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ARTS SONORES, BESANCON 2008
LE RETOUR ET LA FIN...


La dernière édition du festival Musiques de rues et nouveau territoire des arts sonores a donc eu lieu.
Dernière dans sa forme actuelle en tous cas puisque que, rappelons-le, la municipalité bizontine a, pour d'obscures raisons, décider de ne pas reconduire le projet de l'équipe sortante. Le duo formé par François-Xavier Ruan et Pascal Esseau, a pourtant efficacement oeuvré pour que ce festival acquière  une solide notoriété et devienne, au bout de trois années seulement, un lieu de rencontre incontournable des opérateurs culturels et programmateurs de tous horizons.
Les voies de la politique culturelles sont parfois impénétrables...

Affaire à suivre donc pour la future mouture 2009.

En attendant, j'ai parcouru avec un plaisir certain, malgré le temps mitigé et l'air plutôt frais, les installations sonores parsemant la ville de Besançon, en faisant au passage moult rencontres d'acteurs culturels et d'artistes fort sympathiques.

Comme d'habitude, je n'ai pas eu le temps de tout voir et entendre, en tous cas dans le parcours des installations, n'ayant pu consacré que deux journées au festival.

Rendre compte de ces deux journées n'est cependant pas chose facile. Même si les installations sonores n'étaient pas forcément des nouveautés, que j'avais déjà eu l'occasion d'en visiter certaines dans d'autres lieux, leurs nombres et le cadre de leur présentation restait important, surtout si l'on prend le temps de discuter avec les artistes et diffuseurs, ce qui est pour moi une condition sine qua non pour bien aborder un festival.

Premier retour sonore.
J'ai laissé trainé mon micro, au gré de mes visites, pour capter, en vrac et sans plan au préalable, à l'intuition, des ambiances sonores issues principalement des installations visitées.
Elles sont ouïssibles ici.
 
Pour ce retour, je vais tenter de donner un éclairage via le public, ou plutôt les publics devrais-je dire. Publics au pluriel car, et là je parle des installations sonores, on trouve deux types de visiteurs. Celui qui, programme en main, suit le festival, décide d'un parcours, de choix de visites, en étant plus ou moins averti des pratiques culturelles liées aux arts sonores.
Mais aussi un public happé, au détour d'une rue, d'une cour, par une installation sonore qu'il ne s'attendait pas à croiser, ne faisant parfois pas le lien entre ce qu'il voit et entend, et la concomitance du festival Musiques de rues. Ce festival est je pense plus médiatisé au niveau du grand public par ses fanfares déambulantes que par ses prosositions touchant aux arts sonores .

Prenons le premier parcours que j'ai suivi, tôt le matin, tout juste en réglage, la Source de Ben Farey, de la Compagnie Tricyclique Dol.

L'image “http://www.abbayedenoirlac.com/images/rdv/25.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
La source à l'Abbaye de Noirlac

Cette installation se présentait tout d'abord comme un parcours sonore urbain, où il fallait, à l'oreille, suivre la source en déambulant de poubelles en panneaux signalétique, de tricycles en motos, tous émettant des bruits aquatiques.
Ces objets, si l'on ne perdait pas le fil de l'onde, nous conduisaient jusqu'à la source, cage métallique et végétale ruisselante, d'où une vingtaine de micro-sources sonores, captées par des microphones, étaient mixées pour alimenter les points du parcours. La boucle est bouclée.
Le public non averti était souvent surpris, intrigué, voire quelque peu effrayé d'entendre des grondements dans une poubelle. Un objet piégé, et sonore de surcroit en espace publique ? Public aussi parfois agacé de l'omniprésence bruitiste ce certains objets. Ce qui donna des déplacements intempestifs de quelques sources sonores, faussant parfois le parcours initial. Installer un son dans l'espace public n'est pas innocent et provoque des réactions imprévisibles difficiles à contrôler, peurs et attitudes de rejet comprises, mais elles font partie du jeu, voire même de l'enjeu de l'artiste.
Quand au public venu spécialement pour l'installation, il essayait au mieux de ne pas perdre la source d'oreille pour arriver à bon port, tout en se jouant de ces glougloutis qui tramaient un pointillisme sonore sous forme de jeu de piste auriculaire..


Autre installation plus intimiste, poétique, celle autours des Temps du voyage par la plasticienne Camille Perreau du collectif "Entre Chiens et loups".
Images de l'Exposition, le temps du voyage, Compgnie entre Chiens et loups

Objets sculpturaux, parfois minimalistes, animés, joliment éclairés, bande-sons écoutables au casque, déclinaisons de récits et d'ambiances de voyage, voiture remplie de réveils et projetant une route ininterrompue, toute une atmosphère feutrée attendait les visiteurs au sein du musée Granvelle. Ici, il fallait pénétrer dans l'installation, venir sciemment, dans l'intention de découvrir ce superbe parcours sonore tout emprunt de nomadisme. Cependant,  le bouche à oreille ayant a priori fonctionné, le public y est venu , et en est reparti les yeux et les oreilles pleins de doux rêves de voyages.

A nouveaux dans l'espace public, au coeur d'un beau parc verdoyant, jouxtant les boucles du Doubs, on traversait un bien étrange campement où des musiciens en cartons étaient enfermés dans des tentes de plastiques transparentes, chacune rejouant, de façon fort déconstruite, des airs de fanfares militaires, des sifflements, des chants... L'une des tentes faisait entendre en permanence des toux et était intitulée non sans humour "Tente de Gainsbourg", une autre, confectionnée de peaux de bêtes, ronronnait lorsqu'on la caressait... Les trois installateurs belges de la compagnie Het Pakt ! ne manquent assurément pas d'humour, même si certaines personnes n'y sont pas sensibles et sont restées perplexes devant cette étrange amalgamme sonore et visuel. L'installation se révèlait plus encore de nuit, éclairée par des "loupiottes" qui renforcent le côté bivouac et l'atmosphère surréaliste du campement. Mais justement, le car abritant une petite exposition et la régie technique s'appelle "Ceci n'est pas un car..." Tout un symbole, oh combien magrittement belge !

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Tout près, s'étend le gigantesque orgue de bois de Denis tricot, architecture légère, mouvante et sonore, toujours reconstruite en fonction du site. Cette installation est à la fois le théâtre d'un concert-performance avec musiciens et danseurs, tout comme un lieu d'exploration libre pour le public qui déclenche, au gré de ses mouvements, d'étranges grondements. Les enfants s'en donnent à coeur-joie, peut-être un peu trop d'ailleurs, mais c'est bien là le risque de toute installation sonore en espace publique. Pour ma part, si le concept est intéressant, l'aspect visuel très réussie, je trouve que la recherche sonore pourrait aller plus loin, dans une exploration plus en finesse des sons. Mais cet orgue étant un gigantesque work in progress, il a sans doute encore le temps d'améliorer ses ressources timbrales.

http://www.denis-tricot.com/IMG/jpg/Landerneau-4.jpg
L'orgue de bois de Denis tricot

Dans une tour bastillonnée de vauban, l'artiste lyonnais Grégory Lasserre de Scénocosme présentait trois installations intéractives, bâties entre autre autour de l'énergie dégagée par le corps humain, comme un fluide qui fait chanter des pierres simplement en approchant les mains, gémir des plantes que l'on caresse, des fleurs que l'on éclaire du faisceau lumineux d'une lampe torche. Magie de fluides mystérieux qui déclenchent des sons dans la pénombre des fortifications. Les enfants ( et adultes) présents ce jour là n'en croient ni leurs yeux ni leurs oreilles.

L'image “http://www.scenocosme.com/akousmaflore/anais_flore_web.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
Acousmaflore de Scénocosme


Dans une autre tour, c'est l'orchestre de souliers d'Arno Fabre qui a envoûté petits et grands, par la poésie de des chaussures dansantes, entre gigues effrénées et marches militaires inquiétantes.
L'acoustique et le cadre architectural du lieu servant magnifiquement l'oeuvre, Arno Favre explique, avec un sens de la médiation consommé, les petits et grands secrets de fabrication de cette installation aussi belle que singulière. Là encore, le public est conquis, captivé, yeux et oreilles rivés sur cette orchestre de chaussures, que l'on va même jusqu'à applaudir lorsqu'il se tait, chose rare pour une installation sonore qui se voit ainsi personnifiée au rang de véritable ensemble de musiciens. Musiciens-automates restant cependant à la botte et la semelle du compositeur luthier plasticien, via un programme informatique conçu pour l'installation.
A voir et à revoir, sans oublier d'écouter bien entendu !

Finissons cette promenade dans les remparts bisontins par une autre installation très dadaïste celle-ci, où Benoit Faivre nous présente, avec Compléments d'objets, des objets dotés du pouvoir d'enregistrer et de conserver en mémoire des sons d'événements passés, et de nous les restituer dans le présent, celui de l'écoute, grâce aux travaux de la mnémologie. Situation entre vraies-fausses recherches scientifiques et théâtre de l' absurde qui amuse beaucoup un public prêt à croire, pour jouer, à la mémoire sonore des objets.
C'est un bel exemple d'installation plastique et sonore où l'humour est omniprésent, ce qui n'est finalement pas si courant dans la création contemporaine. On découvrait ainsi la mémoire sonore de capsules de bières, de clés de voitures, de noyaux d'olive, d'armoire, d'un miroir, de téléphones...
 On pourrait juste déplorer une introduction du guide un peu bavarde, et qui se répète un brin; le public après trois mots d'explication, est à même de découvrir tout seul cette mémoire enfouie au creux des objets du quotidien. Malgré ce léger bémol, cette installatin est vraiment des plus originales.

La galerie d'art contemporain "Au pavé dans la mare" présentait, dans le cadre d'un échange culturel franco-chinois, une impressionnante installation de l'artiste Cheng Guang Fen. "Extraction" nous immergait dans un bain sonore glouglouttant, an coeur d'une allée peuplée de pipettes, ballons et serpentins de verres finement ciselés,  distillant un liquide verdâtre, quasi organique, toujours en mouvement. Ce liquide se retrouvait dans des projections de diapositives, suintant d'un corps diaphane et inquiétant, renforçant le côté laboratoire d'expérimentation biologique. Malgré l'intense beauté de l'installation, elle présentait un côté organiquement malsain, façon Cronenberg, visiblement très travaillé et bien dans l'air du temps des courants contemporains actuels.
L'artiste provoqua d'ailleurs la polémique en proposant de se plonger dans un comas artificiel pour que l'on puisse ausculter et manipuler son corps à volonté au cours d'une performance proche du body-art, ce genre performtif que l'-on aime ou que l'on a du mal à supporter parfois dans son côté outrancier et voyeuriste.

Le Frac Franche-Comté présentait quand à lui, dans une galerie municipale bizontine, une superbe installation sonore et visuelle de Maxime Vernier "Float Number", où les constellations s'affichaient entre cartes du ciel, dés aux combinaisons scientifiques et rythmiques complexes et mur d'étoiles-haut-parleurs sonores. A la fois esthétiquement sobre et structurellement très élaborée, tous les éléments de cette imposante composition étaient parfaitement à la place, pour le plaisir des yeux et des oreilles.

Autre visite, une installation, déambutation-concert autour des réveils.
Après une courte promenade vaguement guidée, où l'on ne comprend pas vraiment où l'artiste voulait en venir, on se retrouvait enfermés dans une cour intérieure pour un concert de réveils. Et là, ce qui sur le papier semblait fort intéressant se révèlait au final très décevant. L'espace architectural et sonore n'était pas mis en valeur, le public se demandant quand est-ce que cela va commencer, ou finir, et qu'est-ce qu'on attendait de lui. Si le minimalisme est parfois un parti-pris esthétique et formel, encore faut-il qu'il soit assumé et justifié, que l'installation nous interpelle d'une façon ou d'une autre, sinon, cette économie de moyens  vire vite à l'indigence, et le public lâche rapidement prise.

Autre déception, les Audio Ballerinas de Benoit Maubrey, que j'espérais voir et entendre depuis un certain temps déja. Et bien je les ai vu et esthétiquement on peut dire que le travail de ces habits de danseurs sonores est très intéressant; et je les ai entendu et là, j'ai été confonté à une esthétique sonore qui n'évoluait que peu, ou pas, et qui malheureusement est devenue vite lassante à l'écoute. De même le côté chorégraphique n'est pas parvenu à réveiller cette performance pour maintenir une attention soutenue au long du spectacle.

http://uberkuul.files.wordpress.com/2006/08/benoit-maubrey-audio-peacock.jpg
Benoit Maubrey, Le paon sonore



Et je regrette vivement de ne pas avoir eu le temps de visiter et d'écouter les installations de Christian Sébille, autour du Doubs, "Imencity of The territory" de abs (.) Hum , Le cabinet itinérant du massage d'oreilles de P. Aubry de la compagnie "Le bruit qu'ça coûte", et autre Fantasio...







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