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LES MOTS-SONS
A FLEUR DE TEXTE




L'image “http://www.chantssons.kokoom.com/livre_d-or.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Il y a quelque jours, j'étais plongé dans la lecture du très beau livre d'Eric Orsenna "l'Exposition coloniale", quand un passage me frappa tout particulièrement.
Il fit jaillir en moi, avec une très vive intensité, un univers beau, violent, poétique et oh combien sonore !
Je me posai alors la question du statut de ce texte. Œuvre littéraire suggestive, couchée sur du papier, qui peut parfois, dans le cas de la lecture à haute voix se vêtir du média son, mais qui n'en rete pas moi texte
Mais le texte peut-il devenir lui-même, en certains moments, dans sa prose, son rythme, sa durée, une œuvre sonore ?
Certes non, il reste une création de l'écrit textuel qui, ponctuellement, peut se diffuser, se partager par des procédés audios (lecture à haute voix, supports enregistrés...).
Cependant, lorsqu'il est très fortement évoquateur, dans son sujet, dans ses descriptions, dans ses contenus portés et soutenus par d'efficaces effets stylistiques, le texte peut quasimment s'effacer pour faire chanter en nous une musique interne, musiques de sons, de bruits, d'ambiances, musique de mots au-delà des mots-même... Musique où le mot et jusqu'à l'image et le sens qu'il véhiculent intrinséquement, s'estompent pour laisser la place au son, à une quasi pure sensorialité auriculaire, d'une force sauvage, brutale autant que jubilatoire dans l'assaut de notre perception émotionnelle ...
J'avais dejà ressenti cette exaltation sonore à la lecture du Novecento pianiste d'Alessandro Barrico, mais je voudrais ici vous faire partager le court extrait de "l'Exposition coloniale" d'Eric Orsenna qui a, en quelques lignes, séduit et boulversé mon oreille par la force descriptive d'une nuit brésilienne, en forêt amazonnienne.



http://accel6.mettre-put-idata.over-blog.com/0/03/18/93/photos-reunion-guyane/guyane2.jpg
... " La nuit, il faut appuyer fort les paumes contre les oreilles. La jungle hurle, terrifiée. Elle tremble de tous ses membres, craque, claque des dents. Le peuple de sous les arbres a perdu sa superbe, ceux qu'on ne voit jamais durant le jour, des milliers d'êtres animaux, insectes, reptiles, félins tachetés, rongeurs, aras rouges, les cachés, les menaçants, tous, ils s'époumonnent à qui mieux mieux, chacun dans sa langues, croassent, pépient, rugissent, tentent comme ils peuvent d'échapper aux fantômes.
Soudain tout se tait, ils reprennent haleine. Il s'installe un silence de songe, seulement troublé par un ruissellement d'eau, le bruit enfantin d'un poisson qui gobe, de longs sifflets d'oiseaux, des roucoulements tout près, des coups de bec sur un tronc...
Et puis la peur revient, plus fort encore, une vague de fond, des aboiements, des cris aigus, on assassine quelque part, on arrache les ailes, le monde se déchire...
La vraie panique des créatures. La forêt montre sa vraie nature, beaucoup plus épouvantée la nuit qu'effrayante le jour. Il faudrait la rassurer. Mais où trouver des paroles qui rassureraient l'amazonie ?
Au matin, le calme est revenu ..."

Extrait de l'exposition coloniale d'Eric Orsenna (Prix Goncourt 1988)


(Au prochain article, c'est promis, je reviens à la chose sonore, mais j'avais très envie de partager ce texte de mots et de sons avec les lecteurs désartsonniens.)









Tag(s) : #REFLEX'SONS