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DES RELATIONS PEU EVIDENTES

ENTRE MUSIQUES CONTEMPORAINES

ET ARTS SONORES



Cet article, je n'avais absolument pas prévu de l'écrire, ou tout au moins pas encore.

En fait, c'est en réaction à un colloque « Les nouveaux enjeux de la création musicale contemporaine », auquel j'ai assisté ce samedi 18 novembre à Grenoble que je le rédige aujourd'hui.

Pour situer le contexte, cette rencontre professionnelle était co-organisée, par le Living, réseau national pour la création musicale contemporaine ; Futurs Composés, collectif pour la création musicale contemporaine en Ile-de-France ; et le CDMC, en collaboration avec La NACRe, agence Rhône-Alpes d’accompagnement des acteurs du spectacle vivant et le Festival 38e  Rugissants dans lesquels il s'inscrivait.


Les grandes thématiques de cette rencontre - tables rondes étaient :


- Peut-on être d’avant-garde aujourd’hui ?

La musique contemporaine aujourd’hui : gardienne ou héritière (de quelle tradition, de quelles valeurs) ? Subversion, radicalité, modernité, élitisme, recherche ?


-La musique contemporaine est-elle encore un genre ?
Quelles nouvelles transversalités possibles avec les musiques actuelles, populaires, traditionnelles ou du monde ?


- La création et l’innovation sont-elles transmissibles ?
De l’enseignement ou la formation du répertoire contemporain à celui de la diversité des approches d’aujourd’hui : entre reproduction et innovation.


- A qui s’adresse la musique contemporaine ?
Quelles voies de rencontres aujourd’hui avec le public ? Quel est l’écho de la musique contemporaine dans le paysage culturel d’aujourd’hui : son image, ses modes de représentations, son rapport aux publics non-spécialistes.



Ces grandes questions à la fois larges et très orientées, récurrentes pour beaucoup, sujettes à polémique par leur ciblage à caractère provocateur, ont donné lieu, comme régulièrement dans ce genres de rencontres, à des approches diverses, doctes, provocantes, désabusées, va t'en guerre, consensuelles, obscures...

On y a donc entendu tout et son contraire, avec parfois des débuts d'empoignades qui parfois, à défaut de creuser les vrais débats de fond par manque de temps, font le charme de ces  rencontres.

Faut-il enterrer la musique contemporaine ? (et les œuvres et acteurs ?); Bannir ou changer ce terme qui fait peur aux publics ? Le garder car il est garant d'une qualité de programmation savante, qui rassure ? Faut-il défendre contre vents et marées la musique contemporaine ? Faut-il plus s'adresser aux élites, aux profanes, aux jeunes, aux anciens ? Faut-il partir à l'assaut des grandes forteresses que sont les hauts lieux de diffusion de la culture? En changer les directeurs trop théâtreux, pas assez musiciens...? Mieux éduquer les apprentis musiciens ? Les publics ?...


Mais cet article n'étant pas là pour faire un compte-rendu dans les règles de ce colloque, c'est bien comme son titre l'indique, des rapports musiques contemporaines et arts sonores dont je veux vous entretenir ici.

Ou plutôt, pour être plus précis, des rapports tels que les conçoivent des musiciens (dans le sens classique du terme), compositeurs, directeurs de structures culturelles programmateurs, musicologues...

En effet, la conception de certains sur ce sujet me semble assez éloignée, et encore j'emploie là un doux euphémisme, des réalités du terrain, ce qui d'ailleurs me pousse à réagir ici.


Aussi, ayant entendu quelques poncifs, préconçus, voire de parfaites absurdités d'une naïveté aussi désarmante qu'irritante concernant les rapports musiques arts plastiques, je puise dans cette rencontre matière à écrire cet article, pour essayer un temps soit peu de transcrire certains malentendus, et pourquoi pas de les désamorcer si possible. Et chacun sait qu'il n'y a rien de pire qu'un malentendu dans des domaines touchant tout à la fois à la musique (contemporaine) et aux arts sonores, donc à l'écoute.


Le premier  débat qui lanca de fait la question est en fait de savoir, ou de tenter de savoir, ce que pourrait bien recouvrir aujourd'hui l'expression musiques contemporaines. Musique moderne, contemporaine, amplifiée, improvisée, expérimentale, électroacoustique ou acousmatique, performatives, jazz, rock , appartenant à la musique savante, populaire, à l'entre-deux,  usant des nouvelles technologies, des alliances musiques/arts plastiques/arts visuels, graphiques... ? Ah tiens, nous y voilà !

En fait la, ou les musiques contemporaines, ont tout autant de mal à trouver leur(s) bonne(s) case(s) que les arts sonores. Dailleurs le terme d'arts sonores n'a pas été, de mémoire, employé une seule fois dans la journée. Il est vrai que nous étions entre musiciens et non entre plasticiens, furent t-ils sonores. Un certain égocentrisme musical, touchant parfois à une forme de nombrilisme somme toute assez courant dans des journées de ce type, semblait nous le rappeler, ne mélangeons pas les torchons sonores et les serviettes musicales.


Après ces tentatives de définition des musiques contemporaines, optons délibérément pour le pluriel, de la part des intervenants, la question des relations entre plasticiens et musiciens fut abordée, sous le regard docte d'un éminent musicologue.

Et là, surprise, il se borna à dire en quelques mots, que la plupart du temps, les arts plastiques étant tout-puissants, ils mettaient ainsi à leur botte la pauvre musique faire-valoir, et les pauvres musiciens esclaves. Sans autre précision, et sans autre nuance ce qui, de la part d'un musicologue, m'a paru fort péremptoire, peu ou pas argumenté, et surtout oh combien simpliste voire erroné.

Cette idée récurrente de la musique et du sonore asservis, notament dans les milieux du cinéma, de la vidéo, du documentaire,  est suffisament tenace pour être émise "brute de décoffrage", sans faire réagir outre mesure le public, de professionnels rappelons-le. Bien sûr, dans le milieu cinématographique, on sait que le rôle de la musique-habillage, traitée en toute fin de parcours avec les bouts de ficelles restant de la production, est encore un fait bien établi. Mais de là à généraliser à outrance il y a un pas, que visiblement certains n'hésitent pas à franchir allègrement.

Quid des plasticiens qui éprouvent le désir, légitime, d'utiliser par eux-même le média son, et souvent avec une inventivité et une fraîcheur qui pourrait faire pâlir d'envie des compositeurs de métier.

Quid des musiciens ou artistes sonores qui éprouvent eux aussi le besoin, également légitime, d'utiliser de façon pertinente les matières, la sculpture, l'installation, les dispositifs visuels, les graphismes...

Quid des créations en réseaux, via internet, des œuvres participatives, collaboratives, allant jusqu'à une forme d'anonymat de groupe, de partage culturel équitable type Creative Commons.

Quid encore des équipes réunissant plasticiens, musiciens, artistes sonores, poètes, scénographes, dans un désir partagé d'œuvrer sur une création commune, sans que l'un ou l'autre ait pour objectif de tirer toutes les couvertures à lui, de phagocyter délibérément la production.


Et pourtant ce sont bien là des réalités courantes du terrain. De même que ces œuvres sonores s'établissent aussi bien dans des salles de concerts, théâtres et scènes nationales, galeries, musées, sans pour autant être dissoutes dans le grand méchant giron des plasticiens affamés.

Voilà donc un début de réponse à ce genre de poncifs qui a vraiment de quoi a en agacer plus d'un, moi le premier; mais cela va mieux en le disant !


Cette remarque étant fait, un autre intervenant, artiste-instrumentiste-interprète cette fois-ci, assénait sans vergogne que nombre de compositeurs enrobaient leurs œuvres d'éclairages, de décors, de dispositifs et de scénographies, pour pouvoir présenter des produits plus vendables ! Et là encore sans qu'aucune nuance ni le moindre soupçon d'explication ne vienne étayer cette affirmation pourtant oh combien dévalorisante pour le milieu musical et ses acteurs. Ces derniers ne bronchèrent du reste pas plus que précédemment.

Alors une partie des arts plastiques ne serait donc à l'occasion qu'une sorte de mise en valeur, cerise sur le gateau, papier dorée et ficelle brillante, d'œuvres sonores qui  ne seraient quand à elle pas suffisamment vendeuses sans ces artifices plastiques. On tombe là dans un cas de figure inverse de celui exposé précédemment. Le seviteur devient maître et l'habilleur habillé !

Belle image du monde musical qui nous est donnée par l'un de ses interprètes sensé la défendre.


Mais ce brocardage de préconçus ne résoud pas forcément le problème. ce dernier restant celui de la méconnaissance des arts sonores, notamment par ses voisins musiciens, ou en tous cas certains musiciens.

Il me semble que nombre d'acteurs du secteur musical, et même plus largement de celui du secteur culturel, en est resté à l'a vision réductrice des arts sonores qui ignoreraient tout du développement des dispositifs installés, des performances post-fluxuciennes, des intéractions et transdisciplinarités d'aujourd'hui, des nouveaux réseaux physiques ou viruels...

Comme Flaubert, et bien d'autres l'ont dit, se battre contre les idées reçues implique de trouver des moyens de porter la connaissance au plus grand nombre. et parmi ce plus grand nombre, non seulement au public, mais aussi  aux professionnels, artistes ou opérateurs culturels, pour éviter de colporter des conceptions trop restrictives, voire franchement négatives concernant les arts sonores.

Et force est de constater qu'il reste du chemin à faire dans ce sens là, ce dernier colloque vient, si besoin était, de me le confirmer.









Tag(s) : #REFLEX'SONS