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LES CHERCHEURS DE SONS D'ORCHESTRES

Que Gérard Nicollet me pardonne l'emprunt à peine déguisé à son blog dénicheur de nouveaux sons, mais je m'aventurerai aujourd'hui, sans prétention aucune de copier son formidable travail, vers des terrains d'exploration sonore proches des lutheries expérimentales qu'il affectionne et défend avec talent.
Ces fameux chercheurs de sons, en explorant toutes les branches des lutheries acoustiques,  bricophoniques, et autres recherches électroniques, ont engendré maints instruments, objets, sculptures, dispositifs inclassables, pour conduire une recherche vers des sonorités inouïes. Certains de ces instruments, sculptures ou objets sonores ont constitué des petites familles instrumentales, ce qui les a amené à former de véritables orchestres et ainsi à se produire lors d'exécutions collectives.
Rappelons qu'à l'origine, dans l'architecture antique, l'orchestre était un lieu physique, espace compris entre le public et la scène, où se tenaient, notamment dans le théâtre grec, les choeurs, musiciens et danseurs. Par métonymie, cet espace est devenu aujourd'hui l'ensemble d'instrumentistes qui exécute ou qui est constitué en vue d'exécuter de la musique polyphonique.
Et c'est bien sûr dans cette acception que nous en parlerons ici.

Les orchestres symphoniques, à cordes, les brass band et big band, à vents et percussions, les fanfares de rues, les bagads, les ensembles à plectres, et bien d'autres formations constituent une grande diversité d'orchestres, facilement discernables, à l'oeil comme à l'oreille, les uns des autres. Chacun possède ses propres instruments, ses techniques et modes de jeu, ses répertoires, voire ses lieux de diffusion parfois étroitement liés à des fonctions sociales (musiques militaires, religieuses, de fêtes polulaires...).
Au fil du temps et des avancées technologiques, des mécanismes de clétage et de transmissions mécaniques de plus en plus performants, et devant l'évolution des langages musicaux, des recherches esthétiques, l'apparition de nouvelles technologies, l'orchestre a considérablement évolué. Il s'est transformé progressivement, parfois au cas par cas, pour servir compositeurs et interprètes dans d'inédites aventures sonores et musicales.
L'orchestre de Vivaldi n'est plus celui de Mozart, et encore moins celui de Berlioz, de Boulez, de Varèse ou de Kasper Toeplitz. Les cordes et les vents ont leurrépertoire, les ordinateurs aussi.
Au delà des courants esthétiques et des technologies employées, c'est certainement les timbres, la palette sonore, ses couleurs qui forgent, aujourd'ui encore, la personnalité d'un ensemble, son identité qui nous le fait reconnaître à l'oreille. En tous cas pour ce qui est des orchestres de facture "classique".
L'époque contemporaine et les recherches, entre musiques expérimentales, courants post-rock, bruitistes, électro, et autres ovnis inclassables, a inventé moult orchestres suprenants, ludiques, inouïs, désarçonnants... Les croisements entre lutherie traditionnelle et arts numériques, bricolages mécaniques et bending, arts plastiques et électroacoustiques.. ont grandement contribué à faire naître des ensembles, quasi instrumentaux, mais qui échappent néanmoins à bien des règles organologiques.
Nous illustreront ces recherches sonores orchestrées par quelques exemples significatifs utilisant tuyaux de gaz, végétaux, verres, ordinateurs, sirènes, images de synthèse et autres bruiteurs sonores et musicaux...


Expériences sonores et orchestres bruitistes de l'avant-garde russe

L'image “http://sonification.eu/a_avraamov_1922.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Dès 1922, Arseny Mikhailovich Avraamov, compositeur russe à l'esprit bouillonnant, il s'est intéressé aux relations sons-graphismes, aux microtnalité, aux musiques de films, donne à Bacu, une "Symphonie pour sirènes d'usine". il convoque pour son orchestre hors-normes, des sirènes des usines et des navires de la mer caspienne, deux batteries d'artillerie, sept régiments d'infanterie, des camions, des hydravions, vingt-cinq locomotives à vapeur, des sifflets et des chœurs. Un ensemble qu'aurait pu apprécier Hector Berlioz ? Ce concert performance préfigurera le travail de Nicolas Frize, où mémoires industrielles, patrimoniales, s'exprimeront des années plus tard, par des concerts de klaxons de trains dans une gare parisienne.
C'est également dans les années 20 que, dans les rangs l'avant-garde russe, Nikolai Foregger, directeur de théâtre et maître de ballet, créera la "Danse des machines" où rugiront des moteurs de camions et autres bruits tonitruants, toujours pour célébrer l'industrialisation alors en plein essor.

Description du concert de Bacu







L'intonarumori de Luigi Russolo
Luigi Russolo's "intonarumori" in 1919"...Dans l'Antiquité, il n'y avait que le silence. Au XIXe siècle, avec l'invention de la machine, le Bruit est né. Aujourd'hui, le Bruit triomphe et règne sur la sensibilité des hommes... Luigi Russolo
Luigi Russolo, au départ peintre et compositeur, fut l'un des artistes fondateur du mouvement futuriste italien dans les années 20 et le créateur des boîtes bruitistes (L'intonarumori). Les futuristes vénéraient le progrès, l'ère industrielle naissante, la mécanique et la vitesse. Ils s'appuyaient sur une époque où l'industrialisation allait grand train, pour pratiquer un art trublion, contestataire, cherchant à instaurer parfois virulemment, avec force provocation, de nouveaux langages esthétiques. L'esprit Dada qui s'installe lui aussi dans les mêmes années n'est pas loin, avec son entreprise de démolition artistique et ses remises en cause du statut de l'artiste et de ses œuvres d'art. Dans le manifeste "L'art des bruits", Luigi Russolo déclare que tout son peut être (et devrait être ?) musical. Pierre Schaeffer dans les années cinquante, avec son approche de ce qu'il a définit comme la Musique concrète qui deviendra rapidement la musique électroacoustique,  ira également dans ce sens, avec néanmoins une démarche moins radicale, plus "sage" et peut-être plus musicale. Poursuivant son idée de musique de bruits, Russolo créera un ensemble d'instruments bruitistes, le premier du genre, où frotteurs, racleurs et autres glouglouteurs constitueront des orchestres aussi bruyants que provocateurs. Un des actes fondateurs de l'art sonore d'aujourd'hui ?







Le Vienna Vegetable orchestra

http://www.craphound.com/images/vegetableorchfsd.jpgLes premières carottes concertent avec les secondes courges et poivrons solos, soutenues par les cucurbitacées  percussionistes et le doux chants des poireaux chanteurs...
Cet orchestre aux instruments éphémères mais oh combien écologiques est issu, vous l'aurez compris, du monde végétal. Il cultive, si j'ose dire, des musiques vertes, ludiques, et un brin déjantées. Mozart et les Beattles réunis par des souffleurs et tambourineurs de légumes, tout un programme agro-musical !
Pourtant dans ce projet, pas de grosses légumes super stars, rien que l'esprit du jeu qui ose, sans prétention, mais avec beaucoup de malice, constituer un orchestre, un vrai, avec de plantes vertes, mais néanmoins vien vivaces !

Le Vienna Vegetable Orchestra!







L'ensemble de machines à laver musicales de Jacques Remus

http://www.mecamusique.com/gdmal2.JPGDans cet orchestre-ci, plus de légumes, mais des machines à laver. Un ensemble bien propre en quelque sorte. Des machines à laver qui ne font plus un horrible tintamarre à l'essorage, mais sont équipées de mécanismes sonores, riches en percussions et frottements diverses, pour chanter ensemble un hymne cocasse et poétique à une technologie recyclée, façon bricophoniste.
Il faut dire que Jacques Rémus, spécialiste de la lutherie expérimentale et grand explorateur sonore, avant de donner dans le tambour, n'en est pas à son coup d'essai.
il a en effet créé et installé de surprenants carillons, orgues, frigos sonores, et bien d'autres mécanismes spécialement concoctés et agencés  pour faire sonner d'étranges et familières machines qui nous révèlent ainsi des talents d'instrumentistes bien cachés derrières pignons moteurs et courroies. Les designers sonores pourraient-ils s'inspirer de la démarche ?









Le Mecanium de Pierre Bastien

http://chercheursdesons.hautetfort.com/media/02/01/ace6b696d30f8dbbe6044526dccb0720.jpgDepuis 1977, Pierre Bastien, compositeur touche à tout et inventeur d'instruments fabrique son propre orchestre : Le Mecanium.
Pour se faire il il construit à partir du célèbre jeu de Mécano, des structures et machines, parfois mues par des tourne-disques, qui font jouer de vrais instruments, violons, violoncelles, tambours, mais aussi le luth chinois, le bendir marocain, le saron javanais, le koto japonais... Il s'agit donc là d'un orchestre mécanique de robots musiciens, dans l'esprit des automates instrumentistes des grands limonaires et des jaquemards carillonneurs. Cet orchestre à géométrie variable à fait le tour du Monde, et fasciné bien des spectateurs qui virent là des prolongements insoupsonnés jusqu'alors d'un jeu culte de leur enfance et entendire une musique fraîche et inventive, sans l'ombre d'un musicien, si ce n'est celle du luthier facétieux.

Site de Pierre Bastien


(Mecanium, Nagoya 1995)









Anarchestra

alternative musical instruments built by alex ferrisAnarchestra est un ensemble regroupant toutes les familles de l'orchestre "classique" (aérophones, cordophones, idiophones... et même l'électrophone !...)
Cet orchestre bien structuré est en fait fabriqué avec des objets et matériaux de récupération. Bel exemple d'une recherche sonore et musicale s'inscrivant dans un soucis de développement durable. L'ensemble présente d'ailleurs d'indéniables qualités esthétiques et sonores. Tout y est travaillé, bien au-delà du simple bricolage "pot de yaourt".
Bouteilles de gaz (vides) et tuyaux de plomberies savamment agencés permettent une palette sonore surprenante, permettant de jouer des pièces entres musiques répétitives, ethniques et autres brassages contemporains. Les concepteurs maîtrisent parfaitement les principes acoustiques et mécaniques  régissant la lutherie.
Le site de cet ensemble est remarquablement documenté, présentant de façon très claire les instruments, exemples visuels sonores à l'appui.

Site d'Anarchestra






Le Glass orchestra

Le Glass Orchestra est, comme son nom l'indique, un orchestre de verres. Certes, il y a des antécédants. Mozart aurait lui-même composé un adagio pour glass harmonica et les frères Baschet ont conçu leur célèbre Cristal.
L'originalité de cet orchestre, créé en 1977, réside en fait dans le nombre et la grande diversité des instruments utilisés, spécialement conçus pour cet ensemble cristallin. Le site propose lui aussi des photos et descriptions très complètes de l'instrumentation (en anglais).
La musique jouée sur cet ensemble est par contre loin des transcriptinons de bluettes et classiques pour orchestres de verres, elle relève plutôt d'expérimentations contemporaines aux timbres suprenants dans leur exploration sonore. A manipuler, à transporter et à écouter délicatement !


Ecoutez le Glass Orchestra

Ecoutez le Glass Orchestra







Orchestre de laptops

L'image “http://arts.stanford.edu/gfx/gallery/2008/slork/pop09.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Et nous voici arrivés à la lutherie informatique, celle qui met l'instrument acoustique traditionnel au repos. L'orchestre est constitué d'ordinateurs (portables de préférence), avec des machines de plus en plus légères et puissantes, recèlant en leur giron mille et un sons fabriqués à la demande, traité, manipulés et diffusés en direct. Les logiciels temps réel tels que Live, ou les modulaires que sont Max MSP ou Pure Data permettent aujourd'hui, pour un utilisateur aguerri à la manipulation audio-numérique, des performances où les couleurs sonores, les rythmes et leurs assemblages n'ont de limites que l'imagination mais aussi ne ne l'oublions pas, la dextérité du musicien à jongler avec des commandes informatiques. Encore faut-il que ce dernier soit capable de tirer de ces outils Hi-Tech des compositions présentant un minimum d'intérêt artistique, de réflexion et de démarche créatrice. Un ordinateur, si puissant soit-il, ne reste qu'un outil, de même que le meilleur des Stradivarius ne fera pas du commun des mortels un grand violonniste.
Et lorsque que des entités informatiques au départ isolées se rassemblent en orchestre constitué, attention les oreilles, ça décoiffe les cellules cillées !
Voici par exemple le Standford Laptop Orchestra, un ensemble d'une vingtaine de performeurs concertistes équipés de portables, et reliés entre eux par  un réseaux, système complexe de contrôleurs sonores informatiques et de haut-parleurs multicannaux qui assurent la diffusion spacialisée.
L'archet ou la baguette sont ici remplacés par des souris, track-ball, pads, et l'instrument par une série de softs et de plugins générant et traitant du son en temps réel...
Le tout agencé et fabriqué maison, par des chercheurs et musiciens pour la plupart issus de grandes universités et de  Palo Alto. Comme quoi, la recherche autour de nouveaux réseaux de communications et les arts sonores et numériques ont tout à gagner par la confrontation de leurs terrains d'expériences réciproques.






Les orchestres à instruments virtuels, Animusic

http://econtent.typepad.com/.a/6a00d8341c5fd253ef010536a54916970c-800wiEt nous finirons par un orchestre qui n'existe que par l'imagination de ses créateurs, et seulement sur des supports multimédia. Une sorte de Second Life orchestral, l'intéractivité en moins. Plus d'instruments réels, ni même d'ordinateurs, plus ici que l'image (et le son) d'un orchestre virtuel, modélisé en images de synthèse 3D. Le numérique, après avoir dématérialisé en partie les supports multimédia pour faire se promener les œuvres au travers des réseaux, de serveurs en serveurs, vers des espaces mémoires divers et variés, s'attaquent aujourd'hui à l'objet-même producteur de son. Les instruments virtuels qui en découlent, jouant seuls et pré-programmés, peuvent alors reproduire des séquences de jeu hautement virtuoses, un peu comme Conlon Nancarrow lorsqu'il faisait interpréter à des boîtes à musiques des polyphonies rythmiques injouables par des "orchestres d'humains". Mais sans doute qu'au-delà de la perfection technique, l'accident de jeu, l'imprévu, la patte humaine plus ou moins capricieuse manquera sans doute très vite à cet orchestre virtuel.








A visiter aussi d'autres orchestres:

L'Electric Junkyard Gamelan

Le Gas Tank Orchestra

L'instrumentarium Baschet

L'instrumentarium d'Harry Partch










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