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CITY SONICS,
S
ONS ET postures d'écoute



Quelques temps après le retour de City Sonics 2008, le cours des choses post- estivales reprenant petit à petit ses droits, la quantité des festivals se faisant moins dense, j'avais envie de vous parler de ce parcours sonore urbain montois, que je vous ai déjà présenté plusieurs fois sur ce blog.

Le problème auquel je me suis trouvé confronté, devant la diversité proposé par ce parcours sonore, est en fait de savoir par quel angle aborder le sujet.
Faire un commentaire critique sur chaque oeuvre, au risque d'être un tantinet long et ennuyeux ?
Tenter d'établir un classement et une analyse des oeuvres en fonction de leur mode de création, de matériaux ou techniques employés en rendant compte des plus représentatives ? Mais sous quels critères de représentativité justement ?
Rendre compte de mes coups de coeur, ou de mes déceptions, sans soucis d'objectivité, sans hiérarchisations ni classements quels qu'ils soient ?
Aucune de ces approches ne m'a semblé véritablemennt répondre à mes désirs de vous présenter City Sonics d'une façon vivante et personnelle.

City Sonics physiquement, mouvements et postures d'écoute
Le rendu le plus pertinent qui me soit venu à l'esprit s'appuyerait plus volontiers sur un constat, celui de la diversité des postures d'écoute, et j'entends par là des postures physiques.
Sans entrer dans le détail de toutes les oeuvres proposées dans le parcours, il me paraît intéressant de constater à quel point l'approche physique d'une oeuvre sonore est étroitement, voire intimement liée à l'approche perceptive, sensorielle, émotionnelle.
Ces approches physiques que l'artiste à contribué à fabriquer de toutes pièces, en même temps qu'il construisait son oeuvre, conditionnent et orientent notre perception de l'oeuvre beaucoup plus qu'il n'y paraît de prime abord.
Des postures physiques qui nous sont parfois suggérées, mais parfois imposées, comme une condition d'accès incontournable pour appréhender, pour pénétrer telle sculpture ou telle installation.
Des postures enfin qui prennent littérallement corps dans la relation oeuvre-visiteur et qui, de fait, deviennent elles-même un élément essentiel dans le processus de création, si ce n'est parfois le moteur-même du geste artistique.

Pour prendre quelques exemples concrets, vus et entendus à City Sonics, je citerai le  gros téton présenté par
Perrine Joveniaux. Celui-ci nous obligeait à nous coucher, l'oreille collée à  un sein de fourrure, recroquevillé en position foetale sur un étroit socle de bois, posture a priori des plus confortable et maternelle. Cependant, nonobstant cet apparent confort physique, nous écoutions en parfais décalage, une histoire horrible dans son réalisme du quotidien.
Allongé cette fois-ci sur des transats, des casques nous proposaient l'écoute des ateliers sonores d'élèves de l'ENSA de Bourges, dirigés par Pierre Castand .

Intéractivité et gestes déclencheurs des visteurs pour "actionner" les sculptures sonores qui ne réagissaient que si l'on passait la main très près, voire que si on les caressait, comme par exemple la "bête" gemissante et criante, cachée dans
l'Electric chair de leslie Bloquert, ou les demi-sphères Amusia de Julia Popa, Yvat et Black Moon qui nous proposaient de mixer notre propre musique en fonction de nos gestes.

Côté déambulation, nous pouvions circuler autour du circuit de voitures,
Other side, break de Cléa Coudsi et Eric Herbin, qui généraient aléatoirement, selon les trajets empruntés par les petits bolides vinyl's killers, une ambiance breakbeat dj's, variable selon notre point d'écoute et nos déplacements.
Autres parcours découverts au gré de promenades dans la faculté Polytechnique de Mons, l'installation de
Luc Ferrari nous interpellait par des appels vocaux et paysages sonores qui résonnaient étrangement dans les couloirs, Christian Villard nous attirait autour d'un feu de camp visuel et sonore pour nous renvoyer dans un dédale de divers satellites  distillant une ambiance provencale.
Julien Odeur quand à lui nous forçait à nous baisser très bas, vers des haut-parleurs à ras le sol, pour écouter une étrange plasmodie d'internet, toujours dans les couloirs de l'école polytechnique.
Encore une promenade pour naviguer dans la superbe grande salle de la machine à eau, entre les plaques de verres chantantes, distillant  les sons cristallins de
Denys Vinzant, dans l'impressionnante et très poétique installation d'Ore et d'Espace.
Puis une autre déambulation nous attendait sous des douches sonores intéractives
sonics lofts d'Alexandra Dementieva, et une autre encore dans l'entrée du BAM et dans les jardin Jean Lescart les jouxtant, pour entendre une histoire de Pierre Alféri et des paysages sonores ornithologique dédiés à Messian de Incu Dumitrescu, et autres ambiances acousmatiques, le tout créant des superpositions et des effets de transitions assez poétiques, au passage d'un espace à l'autre.
Dernière déambulation intéractive citée ici, le
Sound Drop, pour rejoindre des points d'écoute sonores à ciel ouvert, des petites phonographies ou histoires écoutables en version audioguide, au casque, disséminées dans la ville de Mons par le collectif MU. Une façon originale de nous frotter à un Mons parfois hors des cicuits couramment empruntés par un visiteur lambda, le média son aidant à modifier sensiblement nos perceptions des lieux urbains ainsi revisités.

Assis au centre sur des sièges, d'une cours intérieure, nous écoutions, immergés dans une diffusion acousmative multipiste, une fiction audio tout en mouvement, autour de la rupture d'un couple, composée par
Eddie Ladoire.
Assis encore, en position de concert, ou de spectateur de cinéma, pour écouter et regarder le film de Régis Cotentin et la bande-son de Pierre Bastien, ou assister, plongés dans la pénombre, à la violente, poétique  et subjugante performance sonore et visuelle Nocturnes électriques d'Arnaud Paquotte...

Je ne listerai pas ici toutes les oeuvres, bien que la plupart présentaient des qualités plastiques et sonores indéniables, et mettaient en lumière la diversité des installations sonores, ainsi que les relations oeuvres-espace, sujet qui mériterait à lui seul un article spécifique, voire plus.

Voilà donc ma tentative pour aborder, au coups de coeur, ou au coups de corps, un parcours sonore qui fut riche en découvertes et en émotions.

Rappel programme 2008 et détail des oeuvres

Cerise sur le gâteau, j'ai eu la chance, de participer à la dernière visite guidée, au dernier jour du festival, animée par Philippe Franck, l'organisateur de l'événement. Nous avons pu ainsi échanger avec lui et d'autres artistes ou opérateurs culturels présents ce jour là, sur les motivations et les contraintes de ce type de manifestation, les résaux et domaines liés aux arts sonores, et ceux qui justement manquent pour que ces derniers soient connus et reconnus à leur juste valeur, dans le champ des arts contemporains.


City sonics à l'oreille, promenade sonore
La deuxième façon de vous rendre compte de City Sonics 2008 est de vous le faire entendre, ou en tous cas de vous en présenter ma vision sonore, non exhaustive, cueillie au fil de deux jours de déambulation montoise.

http://www.globalaudio.cn/Shop/UploadPhotos/200802/20080219001303715.jpg

J'ai ainsi laisser traîner les "oreilles" de mon magnétophone, au gré de mes déplacements dans les différentes installations de City Sonics.
Cela a donné lieu à une séquence sonore quasi brute, captée à l'aide d'un magnétophone numérique de poche, sans retouche, si ce n'est un montage type cut-up.
Dans ce petit parcours sonore, on ne trouvera pas de chronologie liée à un quelquonque parcours, pas d' effets ou de transitions sophistiqués, pas de commentaires, ni d'explications, jusque quelques minutes d'un bloc-note sonore personnel, une suite d'ambiances, de petites cartes postales enchaînées, où les oeuvres sonores ont prioritairement la parole.



City Sonics 2008
Cartes postales sonores







Mons 2008 en images
Denys Vinzant : D’Ores et d’espace (2000-2001) par Marc Wathieu
Sound installation at "La Machine à Eau",
D'ore et d'espace Denys Vinzant
Citysonics 2008, Mons (B).
Photo de 
Marc Wathieu


Visiter la galerie photo City Sonics 2008 de Marc Wathieu








Tag(s) : #FESTIVALS