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LE Haut-Parleur OSTENTATOIRE ?

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Si l'on effectue une requête sur un moteur de recherche informatique en inscrivant "installation sonore" puis en la restreignant à une demande d'images, on s'aperçoit très vite d'une forme de redondance quasi iconique, qui ressemblerait à une sorte de signature visuelle des arts sonores installés. Alors, les arts sonores seraient-ils signés, visuellement parlant? Et si oui quelle serait donc leur "image de marque" ?
Et bien si l'on avait à représenter une sorte de logotype associé à l'installation sonore, on pourrait prendre comme icône la silhouette d'un haut-parleur, ou même plus justement d'un ensembles de haut-parleurs, agencés dans un espace donné.
Bien sûr toute généralisation, du genre même de celle que je viens de proférer, tourne vite à la grossière caricature. Je n'abuserai donc pas plus de ces images préfabriquées.
Néanmoins, cette petite généralisation introductive me permet de regarder de plus prêt, une fois n'est pas coutume, comment l'objet haut-parleur, dans son plus simple appareil, est utilisé, et peut-être pourquoi il l'est finalement tant.


Une esthétique conique
Un haut-parleur se reconnaît entre mille objets. Un peu austère, vêtu de noir, la membrane tremblante, parfois réhaussé à sa base d'un cylindre métallique, il possède une forme qui révèle clairement son usage, si je puis dire. Ce cône, à l'instar des portes-voix et autres pavillons d'intruments musicaux, nous indique sans ambiguité qu'il est bien fait pour projeter du son, pour mettre de l'air ambiant en vibration et propager de l'énergie sonore à l'entour.
Il est de ces objets que les designers aiment à montrer, tant leur fonction est induite dans la forme, comme une chaise ou un marteau, que l'on utiliserait certainement pas comme instruments musicaux !
En réalité ces exemple sont très mal choisis si l'on se place dans une époque post Cage, où les arts sonores se sont affranchi de ce genre de contingence matérielle !
L'esthétique du HP, même s'il elle relève d'une certaine sobriété, si elle ne donne pas dans l'apparat, le spectaculaire, inciterait donc à montrer cet objet, ultime extrémité de la chaîne de diffusion, sans le cacher dans des caissons, ou derrière des tissus ou des grilles, sans l'inclure dans des cloisons, des meubles; mais au contraire en le mettant en scène telle qu'il est.
Esthétiquement, selon la façon dont il est montré, le haut-parleur peut curieusement resembler à un yeux, ou à une serie d'yeux épiant le visiteur dans ses périgrinations. Un oeil qui diffuserait du son, l'idée n'est pas banale vous en conviendrez.


Montrer les sources
Le son est immatériel, intangible, on ne cesse de le dire. Pourtant, ses effets peuvent parfois être visualisés. Notamment lorsque, soit par visées pédagogiques soit par recherche d'un effet esthétique on met en scène la vibration d'un HP, l'amplifiant visuellement parfois en rajoutant des matériaux tressautant, ou en visualisant les ondulations provoquées à la surface de liquides. On matérialise ainsi la vibration sonore, on marque clairement l'endroit d'où elle s'échappe, le bout du "tuyau" qui, par son évasement la laisse se diffuser à l'air libre.
Nous ne somme donc plus tout à fait dans une véritable démarche acousmatique (écouter sans voir les sources), posture d'écoute que l'on trouve régulièrement en concert d'électroacoutique, mais bien dans une affirmation de la source, clairement localisée dans l'espace, même si ce qui sort de cette source sonore reste en partie immatériel.

Des jalons dans un espace sonore historié
Une installation est par définition un aménagement, ou un réaménagement spatial. Le son contribue bien évidemment à (re)modeler cette espace dans lequel déambulera le visiteur. La présence bien visible de HP marque de fait un territoire d'écoute, voire un cheminement proposé, sinon imposé. Placés en lignes, en cercles, suspendus, en murs, circonscrits sur des objets, mobiliers, formant des réseaux tentaculaires, la mise en espace des HP guide à la fois la vue et l'oreille, mais contraint aussi l'approche physique et intellectuelle du visiteur. Les scénographies utilisant les HP comme objets monstratifs, et elles sont nombreuses, écrivent dans l'espace des histoires, des parcours, des narrations figuratives ou non, chacunes à leur façon.
Certaines pourront souligner, voire surligner d'une ligne ou d'une trame  visuelle sonore les contours d'un bâtiment, d'une salle, tandis que d'autres recréeront arbitrairement de nouveaux espaces auriculaires, subjectifs, à l'intérieur de l'espace.
Je citerai pour exemple une magnifique et imposante installation
d'Emmanuel Laguarrigue que j'ai visité à Mons, lors du festival City Sonics 2007.
Dans une belle et ancienne chapelle, l'espace est divisé en trois lieux clairement marqués.
Dans un premier, une multitude de minuscules HP sont suspendus à hauteur d'oreilles, nous sussurant des bribes d'histoires parlées, au gré de nos déplacements labyrinthiques entre ces petites sources mutiples.
Dans un deuxième espace  prolongeant le premier, c'est un cercle d'enceintes acoustiques qui nous oblige quasiment à pénétrer en son centre pour, là encore, écouter des histoires narrées.
En avançant vers le fond de l'espace, légèrement réhaussé, se trouve au milieu de l'espace, un cube garni sur tous ces cotés de haut-parleurs d'assez grosse taille qui eux aussi diffusent des histoires, toutes en paroles.
L'expérience acoustique, pour paraphraser un illustre compositeur, est chaque fois très différente, plus ou moins feutrée, crue, poétique. Les espaces sont soit très définis géographiquement soit plus flous, plus fous,  comme c'est le cas à l'entrée de l'installation.
De même, le degré de confidentialité change du tout au tout selon les espaces. Des chuchotements intimes, au creux de l'oreille de la première partie, en passant par l'encerclement et sa mouvance sonore de la seconde partie jusqu'à l'aspect plus "clinique" et ostentatoire du troisième espace, on vit véritablement des moments et des ambiances sensoriellement très différentes.
Mais le plus étrange, c'est que l'on écoute la même chose dans tous les espaces, dans tous les HP, alors que l'on a l'impression de changer constamment d'histoire, de systèmes narratifs.
La taille, la disposition et les postures d'écoute induites par le cheminement de HP leurrent en quelque sorte notre ouïe, ou en tout cas pertubent fortement le décryptage que l'on croit faire de cette histoire sonore. On est en fait persuadé d'entendre trois histoires différentes alors que la même nous est contée du début à la fin du parcours. Joli piège en trompe l'oreille tendu par l'artiste, qui a su, au gré des HP, modeler un parcours aussi beau visuellement et acoustiquement que fourvoyeur d'une narration chausse-trappe, p
our notre plus grand plaisir.

Ramifications, réseaux éclatements et fourmillements
Autre caractéristique d'un espace investi par de nombreux HP, la démultiplication de micros sources sonores et ses effets induits. Nous ne sommes plus dans une écoute frontale, stéréophonique, concertante, pas plus que dans un dispositif multipiste "classique", octophonique ou plus, tels les orchestres de Hauts-parleur du type Acousmonium du GRM, ni non plus dans une acoustique fusionnelle, immersive.
Nous somme en fait placé devant, ou dans une sorte de fourmillement pointilliste, lorsque les HP sont de petite tailles, ce qui est souvent le cas. ces dispositifs bruissent comme une sorte de ruisellement ou un ruisseau sonore  (pléonasme !). Le dispositif devient producteur d'ambiances très caractéristiques lié à ce ce genres d'installations. On pensera éviddemment à un artiste passé maître dans ces créations aussi poétiquement visuelles que sonores :
Robin Minard.
Des tapis sonores au sol jusqu'aux HP qui semblent investir les cloisons, s'accrocher sur les murs de façon très végétale tels un lierre, une vigne vierge, la multiplicité de petites sources sonores est là encore fortement marquée visuellement par la scénographie, et la scénophonie des HP. Ces installations se déclinent, comme beaucoup,  selon les espaces investis. Je me souviens notamment de plusieurs versions mises en scène et en sons de "Silent Music" à Lyon, soit à la galerie BF 15, soit au Musée d'art contemporain.
Fait remarquable, la prolifération des sources n'engendre pas un envahissement sonore hégémonique, prenant possession de force, ou en force, de l'espace d'installation, mais plutôt une sorte de halo, léger bruit blanc, ou rose selon. Ces ambiances feutrées génèrent des sensations de calme, de posture méditatives, suggérant des ambiances naturelles, vent dans les feuillages, ru serpentant dans une prairie...


Une esthétique de la récupération
Installer une multitude de HP au sein d'une même installation procède souvent d'un geste de récupération.
Le desossement d'ancien appareils sonores dont le mécanismes, les parties électroniques ou électriques sont fichues mais où les membranes de HP encore intactes, fournissent un excellent moyen de s'approvisionner en diffuseurs sonores.
Ainsi, du jouet parlant ou "bruitant" au téléphones has been en passant par les casques usagés et autres machines sonores abandonnées, l'artiste peut s'offrir son petit ou grand orchestre de haut-parleurs, cependant bien loin de l'
Acousmonium du GRM utilisé lors des concerts électroacoustiques.
Cette démarche de récupération, qui n'est pas nouvelle dans la production artistique, peut avoir plusieurs raisons.
On est tout d'abord en droit de penser à une économie financière substancielle, dans des temps où les champs artistiques et culturels ne sont pas forcément  la priorité des financeurs potentiels, ni au coeur des politiques culturelles, ou en tout cas de ce qu'il en reste.
On peut aussi imaginer une sorte d'attitude qui prendrait en pitié les pauvres HP abandonnés, qui donnerait à un objet une vie après la vie, un second départ,
qui plus est artistique donc noble, à un objet à l'origine triviale.  Cette renaissance ferait rentrer cet objet, au départ soigneusement caché dans un boitier, au coeur de l'oeuvre artistique, et cette fois-ci de façon bien visible.
D'ailleurs, une démarche du recyclage semble naturelle dans une ère écologique inquiétante quand à l'avenir de nos écosystèmes, bien que je ne pense malheureusement pas que le recyclage du HP  dans les espaces de monstrations ait un poids significatif sur l'équilibre écologique planétaire, bien que !
Pour revenir à une conception plus artistique de la récupération, certaines installations utilisant le HP récupéré s'apparentent à des attitudes proches de l'Arte Povera, où l'objet "pauvre" s'érige en matière artistique digne de respect et d'amiration. On est plus très loin de l'urinoir de Marcel Duchamp, qui lui-même a d'ailleurs expérimenté dans l'art sonore.
On est parfois aussi dans une démarche d'une construction plastique qui, utilisant de simples HP récupérés, assemblés parfois par de savants bricolages, peut s'assimiler à une forme d'art brut; mais un art brut pensé et travaillé à dessein, plus proche de celui d'un Dubuffet que des productions spontanées, trouvées dans des asiles où des lieux qui n'avaient pas vocation à héberger des oeuvres artistiques et par des artistes qui ne pensaient pas le devenir un jour.
On pourrait d'ailleurs arguer que la modestie visuelle de l'objet HP (le contenant) laisse volontairement plus de place à la source sonore
qu'il diffuse (le contenu), donc que le visuel s'efface quelque peu au profit du sonore, mais là, l'hypothèse est osée !
On est en effet loin des procédés acousmatiques, ou l'installation se cache visuellement pour ne sculpter que de l'espace ambiant, immatériel, sans recours aux techniques plasticiennes, matériellement parlant, si ce n'est la plastique sonore.

Après avoir envisagé l'installation sonore dans ce chapitre, non comme un grand concept philosophique, mais par le petit bout de la lorgnette, et aussi de l'oreillette, par le biais de ses HP, il ne reste plus qu'a en montrer quelques uns, car une photo vaut parfois un grand discours lorque l'on parle de critères esthétiques.



Petite iconographie du HP installé



Robin Minard, "Sur papier" et "Silent Music", installation murale
Autres images



Brandon Labelle, HP sur pieds


Emmanuel Laguarrigue, mobile    grappe cluster



Hanz Peter Kuhn, espace pointé au sol



Bernhard Leitner, Sound spatial Habitat                




Edwin Van Der Heide
, Loudspeakers, mur-enceinte de HP



Peter Vogel, sculpture intéractive et générative

















Zhang Ding
Boule et ramifications





Ki Chui Kim, Sound Looking-Rain




Lionnel Marchetti, installation serre du Vinatier Lyon Bron
(lien vidéo Youtube)






Tag(s) : #REFLEX'SONS