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ARTS SONORES ET ARCHITECTURES


Pour la deuxième année consécutive, la saline Royale d'Arc Et Senans (Arc et Sonnant? ) accueil les rencontres Architectones, consacrées aux relations architecture et sons (voir article desartsonnants).
Cette deuxième édition, concoctée par Rahma Khazam et Yvan Etienne fut, à l'égal de la première, riche en débats, concerts et autres dispositifs installés dans ce magnifique écrin architectural.

Concerts et projections
Dès le vendredi, Seth Cluett accueillait les participants à un concert transformant, par de grandes nappes vibratoires, l'espace d'une pièce en une caisse de résonance toujours mouvante, dans laquelle se trouvait immergé l'auditeur. Des sons s'y entrecroisaient, se frottaient, formaient des nœuds sonores, engendraient des extensions d'espaces, comme si le lieu se démultipliait, changeait de forme, de volume, au fil de la diffusion. Une très belle et sereine entrée en matière pour accorder non seulement notre écoute, mais notre corps tout entier avec le bâti et l'espace environnant.

https://paw.princeton.edu/issues/2008/04/02/pages/4636/LIVE.Arts_Cluett.jpg
Seth Cluett aux manettes

Sam Auinger, compositeur, enseignant, auteur de nombreuses installations sonores, et Dietmar Offenhubergleaming, vidéaste, prenaient le relais avec une série de six petits films vidéos autour des relations sons et espaces publiques. Un parc urbain allemand en hiver donnait ainsi lieu à une calme rêverie, fiction sonore et visuelle habilement décalée, tandis que d'autres films morcelaient sons et images d'espaces urbains dans d'étranges tissages, voire détissages sensoriels. Le ton était donné, nous nous trouvions alors en condition pour aborder, dés le lendemain, une journée de rencontres et d'échanges où l'architecture sonore, à moins que ce ne fût le son architecturé, seraient en vedettes.



Rencontres, débats et nouveaux concerts
La journée du samedi fut riche, dense et des plus intéressante. Les intervenants (voir article précédent) abordèrent, dans de courtes présentations suivies d'un jeu de questions-réponses, des thématiques interrogeant les pratiques artistiques liées, parfois à leur insu, aux gestes architecturaux, ou tout au moins aux espaces construits dans lesquels pouvaient se développer des créations sonores jusqu'aux sons de la vie quotidienne. Ces questionnements révèlaient ainsi nombre de contraintes et interactions que la confrontation sons espaces de vie suppose et impose. L'approche était basée sur une réflexion théorique, souvent elle-même argumentée par des travaux de recherche universitaires, mais aussi par des mises en pratique dans les champs des arts sonores et visuels.
Environnement sonore, sound ecology, effets acoustiques, relation aux espaces d'écoute(s), bâtiment-instrument, ressenti collectif, parcours d'écoute, horizons acoustiques, place de l'expert, mémoire phonomnésique, déserts, transfiguration, regard philosophique et artistique, art sonore contextualisé... Autant d'expressions  et de thématiques, et mon enumération est loin d'être exhaustive,  qui donnèrent à cette journée une foisonnante richesse de débats, lesquels furent prolongés d'ailleurs durant les pauses, repas, visites, dans une véritable immersion sonore architectonique.
Une performance, elle aussi sonore, fut d'ailleurs remarquée et saluée de tous, l'immense professionnalisme du traducteur (anglais-français et vis et versa) qui, durant tout le colloque et particulièrement durant la journée d'échanges, assura avec une réactivité et une fluidité sans pareille la traduction des débats.
Dernière remarque concernant ces rencontres, et peut-être une doléance à peine voilée destinée à Rahma Khazam, beaucoup souhaiteraient avoir une trace, écrite et/ou sonore de cette rencontre. Voilà qui est dit.

Cette deuxième journée fut prolongée d'une soirée consacrée à Phill Niblock, figure emblématique de la musique expérimentale minimaliste américaine. Phill fut au départ, avant d'expérimenter la création sonore, vidéaste. Il nous proposa d'ailleurs à Arc et Senans une magnifique œuvre "The Mouvement of People working" où des images de très hautes qualité, en plan fixe, riches en couleurs, montrent des gestes quotidiens de différents peuples de par le Monde, pêchant, construisant, préparant de la nourriture... Ces fascinantes images, inclassables ovnis vidéos entre documentaires et films d'art, furent accompagnées de longs drônes sonores très prégnants, apparemment totalement déconnectés des images, mais qui créent une irrésistible immersion multimédia, littéralement fascinante. Une expérience à vivre  hors du temps et de l'espace.
Une autre œuvre, tout aussi envoûtante, était construite sur une vidéo de Katherine Liberovskaya, sorte de long morphing sonore et visuel toujours en mouvement, très alerte, qui nous conduit d'univers ferroviaires en univers aquatiques... Magique !
La gentillesse et la bonne humeur de Phill et de Katherine, que je remercie encore de leur sympathique co-voiturage jusqu'à Lyon, participèrent d'ailleurs à rendre ces rencontres très chaleureuses.

http://www.artfacmetz.com/artfacmetzneufblogcom/images/2008/04/03/phill_niblock.jpg
Phill Niblock



Installations sonores

Parler des relations du sonore avec l'architecture sans en montrer, voire en démontrer des actions de terrain, serait une pure hérésie. Cet écueil fut bien évité par la présentation d'une sorte de parcours sonore intérieur/extérieur, mêlant installations plastiques et acousmatiques de différentes inspirations et esthétiques.
Sur l'immense coupole monumentale  de la porte d'entrée de la Saline, Nicolas Maigret et Nicolas Montgermont avaient installé un dispositif sonore constitué de nombreux appareils sonores répulsifs, destinés à faire fuir, du fait de leurs fréquences appropriées, souvent très aigues, les serpents, souris, divers oiseaux et... ados via le célèbre Mosquito. Une programmation diffusait ces sons dans une boucle rythmique quasi musicale, si ce n'est parfois la prégnance quelque peu irritante des stridulations hautes perchées dans le creux de nos oreilles. Le plus drôle de l'histoire, si tant est que ça le fut, est que ce dispositif dénonçait l'inefficacité-même de ces appareils vendus assez chers dans le commerce, car lézards et autres pigeons volatiles continuaient d'accaparer les lieux comme si de rien était. Quand au célèbre Mosquito, je n'ai pas réussi à l'entendre, mon oreille d'ado avec sa bande passante appropriée n'étant plus qu'un lointain souvenir...
Seth Cluett quand à lui nous proposait, dans des lieux en intérieurs, un prolongement de ses concerts en modelant des espaces d'écoutes par des nappes sonores  transformant notre perception de l'espace en fonction de nos déplacements.
Brice Jannin avait pour sa part investi un long espace extérieur, en disposant sur un mur d'enceinte de la Saline plus de cent HP qui rythmaient le parcours de sons rappellant ceux des  cordes pincées. Ces derniers étaient en fait, à l'origine, des sons de météorites, captés à l'aide d'un dispositif de captation spécial. Les sons, associés à la dispositions des HP sur le mur, créaient parfois une certaine continuité, mais parfois des ruptures, des cassures rythmiques, imprimant à la linéarité du mur des formes de mouvements discontinus, à l'écoute comme à la vue. Autre précision, chaque HP était monté sur un  disque au centre duquel était placé un petit miroir circulaire. Outre l'effet visuel, tous ces miroirs étaient orientés de façon à regarder l'œil de bœuf central de la maison du directeur de la saline. Par cette œil de bœuf "Big Brother listen you", le directeur voyait, surveillait et contrôlait tout le lieu, ses habitants et leurs activités. Clin d'œil (et d'oreille) à l'histoire de ce Panopticon architectural emblématique.
Maxime Vernier, avait installé, en extérieur, un ensemble de percussions résonnantes et tintinnabulantes qui auraient du produire un bel effet, surlignant un jardin extérieur.
Je dis auraient car malheureusement, les fortes chaleurs associées à des utilisations parfois "sauvages" de visiteurs confondant installations sonores et objets ludiques ont fortement endommagé les peaux de l'installation, dénaturant sensiblement les sons originaux, ceci au grand dam de l'artiste désespéré de voir son œuvre ainsi mutilée. Les aléas de l'espace publique sont rarement totalement maîtrisables, et nombre de ceux qui se sont essayé à installer du son en extérieur en ont fait l'expérience


Soundwalk et autres projections

Le dimanche matin, pour les plus courageux, Sam Auinger nous proposa une soundwalk (voir article desartsonnants), ou promenade sonore, mettant nos oreilles aux aguets, en nous plongeant dans les ambiances sonores entourant les murs d'enceinte de la saline.


Soundwalk (deuxième plan à gauche GM "desartsonnant", premier plan Grégoire Chelkoff, deuxième plan à droite Sam Auinger)



Soundwalk, le groupe


Soundwalk suite, Sam Auinger et
Rahma Khazam au centre



http://www.berliner-woche.de/typo3temp/pics/f59592af6d.jpg
Sam Auinger à l'écoute de la ville


Cette promenade sensorielle entre expérience esthétique et sensibilisation écologique fut une belle façon d'entamer une journée qui se poursuivra par d'autres projections vidéos sonores de Caecilia Tripp, Carl Michael von Hausswolff et Thomas Nordanstad.

Ces deux derniers ont filmé une œuvre étrange, montrant une île japonaise fantôme, rapidement et étrangement abandonnée par ses habitants suite à un clash économique. Des images et des sons aux allures de science-fiction qui s'attardent sur des vestiges architecturaux, gardant encore très présentes les traces d'une vie enfuie, dans une sorte de nostalgie désespérée de fin du Monde.
Visionnaire ?


Pour conclure, on ne peut que saluer le travail de programmation et d'animation durant ces journées de Rahma Khazam et d'Yvan Etienne, la disponibilité et l'engagement des participants, intervenants ou non, et l'efficacité de l'organisation matérielle et logistique ainsi que la gentillesse de l'accueil de Lionnel Viard et de son équipe.
En espérant que la Saline Royale  accueille, en 2010 un opus 3 d'Architectones.



BONUS,ARCHITECTONES EN ECOUTE
En écoute, une déambulation sonore
dans la Saline Royale d'arc et Senans, entre installations et performances.
Ambiances, traces, passages, résonance architecturale, témoignages audio bruts.
Avec par ordre d'apparition :
Une installation de Nicolas Maigret et Nicolas Montgermont,
Une installation de Brice Janin,
Une installation de Maxime Vernier
Une performance de Thomas Ankersmit
Une installation de Seth Cluett.
















Tag(s) : #FESTIVALS