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EXPLORATION(S) SONORE(S) URBAINE(S)


Les artistes aiment de plus en plus  quitter les sacro-saint lieux de représentation que sont les salles de concerts, théâtres, galeries, pour investir l'espace public. Les arts de la rue notamment, ont ouvert de grands chantiers d'exporations artistiques, mêlant théâtre, musique, dance, arts plastiques, déambulations où se côtoient artistes-acteurs, dispositifs "tout feu tout flammes" et machineries les plus diverses...
L'espace urbain en particulier est le théâtre, si je puis dire, d'investigations où se créent et se jouent des représentations ancrées dans l'architecture de la ville, ses caractéristiques urbanistiques, ses spécificités géographiques. Les publics locaux, y compris ceux ne fréquentant pas habituellement les lieux culturels, sans vouloir entrer dans le vieux débat de la démocratisation culturelle, rencontrent, au cœur de leurs cités, des propositions artistiques multiples, où l'exploration, et souvent la redécouverte du territoire urbain passe par différentes appproches.
Selon les terrains investis, on y aborde patrimoine, histoire, sociologie et politique, environnement, prospective et perspectives d'aménagements urbains,  entre utopies et terrains d'expérience... Ces pratiques urbaines empruntent, selon les cas, à la visite guidée, à la performance-spectacle, au parcours proposant des points d'écoute, à l'audio-guide revisité façon arts sonores, à la création radiophonique, au collectage de paroles patrimoniales et à leur mise en ligne sur internet... Bref, tout un panel de dispositifs s'appuyant sur la diversité des cultures urbaines. A noter que lorsque je parle de cultures urbaines, je ne restreins pas ces dernières aux mouvements Hip-hop, mais bien à toute pratiques culturelles, tous genres confondus, dont le terrain d'inspiration de création et de représentation est principalement l'espace urbain, et en particulier l'espace public extérieur.
Pour dégager quelques grandes tendances et en montrer la diversité, je m'appuyerais sur des exemples de compagnies ou associations, qu'elles soient issues des arts de la rue ou non, pour lesquelles le son est un média central dans leur champ de création urbaine.
Que certaines structures non citées ici ne m'en veuillent pas, je n'aurais pas la prétention ici, ni les moyens, d'être exhaustif, mais j'espère simplement donner un aperçu de quelques expériences sonores urbaines significatives.
De même, l'ordre dans lequel je présente les structures et leurs travaux ne constitue en rien une hiérachisation ou un quelconque classement par échelle de valeurs, tant les projets sont divers et seraient difficiles à évaluer et à cataloguer par comparaison les  uns des  autres.


Collectif MU
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E
n  2005, lors des toutes naissantes Nuits Blanches à Paris, le collectif Mu expérimentait, avec une réussite certaine, l'un des premiers parcours sonores urbains parisiens , dans le quartier de la Goutte d'or : le Sound Drop.
Il s'agissait alors de jalonner de bornes d'écoute un parcours préalablement  repéré et identifié, avec des histoires à écouter au casque, entre fictions et témoignages. Ce  parcours était donc ponctué de haltes présentant des créations sonores type radiophoniques où se croisaient imaginaire, réalités sociologiques et historiques propres aux terrains parcourus.
Les auditeurs munis d'un plan, suivaient un parcours fléché, et s'arrêtaient à des endroits précis, marqués de repères visuels, équipés de récepteurs radiophoniques, pour y entendre des histoires à chaque fois différentes, en rapport au lieu .
Depuis, ce collectif a transposé cette déambulation auriculaire originale  dans différentes villes d'Europe, avec tous les repérages, captations et montages, mais aussi avec les riches échanges que cela génère.
J'ai pu pour ma par tester cette déambulation auriculaire  à Mons, en Belgique, Dans le cadre du festival City Sonics.


Banque sonore Sound Drop à éouter







Cityson
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Citysons est un projet impulsé par l'artiste multimédia Xavier Cahen. Il s'agit également d'une déambulation auditive urbaine dans Paris. Cette dernière use des nouvelles technologies de la communication, combinant internet et téléphonie mobile, pour nous faire découvrir des monuments parisiens. Sans entrer dans des détails trop techniques, il s'agit de scanner à l'aide d'un appareil photo et téléphone portable des logos, sortes de codes-barres graphiques (stickers), apposés à proximité des monuments, ou œuvres d'art publiques à visiter par l'oreille. Cette reconnaisance numérique déclenche l'écoute une petite pièce sonore proche d'un audio-guide. Cette technologie utilise le procédé Mobile tag.
Les pièces sonores, composées par différents artistes, constituent de "vraies fausses" visites guidés, audio-commentées, entre histoire de l'art et ambiances sonores poétiques, un rien décalées. Nous sommes ici aussi dans une approche hybride où tourisme local et imaginaire
sonore font bon ménage, le tout pimenté par un brin de technologie rendant la découverte ludique.
C'est donc une nouvelle représentation à la fois visuelle et sonore d'espaces publics qui nous est proposée, avec la possibilité toute intéractive de se composer son propre parcours à son rythme et selon ses désirs et contraintes.
 
Cartographie de citysons


Citysons en vidéo







Ici-Même

 


   



Le collectif artistique grenoblois Ici-Même nous invite à un autre type de déambulation urbaine "dont vous êtes le héros".
Le titre d'Ici-Même nous suggère d'emblée la volonté d'investir un espace dont les spécificités architecturales, urbanistiques, les aménagements, les modes de vie et les "accidents" du moment, la foule, la vie de tous les jours serviront de prétextes, de supports à une exploration in-situ. Peut-être faut-il y voir, et y entendre aussi un clin d'œil à une célèbre bande-dessinée du duo Forest-Tardi, riche en déambulations urbaines  poético-policières.
L'une des visites à laquelle j'ai participé,  sur la place lyonnaise, m'a fait entrer dans ce jeu de découverte urbaine, façon jeu de rôle", avec des consignes écoutées par un dispositif audio portable (radio-walkman et casque).
Ce cinéma radioguidé, c'est son nom, est donc un cinéma pour l'oreille, à l'instar des champs de l'électroacoustique, mais aussi pour la vue, le toucher et le corps en mouvement, tous sens aux aguets.
Les consignes sont diffusées par une radio locale située sur la ville, de préférence le quartier investi.
Malheureusement, l'émetteur de Radio Brume, la bien ou mal nommée
le jour où j'ai testé cette balade, donnait des signes de faiblesse, ce qui à rendu l'aventure difficile à suivre, noyée dans des crachottements et autres coupures de fréquence parasites. Néanmoins, le jeu en vaut la chandelle.
" ...Avancez jusqu'à la statue, regardez à votre droite, derrière vous, touchez; caressez les murs, les arbres, examinez les de très près, courez jusqu'à... choisissez un passant et suivez le, rampez, écoutez...." Les consignes tissent un parcours où l'on est acteur écoutant regardant, performeur à ses moments, dans une sorte de scénario à mi-chemin entre roman policier, découverte poétique et sensible de l'espace urbain.
Autre caractéristique, on peut jouer au voyageur immobile en écoutant tout simplement le programme de chez soi, via sa radio. Il me semble néanmoins que cette solution est assez restrictive par rapport à l'expérience vécue sur le terrain .
 





Bruxelles Nous Appartient (BNA)
Brussel Behoort ons toe (BBOT)

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Changeons de contexte, Bruxelles nous appartient, nom du association logiquement belge, ne propose pas, à la différence des premières citées, ni parcours ni déambulations urbaines.
Notons que cette action se nome dans la double langue bruxelloise, volonté de marquer une cohabitation linguistique et donc forcément culturelle, avec ses heurts et tensions, mais aussi ses richesses qui constituent une spécificité de la terre belgeet notamment de l'enclave Bruxelle Capitale.
On a a faire ici à un énorme  et très riche collectage sonore de paroles bruxelloises. Mémoire
de la ville à fleur de mots , approche sociologique, patrimoniale, accents et sensibilités au bout des langues, constituent une représentation orale de la ville d'une diversité et d'une densité étonnantes.
Au cœur de cette cité capitale et région, enclave francophone en territoire flamand, où langues et cultures se croisent dans un vivier artistique très vivace, la parole est mise en avant.
Paroles d'habitants, histoires émouvantes, graves, drôles, mémoires industrieuses, vie des quartiers, le tout est soigneusement collecté, trié par un corpus de mots, de thèmes, de sujets dans lesquels on peut aller naviguer et piocher.
La base de données sonores, son classement, la qualité de l'interface de navigation, tout est fait pour le bonheur de l'auditeur.
Car chacun, bruxellois ou citoyen écoutant de n'importe quelle région du Monde, peut en effet aller écouter ces superbes tranches de vie. Une simple formalité, rapide gratuite, est à accomplir, sans autre condition qu'une inscription en ligne pour se voir attribuer un identifiant et un mot de passe, et ainsi commencer notre quête d'histoires belges dans toute leur urbanité. Et parler ici d'histoires belges est bien loin du fait d'égrenner des blagues  simplistement naïves dans leur humour pôtache qu'on leur prête souvent.
L'association organise également maint expositions, rencontres, conférences, performances, toujours en lien avec le collectage de paroles patrimoniales bruxelloises.
Un projet original, un travail de titan, une mine d'or pour les  sociologues, anthropologues, historiens de l'urbanité, de longues heures à déguster sans modération, et avec un plaisir de l'oreille certain.






La chose publique
http://www.lorrainedecoeur.com/wp-content/uploads/2008/09/lcp.jpg

La chose publique est une compagnie lorraine des arts dela rue, en quête d'identité, en tout cas c'est elle-même qui se définit ainsi. On sait combien les notions identitaires peuvent être de nos jours sujets à débats sur des terrains parfois sensibles et politiquement "glissants".
La chose Publique cherche essentiellement l'identité, urbaine ou non, véhiculée voire fabriquée par le média son.
Hocine Chabira, le metteur en scène de la compagnie et Till Sujet, compositeur et acteur sont très sensibles à la chose sonore dans leurs spectacles et installations.
Je vous parlerai ici d'une installation sonore urbaine,
"Comment tu villes ?", jeu de mots valises croisant mode de ville et mode de vie.
Quelles relations entretiennent donc les citoyens habitants d'une cité avec leur lieu de vie, de travail, de loisirs... ?
Comment représenter la ville par l'écoute de petites histoires, nouvelles sonores aux textes ciselés, drôles et mélancoliques, installées en une dizaine de points-douches sous lesquels le promeneur s'arrête et organise son cheminement à son gré.
L'histoire d'un feu tricolore qui décide, par les reflets qu'il projette dans un appartement, des actions et décisions de son occupant. Vert je fonce, rouge je ne bouge pas... Un abri-bus plate-forme pour changer de ville, de vie, un rond-point pour changer de cap, des élément d'aménagment urbains qui influent sur le comportements des résidents... Un brin suréalistes, poétiques et amusants, décalés et ancrés dans une réalité urbaine, les textes de Carole Prieur et leurs habillages sonores, livrés à la rue et à ses passant, font mouche.
Appuyez sur le bouton-poussoir rouge et laissez vous en conter, La chose publique sait parler de la ville !

En écoute, La rue oubliée








Arte Radio point....com !
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Arte radio, émulation sonore d'Arte télévision, est un modèle en son genre. Première véritable radio Padcastable (ou téléchargeable pour les anglophobes) créée par Sylvain Gire et Christophe Rault il y a quelques années, elle propose depuis 2002 des centaines de reportages, témoignages et bruits pas sages, voire parfois assez irrévérentieux. Le tout à écouter à volonté.
Une radio de petites et grandes créations radiophoniques, de petites formes qui manient humour et revendications à peine déguisées, tendresse et commentaires vitriolés, entièrement à la carte, pour le plaisir de nos  oreilles.
Et la ville dans tout çà ?
Et bien j'ai découvert amusé, au sein de nombreuses séries thématiques que proposent la radio, six petites créations de Marie de Saint-andré, Audioguides de bord, commentant à leur façon la ville, les musées, les institutions les régissant...
Ville imaginaire, politisée à souhait, humour grinçant, décalé, en prise avec l'actualité, les audioguides tendances science fiction, voire science friction sont de petites perles suréalistes et mordantes.
L'Agoraphone et un modèle du genre, entre Kafka, Staline, Ionesco et... Marie de saint-André, l'auteure.

Ecoutez les Audioguides de bord








Décor Sonore
Instruments-Monuments

Revenons aux arts de la rue. Michel Risse directeur artistique de la Compagnie Décor sonore, à lui aussi un fort penchant pour ce qui s'écoute, et met en scène le son des objets et des bâtiments dans ses spectacles-concerts-performances.
Parmi sa production, nous nous attarderons sur celle nomée "Instruments-Monuments" ou, comment jouer d'un monument publique comme d'un instrument de musique ?
Projet urbain, souvent monumental, dans tous les sens du terme, Michel Risse n'a pas froid aux yeux, ni aux oreilles !


Photos : Céline Sanchez



Avec son équipe de musiciens performers, danseurs, escaladeurs, il part à l'assaut de grands monuments pour en révéler les  plus infimes sons, vibrations inaudibles en temps normal, pour les mettre en scène sonore, pour les percuter, les faire vibrer, résonner...
Se servir de plate-formes métalliques comme instruments de percussions, de bâtiments comme des caisses de résonnance, donner à la ville, pour un instant sonnant et spectaculaire, un concert de monuments, faire sortir ces derniers de leur silence parfois rigide dans leur monumentalité, les mettre au devant et à l'intérieur d'un scène musicale et sonore urbaine, voilà ce que sait faire, entre autre, Décor Sonore.


Photo : Henry Krull


Un bâteau musée, une ancienne prison, une grande bibliothèque, un marché, un cirque d'hiver, chaque construction et lieux est revisité pour en tirer leur quintessence sonore, les faire chanter comme si ces lieux n'attendaient depuis longtemps que cette occasion pour faire entendre leur voix.

Décor sonore n'est d'ailleurs pas à son coup d'essai en matière d'expérimentations sonores urbaines. La compagnie a déjà créé
La Petite Bande Passante, Le Cinematophone, Des Corps Sonores Allegro Barbaro, l'Orchestre de chambre de  ville pour marteaux-piqueurs, portes-voix et autres sonorités bruitistes urbaines que n'aurait pas dénié Luigi Russolo, avec notamment Pierre Sauvageot comme compositeur co-équipier à l'époque.

Instrument-Monument















Tag(s) : #REFLEX'SONS