalbaobab.net, diffusion & distribution www.r-diffusion.org. 96 p. ill. en coul., 12 x 18cm, ISBN 978-2-9527796-4-7, 15 euros

Sources FRAC PACA

 

 

 




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