Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

DEUX EXPOSITIONS POUR
MONTRER DU SON
ET DES ROKERS FAISEURS DE SONS


En principe, le son, ça s'entend, et ça ne se voit pas; donc ça s'écoute.
Cette affirmation peut paraître une banale généralité ou un mièvre lieu commun . Et pourtant, de nombreux exemples nous ont montré que la représentation visuelle, sous quelque forme qu'elle soit, non seulement peut évoquer un fait sonore, une ambiance, mais aussi l'incarner véritablement parfois. Montrer le son par l'image, la peinture, la sculpture, n'est pas si anachronique qu'il n'y paraît. L'enjeu d'une telle monstration devient alors une gagure, un véritable défi  tout à fait passionnant dans le domane des arts sonores; nous montrons du sonore, du musical sans en faire écouter une seule seconde, mais en le suggérant très fortement par des représentations graphiques. Pour étayer ce propos, nous prendrons deux exemples puisés dans l'actualité, au travers deux expositions, l'une suisse et l'autre belge.
En ce qui concerne l'exposition suisse, elle est consacré à un des grands monstres sacrés des arts sonores, auquel nous avons déjà consacré un article entier dans ce blog,
Christian marclay.


Nous ne reviendrons pas sur les approches extrémement variées, polymorphes et très pertinentes (à mon avis) d'un musicien qui, pratiquant le DJ'ing avec un art consommé, s'est aventuré dans les domaines de l'art plastique avec une curiosité qui n'a d'égal que son inventivité introspective.
Exemple : on pourrait croire de prime abord qu'un musicien et artiste sonore de surcroit, se promène tout le temps muni d'un magnétophone, pense-bête et carnet de notes incontournable pour alimenter sa collection de sons, ou noter à la volée une idée musicale, un projet d'installation...
Or Christian Marclay, qui est depuis très longtemps passionné des "à-côtés du son" et de la musique, entre autre par ses représentations graphiques, ne sort jamais sans un appareil photographique. Et comme il voyage beaucoup, il a collecté une série de photographies qui tendent à évoquer, à suggérer, à définir le son, comme pourrait le faire une partition musicale, elle-même représentation emblématique du musical. D'ailleurs, on peut rappeler ici une façon de Christian Marclay de représenter, ou plutôt de faire représenter, la musique ou le son, en placardant dans des espaces publiques, des rues, des places, des halls, de grandes partitions vierges, qui seront taguées, graphées, annotées, musicalement ou non par les passants anonymes, eux-même musiciens ou non. Ensuite, ces partitions récupérées seront données à jouer, à interpréter sur scène par de "vrais" musiciens, improvisateurs performeurs.
Le concept étant ici une participation de musiciens ou de non musiciens anonymes, (les passants grapheurs) à une l'écriture collective et aléatoire d'une oeuvre musicale, soumise aux caprices de l'espace publique, puis à ceux éventuels de ses interprètes.
Mais revenons aux photographies de Christian Marclay. Elles sont incontestablement suggestives et nous donnent à entendre, virtuellement, une ambiance, un son, une mélodie tirée de l'espace publique.
Il peut s'agir d'une simple caisse de guitare vide, posée sur un trottoir, évoquant son propriétaire qui joue, deux ou trois mètres en arrière, dans l'espoir de gagner quelques sous, ou d'un graphe très expressif montrant un vélo posé contre un mur avec une tag en arrière-plan représentant une cassette audio déroulant une bande magnétique fleurie qui semble venir, tel un lierre s'enrouler avec le vélo, ou bien encore un musicien allongé sur un trottoir, sa guitare sur la tête, comme pour se protéger, grâce à la musique, du soleil, ou d'éventuels dangers urbains...
La représentativité et la force suggestive de ses images, même (et surtout ?) décontextualisées, nous donnent à relire, à (ré)interpréter des postures d'écoutes urbaines, des ambiances à la fois imaginaires et très présentes, comme si ces images faitent sonner, ou résonner des timbres, des rythmes, des bruits, des musiques dans notre tête. On parle de la force des sons, des mots, ici c'est bien de celle de l'image, oh combien suggestive qu'il s'agit.


Cette exposition au MAMCO, Musée d'art moderne de Genève se nomme  Cycloptically ou
Honk if you love silence, en sous titre et peut se voir du 21 juin au 21 septembre 2008.










« Queens , 2003 »
C-Print ; 21 x 27.9 cm
© the artist
Courtesy Jay Jopling/ White Cube (London)

« Lisbon, 2005 », 2005
C-print on Fuji Crystal Archive paper ;
12 15/16 x 15 11/16 x 1 9/16 in. (32.8 x 39.8 x 4 cm) (incl. frame)
© the artist
Courtesy Jay Jopling/ White Cube (London)





« London, 2007 », 2007
C-print on Fuji Crystal Archive paper ;
12 15/16 x 15 11/16 x 1 9/16 in. (32.8 x 39.8 x 4 cm) (incl. frame)
© the artist
Courtesy Jay Jopling/ White Cube (London)


Pour en savoir plus, voir le site du MAMCO de Genève




Et aussi à Bruxelles


A Story of Art and Music
Vendredi 20.06 > Dimanche 14.09.2008
Palais des Beaux-Arts
23 Rue Ravenstein
1000 Bruxelles


La deuxième exposition, Bruxelloise, donne à voir des travaux d'artistes musiciens rockers des années 70 à nos jours, qui ont aussi, en dehors de toute école, de tout mouvement, travaillé à créer des oeuvres visuelles.
Le titre de cette exposition organisée par le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, non dénué d'humour, est
It's not only Rock 'n' Roll, Baby! , et il est en fait derrière le côté joueur de det expression, assez explicite, affichant la volonté de décloisonner les pratiques pour parler du rock, autrement qu'avec son média habituel : Les sons.

Voici le texte de présentaion du Palais des Beaux-arts de Bruxelles

It's not only Rock 'n' Roll, Baby! rassemble pour la première fois un ensemble d'œuvres majeures de musiciens rock des années 1970 à nos jours (de Yoko Ono, Patti Smith, Brian Eno à Chicks on Speed, Fischerspooner, Devendra Banhart, Pete Doherty, etc.). Cette exposition, encore électrisée par une collaboration exceptionnelle avec le festival de Rock Werchter, révèle pour la première fois une autre histoire du rock, celles de musiciens, d'artistes nés dans le monde de l'art. Une vingtaine d'icones de la musique sont réunies ensemble pour la première fois, non pas pour un concert mais pour présenter leurs œuvres visuelles. Il ne s'agit pas d'un mouvement mais d'artistes qui ont chacun une démarche singulière et qui abordent l'art et la musique comme un corps commun, une unité de pensée ; des artistes qui montrent comment deux formes d'expression, pourtant différentes, sont indissociables. It's not only Rock 'n' Roll, Baby! ou comment la voix du rock est aussi née dans les arts visuels.


Les artistes:

Alan Vega

Sculpture de lumière d'Alan Vega


Antony, Bent van Looy (Das Pop)


Bianca Casady (Cocorosie)
 
Installation de Bianca Casady


Brian Eno

Ambiance, De brian Eno

Chicks on Speed, David Byrne, Devendra Banhart,

Fischerspooner

Image de scène Concert-spectacle


Jonsi Birgisson (Riceboy Sleeps), Kembra Pfahler, Kyle Field,

Laurie Anderson

Handphone-Table



Miss Kittin, Nick Zinner (Yeah Yeah Yeah's), Patti Smith, Pete Doherty, The Kills, The Residents


Yoko Ono

Installation cercueils avec oliviers de Oko Ono


Vidéos / musique par
: Doug Aitken / LCD Soundsystem, Dara Birnbaum / Rhys Chatham, Robert Breer & William Wegman / New Order, CocoRosie, Lucile Desamory & Kevin Blechdom, Peter Downsbrough / The Wallets, Robert Frank / Patti Smith, Damien Hirst / Blur, Camille Henrot / Principles of Geometry, Derek Jarman / The Smiths, Derek Jarman / Throbbing Gristle, Richard Kern / Sonic Youth, Kevin Meul / Das Pop, Paper Rad, Martin Parr / Pet Shop Boys, Rocky Schenck / Devo, Nicolas Soquette / Sun OK Papi KO, Wolfgang Tillmans / Pet Shop Boys, Fabien Verschaere / Liquid Architecture, Graeme Whifler / Renaldo & the Loaf, Wyldfile / The Gossip.

Commissaire : Jérôme Sans, ex-directeur Palais de Tokyo (Paris), directeur Centre for Contemporary Art (Beijing).

Join our community on MYSPACE, FACEBOOK !!


Ecoutez l'interview de Vincent Delveaux, Conseiller artistique de l'exposition


Pour conclure, ces deux expositions, bien que traitant chacune des arts plastiques ou visuels et de leurs rapports son/musique ont des approches fort différentes.
La première est monographique, et ne présente que des "visions sonores" photographiques tirées de carnets de voyage visuels de l'artiste Christian Marclay.
Le seconde présene un large panel d'artistes, dont les parcours débutent très souvent par le passage dans une école d'art. Leurs travaux visuels ne s'attachent pas systématiquement à montrer directement du son ou de la musique, mais sont plutôt inspirés d'ambiances "rock", où l'on retrouve certaines récurrences à forte connotation sociales (violence, drogue, contestation...), sans pour autant que celà ne puisse être généralisé à l'ensemble de l'exposition. Il n'empêche que c'est certainement, je cite Jérome Sans*, commissaire de l'exposition
    "... une manière de réécrire l'histoire du rock comme étant une histoire de l'art..."

Quelques grandes stars oeuvrant depuis longtemps entre musique, arts sonores et plastiques sont présentées à Bruxelles, parmi lesquelles Brian Eno, Laurie Anderson, Yoko Ono...

* Et jérome Sans sait de quoi il parle pour être lui-même, au-delà de ses fonctions de directeur culturel et de commissaires d'expositions, un musicien pratiquant, avec un duo electro-rock singulier en compagnie 
d'Audrey Mascina : Liquid Architecture
Cette formation dont chaque concert ne resemble pas au précédent, laisse une grande place à la création visuelle par des esthétiques scéniques toujours renouvellées et très travaillées, avec la collaboration d'artistes musiciens et plasticiens. Encore un exemple d'approche transdisciplinaire qu'affectionne particulièrement l'Espace des Arts Sonnants, au cas où vous ne l'aviez pas encore remarqué.







Tag(s) : #FESTIVALS