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RETOUR SUR DES RENCONTRES
SONORES ET BIEN BATIES
Arc et Senans, La saline Royale
les 9, 10 et 11 juillet 2008


1ere journée, le 10 juillet


Il y a quelques blogs de cela, je vous avais annoncé la première édition des recontres Architectones, autour de l'art, du son et de l'architecture. J'avais espéré, à juste titre, que l'ambitieux programme et le panel d'artistes invités tiendraient leurs promesses. Pour juger sur pièce, je me suis donc rendu dans cette impressionnante architecture de la Saline Royale d'arc et Senans, oeuvre de l'architecte Claude-Nicolas-Ledoux, quelque peu concentrationnaire, pour participer à ces rencontres. Non seulement elles ont comblé mes espérances, mais bien plus encore, par la richesse des rencontres et contacts tous azimut.
En effet, la sauce a pris d'emblée, et il s'est spontanément établi des relations aussi riches que sympatiques, entre les intervenants professionnels présents et les "visiteurs". Il faut dire que pour la plupart ces visiteurs étaient bien informés, qu'ils soient
eux-mêmes professionnels du son ou de l'architecture, voire des deux,  doctorants dans des domaines similaires, ou autres .
Je vais donc tenter ici de résumer les grands points  que j'en ai dégagé, ou en tous cas ceux qui m'ont paru importants, sachant que ces vues et idées n'engagent que le rédacteur de cet article, et peuvent évidemment être discutées, contredites, complétées...
En premier lieu, l'un des seuls point que je pourrais trouver négatif, est justement la (trop) grande richesse des interventions. En fin de journée, après plus de 7 heures d'attention portées à des présentations en français et en anglais, le cerveau était à la limite de la rupture, aux confins de la non-réception d'idées neuves. Paradoxalement, et à l'inverse de certaines rencontres, on aurait souhaité que le programme fut un tantinet allégé, et peut-être entrecoupé de performances, mini-concerts, et autres petites formes artistiques, pour rafraîchir nos pauvres neurones, tout en restant dans un bain sonore fort à propos.
Ayant discuté de cela avec les responsables, le message est je pense passé, et ce ballon d'essai réajustera ces petites imperfections lors de la prochaine édition, car tous les  participants espèrent vivement que prochaine édition il y aura. Voila un autre message à l'attention des programmateurs, s'ils lisent cet article bien évidemment.


http://www.tate.org.uk/onlineevents/images/lina.jpgChronologiquement, si l'on ne tient pas compte des premières installations présentées le mercredi soir, j'en reparlerai plus loin, nous avons entamé la journée du jeudi 10 juillet par l'intervention de Lina Dzuverovic, l'une des directrices artistiques de la Galerie d'arts sonores londonnienne Electra, déjà présentée dans ce blog. Il fut question des façon de présenter des oeuvres sonores, des grands courants, mais surtout du rapport (ou du non rapport) des institutions face à l'art sonore, du peu de place qu'occupent les oeuvres sonores dans les collections, et de la fragilité du marché les concernant.
 Cela tient-il au manque de visibilité, relatif notamment aux nombreux croisements de média et de formes esthétiques déjà évoqués dans ce blog, aux difficultés de créer un marché essentiellement bâtis sur des installations parfois conséquences, sur des performances, des sons aussi intangibles qu'éphèmères...? La relative jeunesse des arts sonores, le manque d'historicité de la chose sonore ou la conjonction de plusieurs de ces facteurs participent-ils également à ce manque de visibilité ? Les questions restent posées.


L'image “http://lansdown.mdx.ac.uk/lceasite/about/staff/SalomeVoegelin/SalomeVoegelin.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Salomé Voegelin nous parla quand à elle du côté philosophique de l'esthétique sonore.
Etrange discours aux apparences universitaires, mais sans y suivre la logique démonstrative. Parole vive, énnoncés de nombreux points de vue qui désarçonnèrent certains, agacèrent d'autres, ou les laissérent septiques sur le message à recevoir. Entre performance orale proche d'un cut-up verbal et dogmes
assénés à la chaîne, j'ai néanmoins admiré la fougue de l'intervenante et noté quelques phrases concernant le bruit, le côté noisy auquel s'est très souvent rattaché l'intervenante :
"... Le bruit affirme notre fragilité au son par l'expérience de l'extrème..."
"... Plutôt des propositions de postures d'écoute plutôt qu'une initiation à l'écoute..."
" La perte de contrôle quasi totale de son espace de vie par le bruit de l'autre..."
Ces idées sont reportées de l'anglais, avec tous les dangers de traductions approximatives, donc méfiance. Elles pourraient constituer néanmoins de beaux sujets de réflexions pour des étudiants d'école d'art.

Rahma Khazam, la responsable  du programme des interventions, assistée d'Yvan Etienne, a quand à elle replacé le sonore dans une approche multi-sensorielle, en le prenant en compte dans ses nombreuses intéractions avec le visuel. En effet, s'il existe quelques installations purement acousmatiques, le son est dans la majorité des cas traité par des installations plasticiennes qui, loin de le déservir, ou de l'amoindrir, le mettent plutôt en valeur, comme acteur pricipal, héros de la fête. En tous cas lorsque l'installation est pensée comme un support du sonore, et que l'artiste ait la volonté de mettre en lumière, par quelques moyens que ce fut, la cause sonore.



http://www.multimedialab.be/blog/wp-content/uploads/2007/06/atau_tanaka_482.jpgAtau Tanaka a soulevé d'intéressantes questions sur la musique locative, justement celle qui a quitté les espaces de concerts dédiés pour s'accaparer d'autres lieux publiques, divers et variés.
Se posa entre autre le problème d'une écoute individuelle, cherchant à isoler l'écoutant (écoute au casque), à le protéger parfois de milieux ambiants violents.
On voit notamment, le processus de "sons enfermés" dans un cube-interface comportant 20 faces; chacune jouant un son différent. On approche là de nouvelles postures d'écoute jouant avec des matériaux, objets, temps et espaces, et des questions citoyennes du sonore urbain... . Vaste sujet s'il en fut.


L'image “http://a4.ac-images.myspacecdn.com/images01/56/m_a7d5ea0dae1c83dd8c6c7f7f8c645533.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Avec Julien Ottavi, l'un des principaux activiste sonore d'appo 33, il fut encore question de localisation, ou plutôt de délocalisation du son. Le projet de La poulpe est un réseau d'installations sonores qui étire ses tentacules dans différents lieux et villes du Monde. Enchevêtrements de fils, de HP, et d'appareils producteurs ou récepteurs, ces installations sondent les bâtiments, à la recherche de la moindre vibration. Le processus n'est pas simple à décrire. L'ensemble de ces installations dialoguent entre-elles par des transitions audio-streaming. Le son déporté, mixé, délocalisé, en vrais faux espaces de concerts. Le son décontextualisé et recontextualisé quelques milliers de kilomètres plus loin, mouliné et joué et rejoué.
Ici, l'espace démultiplié se joue entre installation, réseau et performance, non sans idée sociale et citoyenne puisqu'il s'agit de faire éclater un pouvoir centralisateur (le panopticon qui est proche des résidents la saline royale, constamment sous l'oeil du maître voire par extension la critique del'institution et la sacro-sainte salle de concert) par la démultiplication des réseaux sonores.
Julien Ottavi joue aussi surl'écoute de l'espace publique en révélant, par un astucieux bricolage la prolifération des ondes électromagnétiques, devant des passants étonnés, amusés mais quelque peu effrayés de découvrir à quel niveau ils sont constamment traversés par des flux d'ondes invisibles.
Julien Ottavi le dit lui-même dans une phrase très significative : "... C'est beau ! non, c'est laid !..."


Retour dans une galerie d'art sonore, à la célèbre Singhur avec son commissaire Carsten Seiffarth.
Outre le fait de revenir aux courants artistques constituant un panel représentif d'oeuvres sonores, Carsten met l'accent sur les conditions propices et quasi indispensable à de bonnes conditions de monstration.
Et c'est à mon avis là que le débat s'ouvre de plein-pied sur les difficultés récurentes liéés à l'exposition d'oeuvres sonores.
Parmis ces questionnement, j'ai relevé celles-ci :

- La fiabilité du marché commerciale
-Le manque de connaiseurs, critiques et commissaires attachés aux arts sonores, et l'on en revient ainsi au manque d'historicité
- Les différences entre installations sonore et audio-art
- Les questions de confort d'accueil et de confort acoustique, notamment pour les employés de la galerie
- Le calme relatif , nécessaire à l'écoute d'oeuvres sonores, les vernissages se font au-dehors
- Le lieu d'accueil qui doit être approprié (neutralité, possibilité de créer in situ ou de fortement réadapter les installations au lieu...)
- Le manque d'historicité de la chose sonore
- La difficulté de garder des traces représentatives, par des outils de médiations originaux (catalogue + CD, DVD...)



http://webpri.wmaker.net/rewics/photo/323087-398966.jpgPetit voyage en terre wallonne avec Philippe Franck qui nous présente un rendez-vous incontournable des arts sonore City Sonics. Ce festival est concu comme une déambulation urbaine jouant sur des hétérophonies (alter/audio) et des hétérotopies, dixit Philippe Franck. Le son comme un accident voulu, qui réveillerait les consciences de flâneurs urbains, à la Baudelaire, avec des partages de solitudes partagées, des recherches d'abris (sonores)...
La ville est ici considérée comme une salle de lecture vivante, où l'on est à l'écoute. Ecoute qui, toujours selon Philippe Franck nous met parfois en bordure du centre, avec le son comme bordure-limite.
Philippe Franck revient lui aussi sur la pauvreté des outils critiques consacrés aux arts sonores, et au champ encore très largement ouvert pour développer cette fameuse histoire du sonore, une sociologie du son... Il ressort de ces premières approches tant par des artistes que par des commissaires d'expositions ou organisateurs d'événements que ce défaut d'historicité est bien considérée comme une lacune récurente, qui nuit certainement à une bonne lisibilité et visibilité des arts sonores


2e Journée, le 11 juillet


Après une première journée qui constitue une sorte de tour d'horizon des arts
sonores, pas forcémment consacrée intégralement aux relations architecture-art-sons, mais qui permet néanmoins de situer le débat et de poser quelques problématiques propres aux secteurs de la création sonore, la deuxième journée sera en prise directe avec des expériences artistiques mêlant son et architecture.


L'image “http://www.fas.harvard.edu/~ces-ber/photos/leitner.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Nous abordons, avec Bernhard Leitner, le sujet des rapports espaces sonores-espaces temporels. Le son intangible est bien évidemment un événement qui s'appuie fortement sur la durée; durée qui délimitera en quelque sorte sa présence dans un espace donné. Bernhard Leitner cherche à créer des trajectoires sonores dans l'espace. Devant derrière, dessus, sur le côté, il met, par un agencement de haut-parleurs, des sons en mouvement, pour dessiner, ou redessiner des espaces sonores ambiants. La disposition des HP marque visuellement un espace sonore, par définition invisible, en trace ses contours, en suggère assez précisément ses mouvements. Des postures physiques s'en dégagent, assis, debout, en mouvement, couché, dans des espaces immersifs, sortes de modélisation spacio-acoustiques de lieux de vie. Mais bernhard Leitner dépasse ces recherches et expérimentations, via des installations sonores muséales, en créant de véritables lieux d'écoute, aboutissement et applications concrètes,  tel le cylindre acoustique au Parc de la Villette à Paris.



http://www.octogon.hu/files/kep_3320_csavo.jpgAvec Heinz Tesar, on découvre un architecte à forte personnalité, à l'humour parfois grinçant et au verbe cinglant  qui, s'il ne travaille pas directement les rapports sons-espace, n'en est pas moins très sensible aux figures du sonore, au poids de l'espace et des sons, et conduit une recherche esthétique très exigente et très cultivée, dans le noble sens de ce terme.


http://farm3.static.flickr.com/2181/2273262397_c1c367f0b0.jpg?v=0Jérome Joy nous ramène dans des principes de délocalisation-relocalisation du son, avec ses dispositifs de micros ouverts, mis en place par le laboratoire d'arts sonores aixois Locus Sonus qu'il co-dirige. Ces micros, webcams sonores paysagères, peuvent être considérés comme des dispositifs de surveillance détournés de leur fonction initiale. On ne sait pas ce qui se passe ailleurs, on n'agit pas sur l'écoute, on ne contrôle pas les sources. Les espaces publiques urbains et ceux d'internet sont confondus donnant lieu à des objets contemplatifs, que tout un chacun peut se réapproprier, en les remixant, les écrivant, les transformant à nouveau. Ces fenêtres auditives ouvertes sur le monde sont un projet open-source, une attitude de partage en réseau, que les nouvelles technologies d'aujourd'hui permettent.
Sinon, Jérome joy a également évoqué un projet architectural où, en collaboration avec un architecte, il avait imaginé un processus sonore complexe, recréant des espaces sonores toujours en mouvement, jouant avec les relations intérieur -extérieur, privé-publique, sur les espaces de transition et de passage. Ce projet ne vit pas le jour pour différentes raisons, mais on peut légitimement se poser la question d'une certaine crainte, méfiance, voire peur du sonore pérenne installé dans des espaces publiques, et qui plus est dans des espaces d'habitation. Ne plus maîtriser l'intégralité de ses espaces sonores, avoir peur d'être surveillé, enregistré...

Claudia Martinho présente des projes d'architectures mobiles, venant infiltrer des espaces du quotidien. Si la tendance actuelle vise à contrôler, voire empêcher des rassemblements dans l'espace publique, le projet Mesarchitectures installe de façon temporaire des lieux plus ou moins clos, scènes de représentation ou salon à ciel ouvert, permettant la recontre, favorisant l'échange oral. Contre-pied d'un pouvoir centralisateur et contrôleur omniprésent. C'est d'ailleurs par ce biais là que le sonore est pensé et traité. La question soulevée ici est celle de la réponse à donner aux contraintes urbaines, allant jusqu'à utiliser des armes sonores (mosquito et autres générateurs de basses fréquences). Ouverture vers l'espace publique ou enferment "cocoonnal" pour se réfugier, échapper à l'agression du Monde extérieur, ou bien encore compromis entre ces deux attitudes.

Je passerai rapidement sur la présentation des travaux d'architecture et de textes poétiques présentés par Daniel Mescaros, non pas que ces derniers ne présentent pas d'intérêt, bien au contraire, mais le son n'entre pas dans le processus de construction, hormis un jardin friche équipé de bancs-bornes sonores racontant des textes poétiques au flâneur.


http://www.the-artists.org/Images/bain-mark.jpgAvec Mark Bain, infatigable activiste sonore spécialisé dans la vibration des bâtiments, de la Terre, nous revenons à des architectures et des paysages écoutés et excités.  Plaçant des capteurs dans des points statégiques d'immeubles, Mark Bain nous en révèles les moindre vibrations, les faisant chanter à nos oreilles. Il va même parfois jusqu'à l'acte extrème de destruction pysique d'un bâtiment, par le son !...
Projets ambitieux, poétiques, démesurés, mêlant recherche scientifique, humour et dérision, il convient d'avoir vu au moins une fois Mark Bain de visu, raconter ses projets, avec force conviction et une drôlerie communicative.



L'image “http://balkon.c3.hu/balkon03_11/images/07Paul_Panhuysen.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Et pour finir, Paul Panhuysen, figure vétérante de l'installation sonore environnementale nous présente quelques uns de ces travaux emblématiques. A l'inverse de Marc Blain, c'est avec un regard posé, calme, montrant des vidéos-traces qui s'étirent en longueur. Cordes harpes éoliennes faisant résonner des espaces semi-ouverts, multitudes de ballons faisant tinter des chimes suspendues dans les airs, alignées de fûts d'huile résonnants, eux aussi suspendus à des cables, l'univers de Paul Panhuysen est aussi aérien que sonore. Ses rapports à l'espace et au bâtis sont tout aussi physiques que poétiques, nous interrogeant sur le statut sonore des espaces publiques au travers le filtre de couches auriculaires rajoutées.

Enfin, chaque fin de soirée fut ponctuée, la nuit tombante, d'installations sonores faisant chanter les espaces extérieurs (Yvan Etienne), les mettant en réseau avec des tissus d'ondes électromagbétiques (Brice Janin) ou avec d'autres lieux éclatés dans l'espace de la Saline (Julien Ottavi), ou encore faisant résonner et vibrer les cloisons et le mobilier d'un espace de vie reconstitué pour l'occasion (Nicolas Maigret et Nicolas Montgermont).

Les discussions se poursuivirent souvent fort tard dans la nuit, autour de projets, d'utopies sonores à construire, de mondes écoutables à bâtir, d'arts sonores à défendre et à faire connaître encore et encore... En prélude à La nuit Bleue qui fera sonner de mille éclats sonores les magnifiques entrepôts de sel qu'avait dessiné Claude-Nicolas Ledoux.

Merci à l'équipe d'Electrophonie pour avoir assuré de main de maître l'accueil et la logistique de ces rencontres et à Rahma Kazham pour la programmation judicieuse des intervenants.







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