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UN CENTRE DE DECOUVERTE DU SON
A CAVAN (TREGOR)



Lors d'un article consacré à l'initiation à l'environnent sonore, j'avais déjà rapidement cité les actions menées par le Centre de découverte du son dans le Trégor, belle région située au nord-ouest de la Bretagne.

 


Cette association qui a bâti son travail autour des sons et de l'écoute, développe depuis plusieurs années, différents axes de recherches, par des aménagements ludiques sous forme d'un sentier musical, la découverte et la valorisation de terres sonores bretonnes, avec des circuits d'écoutes, un inventaire et une médiation autour de l'art campanaire, des ateliers "cartes postales sonores"...

Certes, les pluristes diront que les parcours sonores pédagogiques et la valorisation d'un territoire sonore ne rentrent pas forcémment dans la catégorie des arts sonores, mais les barrières sont parfois ténues, voire floues entre actions éducatives, aménagement du territoire et arts sonores. Ces derniers peuvent d'ailleurs, dans certains cas, devenir des outils de développement locaux. Comme quoi, quoiqu'en pensent certains, la culture est aussi une entreprise économique et créatrice de ressources, sans pour autant spéculer sur d'hypothétiques valeurs financières... En ces temps de crise, il est parfois bon de rappeler que le travail artistique et culturel, doit s'appuyer sur des fondements humains où la morale a encore un sens, devant la recherche éhontée du profit.

Après cette digression, mais qui 'il fait bon rappeler de temps à autres pour replacer le débat dans des considérations sociales, revenons en à la terre bretonne et à ses sonorités révélées.

La première action qu'a impulsée l'association kreizennarson, qui semble être la traduction bretonne du Centre de découverte du son a été celle de mettre en place un sentier sonore, principalement à destination des enfants, pour toucher, expérimenter et écouter des sons tous azimut.
S'adresser en premier lieu à de jeunes oreilles, même si les visites sont aussi familiales et que les adultes ne sont pas exclus de cette découverte active, cette démarche me semble une idée tout à fait louable. C'est par l'éducation que l'on empêchera peut-être, ou que l'on limitera les erreurs commises par le passé et qui on conduit à des situations d'hégémonie sonore et de pollution auditive oh combien difficiles aujourd'hui à gérer et à réparer.
Donc un parcours sonore est un lieu où l'on apprend à écouter, y compris parfois le silence, ou en tout cas les sons de la nature qui peuplent le silence. C'est également un terrain d'expérimentation avec une approche organologique, c'est à dire en rapport avec l'approche instrumentale, au sens musical du terme, où une  lutherie expérimentale et ludique permet de comprendre les relations gestes-conséquences sonores et d'en jouer.
Souffler, parler, crier, frapper, gratter, écouter, communiquer... autant de gestes, de postures et d'actions qui favorisent l'écoute de ses propres gestes, de l'autre, et par delà de l'environnement. Attitude individuelle, jeux collectifs, oreilles aux aguets, le parcours sonore ne manque pas , pédagogiquement et socialement, d'intérêts.








Images du Centre de Découverte du son


Pour écouter des extraits sonores du sentier


Autour de ce sentier se sont peu à peu développé des ateliers, accueil de classes découvertes et autres animations sur des thèmatiques sonores telles que :


L'association, et les institutiuons locales qui la soutiennent ont donc misé sur des approches croisées ou les gestes culturels, artistiques, l'éducation et l'animation, le tourisme et le développement de territoires avec la valorisation de spécificités auriculaires, ce qui donnent, au delà de la visibilité, un certain poids et crédibilité à l'ensemble.


Une carte sonore pour écouter quelques exemple de sonodiversités trégoriennes

Des itinéraires pour l'oreille

Au fil du temps, le simple sentier sonore a essaimé sur un terrritoire plus large, et conduit ses créateurs et animateurs à développer une écoute plus étendue de la région Trégor, en s'appuyant sur un patrimoine auriculaire local.
Un tourisme pour l'oreille a vu le jour, révélant au autochtones comme aux touristes les beautés secrètes des sonorités paysagères que l'on regarde plus que l'on écoute.
Des visites pour l'oreilles ont été mises en place. Voici un exemple d'animations estivales autour de différentes thématiques, proposées dans diverses communes du Trégor :
« Que chantent (!) les cloches du Trégor ? »
 « Le réveil d’un paysage sonore »
 « Prom’nons nos oreilles »
 « Réveil du littoral et sons buissonnier » ...

Tout un programme dont les titres donnent envie d'alller tendre l'oreille vers des paysages auriculaires qui restent encre à découvrir et à explorer.

De même, dernière action a avoir vu le jour, un recensement et une valorisation du patrimoine campanaire trégorien.
On ne vantera jamais assez les qualités de Dame la cloche, omniprésente dans nos villes et campagnes, et pourtant de plus en plus bridée, délaissée, attaquée pour son signal sonore-même. On confond allégrement nuisance sonore et signal culturel (je n'ai pas dis cultuel) qualitatif, musical, informatif, chargé d'histoire, véritable signature sonore d'un village, d'un quartier, d'une ville... Faites taire les cloches et il ne restera plus que l'omniprésence du bruit de la circulation dans un territoire auditif paupérisé, effet inverse à celui recherché, on crée de la pollution sonore en tuant les signaux sonores culturels. La cloche, au-delà de ses symboles religieux ou civils, est l'une des toutes premières installation sonore en espace public. Et c'est, qui plus est, une installation musicale, les cloches étant accordées soigneusement et appareillées selon les lois de notre harmonie.
Donc le Centre de découverte du son ayant compris les enjeux de ce patrimoine propose des itinéraires d'écoute campanaires accompagnées de cartes, de brochures, et de bornes d'écoutes implantées dans des lieux statégiques, accompagnées de fiches signalétiques concernant les dispositifs campanaires. 23 lieux ont été ainsi identifiés. De plus des mini cartes-circuits indiquent, outre les bornes d'écoute installées, les principaux effets acoustiques et sources sonores que le promeneur-écoutant peut découvrir au sein de villages (lieu de belle écoute, réverbération, coupure d'ambiance, lieux a exiter par le son puis à écouter, chants d'oiseaux, activités humaines...)





















Bornes campanaires, images du Centre de Découverte du son


La carte campanaire pour écouter sur internet quelques cloches trégoriennes


Pour en revenir à la question de l'art sonore, je dirais que les postures d'écoutes proposées par le Centre de découverte du son et son créateur et directeur Guy-Noël Olivier sont intrinsèquement éléments d'un art sonore au naturel, celui de notre environnement au quotidien, avec ses hommes, ses activités, sa faune, sa météorologie, ses effets acoustiques naturels ou architecturaux, ses constructions campanaires, ses équilibres et ses dysfonctionnements...
Et que si l'on sait prêter une oreille attentionnée à tout cela, l'art sonore sera à portée de main, et d'oreilles... qu'il soit naturel ou artistiquement (re)construit. D'ailleurs le monde des arts sonores puise énormément, même dans ses démarches les plus abstraites, les plus conceptuelles, dans l'environnement sonore et ses ambiance au quotidien.



Tag(s) : #LIEUX SONORES