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LE KLANKENBOS DE MUSICA

PARCOURS D'INSTALLATIONS SONORES


Neerpelt, Belgique.




L'image “http://www.mediateletipos.net/wp-content/images/2008/06/klankenbos_kleur.gif” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Ce fut pour moi une grande et merveilleuse découverte de cet été, que le parc d'installations sonores (Klankenbos) de Neerpelt, créé et géré par l'association Musica

Ce dernier est situé à l'est d'Anvers et à quelques encablures d'Eindhoven, donc tout proche des Pays-Pas. L'association Musica est aussi dynamique qu'éclectique dans ses actions. Elle organise des actions vers les musiques baroques, contemporaines, et fait de la médiation auprès de jeunes publics qu'elle accueille dans ses locaux. Bref, elle est très ouverte sur des différents champs musicaux, qu'elle fait promeut avec beaucoup de pertinence et de conviction.

Les arts sonores quand à eux, non seulement ne sont pas laissés de côté, mais disposent d'un lieu de monstration absolumment fabuleux et unique en son genre.

Imaginez une forêt, à la fois assez grande pour s'y promener en découvrant de nombreux paysages, mais pas trop vaste pour ne pas s'y égarer et perdre le fil de sa promenade thématique, guidée par le son. Une forêt juste à la bonne taille pour aborder, par les yeux et les oreilles, un parc thématique consacré à des installations sonores réparties dans des écrins de verdure.

Cette forêt a tout d'abord une particularité qui la scinde en deux parties fort distinctes. La première est une forêt de feuillus assez dense, alors que la deuxième, séparée par une sorte ce butte-dune de sable qui la traverse, est une forêt de résineux, plus claire et aérée, et qui diffère sensiblement avec la partie feuillue.

A l'intérieur de ces deux écosystème forestiers, des sentes emmènent le promeneur, lui faisant découvrir au fil de ses promenades, ses sites naturels, en même temps que de remarquables œuvres sonores qui les ponctuent.

J'ai eu, depuis ma visite estivale, gentiment guidée par la coordinatrice artistique Eveline Heylen, qui est venue spécialement pour nous faire visiter ce parc sonore alors que celui-ci était fermé, plusieurs commentaires d'artistes français qui ont eu l'occasion d'y intervenir, ou le visiter pour y installer prochainement. Tous sont unanimes, cet espace constitue un lieu magique pour la vue et l'oreille, et un fantastique terrain d'expérimention sonore. Eric Samakh m'a confié fort justement que ce parc était un lieu où les artistes-installateurs sonores pouvaient aller "au bout de leur folie", dans le sens le plus positif ce cette expression, car il avaient là les moyens de créer et d'installer une grande et belle œuvre emblématique dans leur parcours artistique.

Des artistes se posant notamment la question de l'écoute, et souvent la question de l'écoute environnementale, tels Baudouin Oosterlinck, Moniek Darge, Pierre Bastien, Fédéric le junter, Eric Van Osselaer... sont invités ou ont été à expérimenter des actions pédagogiques où ouvrir ses oreilles sur le Monde prend alors tout son sens.





Cheminement sonore



Lorsque l'on arrive par l'entrée principale du parc, on a de fortes chances d'entendre un pic-vert taper dans l'un des arbres, formant une vaste clairière et entourant un bar-restaurant. Mais ce son est bien étrange. Est-ce vraiment, malgré les apparences, un vrai oiseau ou plutôt un trompe-l'oreille savamment installé par un artiste facétieux ? Et bien oui, c'est un leurre. Si nous guettons le retour de ce son, il reviendra régulièrement, sensiblement modifié, sur un arbre différent, spacialisant la clairière de ses claquements électro-mécaniques. En fait, cette installation  sonore nichée dans le haut des arbres est un mise en branle par énorme mécanisme d'horlogerie, équipé d'un cylindre à tétons, du type boîte à musique, qui commande le chants ces faux pic-verts. Les sons quasi naturels mais que l'on entend toutefois bien comme des imitations ne nous trompent pas au fil des écoutes. Ils interrogent l'écoutant sur la véracité ou l'artificialité des sons entendus. Cette œuvre judicieusement placée, et pleine d'un humour bon enfant,  est du fait de Horst Rickels, compositeur et installateur Allemand. Elle se nome Het geheim van Hors.












Nous arrivons ensuite au bord d'une petite rivière serpentant paisiblement au milieu de chênes et de frênes. Deux cabanes en métal sont placées au bord de l'eau, en vis à vis, de part et d'autre du ruisseau. Des fils métalliques sur lesquels sont accrochés des branchages les relient. Un réseau d'autres fils partent des cabanes, en direction des arbres environnants, terminés par des résonnateurs métalliques. Tous ces fils vont capter les moindre tressaillements végétaux dus au vent, et les amener, à peine transformés en temps réel par des filtres électro-acoustiques, vers les cabanes à la fois caisses de résonnance et lieu d'écoute. Et là, au-delà de l'apparente simplicité des constructions, l'effet est des plus saisissant, véritablement magique. Les cabanes dans lesquelles on pénètre vibrent et chantent, égrennant de douces méloppées constituées d'une suite d'harmoniques envoûtantes. Il est en fait très difficile de décrire par des mots cet extraordinaire effet qui fait penser à la fois au vent qui, en venant  souffler sur des interstices feraient vibrer et chanter des bâtiments, et à une mélodie suave de Thérémine.

Cette superbe installation au titre évocateur de "Houses of Sound" est due à Pierre Berthet, artiste belge qui fait chanter les ressorts, et à Patrick Delges, expert en développement de dispositifs de traitement de son en temps réel via le logiciel MAX/ MSP. 












2008-09-14 neerpelt klankenbos 02 Konversation Erwin Stache par eric naulaerts

Poursuivant notre chemin, nous débouchons sur une clairière peuplée d'étrange machines rouges, mi-robots mi-parcmètres, qui n'attendent que le passage de visiteurs pour se mettre à jaquasser et à cliquetter d'une drôle de façon. Leur langage rappelle tout à la fois les pépiements cybernétiques de D2R2 (Star Wars pour ceux qui auraient oublié) et les bruissements d'une armée d'ordinateurs égrennants des bips et claquements mécaniques divers et variés. Certains ont même la faculté de capter nos propres sons, nos paroles, pour les répéter quelques instants plus tard, de façon aléatoire, mêlés et réinjectés à un chœur bavard tout autant que synthétique. Erwin Stache artiste rompu à l'art de l'installation sonore, a commis ici une œuvre techniquement très élaborée, mais où l'on sera surtout happé par la surprise de cette rencontre anachronique et la drôlerie à la fois visuelle et sonore de ces machines babillantes, avec lesquelles on peut de surcroit jouer.
Konversation (en allemand dans le texte),  le titre de cette œuvre est d'ailleurs très explicite vis à vis des prises de paroles intéractives et délurées, qui se font et se défont dans cette clairière, au fils des sons et gestes des promeneurs.










http://farm4.static.flickr.com/3098/2858938899_97764f7416.jpg?v=0Au détour d'une autre clairière, nous découvrons l'imposant Springtime in a Small Town de Peter Bosch & Simone Simons.

Cette œuvre est, comme l'ensemble de la production de ces deux artistes Néerlando-hispaniques, construite autour de la vibration. Une énorme sculpture constituée de caisses emplilées, montées sur des ressorts, se met parfois en marche, secouant de façon désordonnée, dans de furieux tressautements, des contenants en bois qui contiennent différents matériaux. Là encore, cette rencontre inattendue pour qui ne connaît pas le parc, joue sur l'effet de surprise et de décalage entre un univers boisé, assez sombre, secret, intime, et cet ammoncellement de caisses vibrantes qui confèrent à l'espace un brin de folie qui vient secouer le lieu comme une sorte de rire ponctuel et convulsif.










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Oorsprong installation sonore de Hans van Koolwijk


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Continuons notre périple pédestre, car ce parc est fort heureusement réservé aux marcheurs, pour nous arrêter devant un énorme et surprenant tuyau , d'une vingtaine de mètres de longueur et de plus de deux mètres de hauteur, posé à même le sol. Une porte ouverte nous invite à y pénétrer. Lorsque nous la refermons derrière nous, nous nous trouvons dans une inquiétante obscurité, presque totale. Une forte soufflerie, générée par deux ventilateurs géants, placés à l'autre extrémité de cette galerie-boyau brasse l'air, en soufflant sur un biseau situé sur le haut du tuyau, à l'extémité opposé de la porte par laquelle nous sommes entrés. Cet air perturbé par ce biseau sur lequel vient se briser l'air, nous met en situation d'être à l'intérieur  d'une flûte géante dans laquelle un musicien soufflerait. Cela engendre une mise en vibration de tout notre corps, qui ne fera que s'accentuer lorsque nous approcherons le milieu de cette flûte géante. Et cette montée en puissance de  vibrations extrèmement physiques,  se fait jusqu'à la limite du supportable tant il nous semble que nous allons nous disloquer à force de vibrer avec l'air ambiant qui nous secoue de battements violents. Là encore, la sensation et très difficile à décrire. Il faut vivre cette situation quelque peu angoissante et à la fois oh combien exitante. Visitant le parc en compagnie de mes trois enfants, je ne saurais vous dire combien d'allers-et-retours ils ont fait dans cette sorte de tuyaux hanté par ces fortes pulsations qui nous retournent les sens, jusque parfois à éprouver une sensation de perte de repères et d'équilibre. Le retour à l'air libre a été alors, pour moi en tous cas, très apprécié, même si l'expérience est complètement envoûtante à vivre.


cette installation monumentale, mais celles du parc Klankenbos le sont presque toutes, est due à l'artiste néerlandais Hans van Koolwijk.










2008-09-14 neerpelt klankenbos 06 Tacet Hakkenbergarchitects Paul Beuk par eric naulaerts

Au centre d'un espace assez dégagé se dresse une construction vitrée qui attire notre regard. Nous pénètrons à l'intérieur de celle-ci par un escalier qui va nous conduire au centre de cette cabane vitrée, en franchissant un court passage souterrain. Et c'est là, lorsque nous émergeons à l'intérieur de cet espace totalement clos, que nos oreilles vont être surprises. Ici, aucun son n'est produit par une quelconque machinerie ou dispositif électro-acoustique. On ne peut y entendre uniquement que les bruits de nos corps, de notre voix, de nos gestes. Ici, zone de silence. Nous sommes acoustiquement totalement coupés de l'extérieur. Pas un sons ne nous parvient de la forêt au centre de laquelle est posée cette cabane isophonique. On peut voir, à 360°, le paysage, les gens qui s'y promènent, les branchages remués par le vent, les voitures qui passent au loin, sans n'en rien entendre. C'est une bulle-oasis de silence qui nous permet de réecouter ce dernier, en un surprenant déphasage entre milieu intérieur, comme un cocon de silence et milieu extérieur dans lequel on imagine les bruits ambiants, tout en en étant parfaitement isolés auriculairement. Le principe est, une fois de plus, aussi simple qu'efficace. L'effet produit n'en est que plus surprenant. Là encore, nos oreilles, après cette expérience déroutante, sont heureuses de retrouver l'air libre et sa diversité sonore.

L'œuvre présentée dans ce chapitre, elle est le fruit d'un  artiste néerlandais, Paul Beuk, qui l'a fort justement intitulé Tacet. Tacet est le terme musical qui signifie ne pas jouer un morceau, se taire. Mais en même temps écouter....

Cette installation contribue à montrer que lutter contre le bruit uniquement en terme d'isolation, voire d'isolement dans le cas présent, est une fausse route qui mène à une réclusion autistique plutôt qu'à une cohabitation sociale. Cette cohabitation passe justement par l'écoute du milieu, et des être qui y habitent. A condition bien sûr que l'environnement soit un temps soit peu pensé et maîtrisé au niveau de l'écoute.

D'ailleurs dans ce sens là, ce parc sonore nous intérroge constamment sur les rapports écoute et environnement, via des créations artistiques originales. On aimerait plus d'exemples qui s'inscrivent dans cette trajectoire de gestes à la fois artistiques, écologiques et citoyens. D'autant plus que cet espace est ouvert à tous, sans droit d'entrée, 24H/24.

A quand un tel parc en France ?








 


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Allons maintenant visiter BOX, l'une des œuvres emblématiques du duo d'artistes Bruce Odland (Allemagne) et Sam Auinger (USA), dont la production en matière d'installations sonores est tout à fait impressionnante. Ce duo d'artistes travaillant ensemble depuis déjà longtemps est plus connu sous le nom de  A+O.

La Box, présentée à Neerpelt fait partie d'un ensemble d'œuvres installées à Berlin, Dresdes, Linz, Vienne, Rotterdam, Neerpelt...

De grands caissons constituent en fait de véritables laboratoires sonores expérimentaux, qui captent des sons de leur environnement pour les faire entendre et comprendre différemment, les mettre en réseau...

Une cabane, type abri de chantier est installée, de préférence près d'un lieu présentant d'importantes sources sonores. Une route assez circulée dans le cas de Neerpelt.

Au sommet de cette cabane, un long tuyau de PVC est muni de micros capteurs d'ambiances sonores. Les sons ainsi récupérés sont traités en temps réel par un système informatique qui en filtre des fréquences pour les donner à réentendre ainsi transformés, soit sur des bornes-plôts entourant la cabane, soit à l'intérieur-même de celle-ci.

De plus, les différentes cabanes-installations situées dans des villes et pays parfois assez éloignés, sont mises en réseau et l'on peut entendre, à l'intérieur, un constant flux sonore résultant d'un montage aléatoire des différentes sources géographiques prélevées en direct.

On peut entendre sur cette page quelques échantillons sonores captés et traités sur des territoires urbains.

Parallèlement, un travail sur le vocabulaire sonore et sa visualisation (écrans donnant en temps réel les formes d'ondes entendues, textes explicatifs...) vient compléter cette installation aussi riche que complexe. Cette complexité oblige d'ailleurs les médiateurs du parc à expliquer suffisament en détail le dispositif pour que le public, jeune ou moins jeune, puisse en saisir la pertinence, et notament la portée scientifique et écologique.










L'image “http://www.futurefarmers.com/radioforest/images/workshops/jingle.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.









Dans ce même parc se tient également un outil de réseau et de création sonore des plus efficace : Une station de radio.

Le nom de cette radio "Radio Forest" indique d'emblée ses visées, toujours écologiques. A l'heure où la déforestation va bon train, au grand dam de l'équilibre de nombreux écosystèmes, et des énormes risques encourus à l'échelle de la planète, Radio Forest propose des sons de la forêt, ou plutôt des forêts. Ces sons sont fournis de manière participative et, miracle de l'internet, arrivent de tous pays. Radio Forest est également un lieu de création in situ, pour fabriquer des reportages audios et jingles, toujours en rapport avec la forêt et par soucis de sensibiliser les oreilles aux grandes causes écologiques.


Exemples en écoute


























 

 

 










2008-09-14 neerpelt klankenbos 07 Kanariestudio Paul Panhuysen par eric naulaerts

Et enfin, les meilleures choses ayant une fin, nous terminerons notre visite par le Studio aux Canaris de l'artistes installateur sonore Paul Panhuysen. Ce grand artiste précurseur, dès les années 60, d'installlations et de situations interventionistes est connu dans le Monde  entier pour ses dispositifs sonores environnementaux gigantesques et ses performances. Associés à Hélène, ses femme qu'on oublie trop souvent de citer, il a réalisé de superbes installations à base de cables tendus sur des bidons résonnateurs, ou à l'aide de ballons équipés de cloches et autres objets sonores, flottant au dessus de sites remarquables, et bien d'autres installations dont il est difficile de faire le tour en quelques lignes.

Pour en revenir à son studio aux canaris, cette œuvre étrange, assez surprenante, mais Paul Panhuysen a fait activement partie du mouvement Fluxus, se démarque de l'ensemble de sa production, tout en gardant toutefois un regard critique sur l'architecture et le paysage ambiant.

Une immense volière est bâtie tout près des bâtiments de Musica, entourée d'un écran végétal de bambous. A l'intérieur de cette volière, des dizaines de canaris, oiseaux bavards s'il en fut. Mais la partie sonore ne s'arrête pas pour autant aux productions vocales des oiseaux. Un grand nombre de micros placés à l'intérieur de la volière captent les sons des canaris. Un dispositif électronique les transforme en temps réel, et les réinjecte dans la cage, avec tous les effets de rétroactions et de feed-back que l'on peut imaginer. De plus, des sons émis par les spectateurs sont aussi capturés pour être leux aussi réinjectés à l'intérieur de la volière. Et pour finir, Paul Pahuysen diffuse également dans cet enchevêtrement sonore, des sons tout à fait synthétiques.

Le résultat peut être perçu à certains moments comme très discret, et à d'autres très prégants et étonnants.

On ne sait pas exactement comment les canaris vivent cette expérience, s'ils s'y accomodent, s'il en jouent ou s'il en sont traumatisés, mais cette installation entre naturalisme et création sonore intérative, usant d'une technologie complexe, repose la question de la véracité de l'écoute.

Qu'entend-ton exactement, ou que croit-on entendre ?









Je sais que ce parc a encore bien des projets passionnants dans ses cartons, dont une collaboration avec l'artiste français Eric Samakh et ses fameuses flûtes solaires et d'autres dont il est peut-être prématuré de parler ici.

J'espère en tous cas vous avoir donner l'envie d'en savoir plus et d'aller visiter ce magnifique parcours d'installations sonores dont j'aimerais tant qu'il en existe un en France.

Mais peut-être s'agit-il là d'un enjeu et d'un challenge à relever pour la médiation des arts sonores installés.






POUR EN (SA)VOIR PLUS


Regardez et écoutez une vidéo des installations sur Youtube


Regardez une série de photos sur Flickr



Le site de Musica








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