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L'ART (SONORE) DU FEEDBACK



LE PRINCIPE DE RETROACTION, OU COMMENT BOUCLER LA BOUCLE ?
La rétroaction, ou en anglais feedback, est le fait d'action en retour d’un effet sur le dispositif qui lui a donné naissance, et donc, ainsi, sur elle-même. Il s'agit donc d'une sorte de cercle qui se boucle sur lui-même, en se modifiant constamment au fil de ses couches de ré-injections (wikipédia)
Lorsque l'on appréhende les différents formes de rétroactions, on peut distinguer différents exemples significatifs, les rétroactions étant présentes dans de nombreux domaines :
    •    une rétroaction positive, qui amplifie le phénomène initial,
    •    une rétroaction négative, qui le réduit, et donc provoque un amortissement,
    •    une rétroaction qui peut avoir des effets variables (la rétroaction étant parfois positive, parfois négative)
 
  On peut noter ici que le positif et le négatif sont qualifiés en sens d'extension ou de diminution, et non pas en terme d'amélioration qualitative  ou de dégradation.
Tous les usagers du son, des fabriquants aux auditeurs en passant par les manipulateurs, techniciens ou artistes, connaissent bien le phénomène lié au feedback, entre autre celui qu' ils nomment principalement Larsen, ou effet Larsen.


LE FEDBACK COMME RETOUR SUR SOI

Le feedback, définition que proposent les sciences humaines autour du retour sur soi  , retour sur l'humain que nous sommes, comme par exemple : "... Le feedback est un moyen d'en apprendre plus sur nous mêmes et sur l'effet que notre comportement peut avoir sur notre entourage.
C'est parler de nous, de nos actions, de nos perceptions de nous-mêmes, des autres, de l'entourage, la famille, la classe, en parler librement mais pas n'importe comment.
Le feedback constructif augmente la conscience de soi, offre des options et encourage le développement, il est donc important de le donner et de le recevoir..."
On évoque également, dans certains processus de composition musicale dits en temps réel, c'est à dire sans écriture préalable, un feedback permanent entre le cerveau et l'oreille du musicien compositeur. Chacun se réinjectant les données, sensations, analyses, pour modifier sans cesse l'œuvre en cours de création-inteprétation.
       

FEEDBACK SONORE ET AUTRES LARSENS, DES ENFANTS DE LA TECHNOLOGIE

Sinon, le feedback est surtout connu comme une résultante d'effets générés par des dispositifs électroacoustiques et électroniques. L'exemple le plus connu étant l'effet Larsen, ou la mise en boucle d'un son entre un micro et un haut-parleur, le micro étant placé très près du HP pour que celui-ci le renvoie au micro qui le renvoie au HP, et que dans cette boucle sans fin, sorte de mise en abîme sonore, il se crée une montée en puissance généralement dans un spectre de plus en plus aigu, rapide, violent intolérable et incontrôlable.
C'est donc avec l'apparition de l'enregistrement, du micro, de l'amplification, repris par la suite dans de nombreux effets électroacoustique, que la notion de feedback  dans le domaine du sonore est apparue.
 

DES COUCHES QUI DEGRADENT, A LA RECHERCHE DU SON IMPUR

Si le feedback est au départ un phénomène accidentel, parasite, incontrôlable,,il est rapidement devenu un effet  incontournable paramétrable et donc gérable, pour l'appliquer à un son ou à une image.
Nombre de plugins d'effets proposent d'ailleurs  un réglage de feedback, où l'effet bouclé sur lui-même en couches superposées, devient une variable quasi incontournable du traitement sonore, au même titre que le delay (retard et échos), la réverbération, et autres filtres harmoniques.
Cette ré-injection multiple peut d'ailleurs être perçue comme une dégradation sonore, comme le furent à leur débuts tous les effets de distorsions, de flange, de gains survitaminés,  qui ont été principalement utilisés par les guitaristes.
La recherche, via les courants rocks, punks, noisy, mais aussi dans des musiques "classiques", de sons "sales", dénaturés, amplifiés par-dela du raisonnable; dépassant les limites de l'écoutablement. correct est cependant rentrée dans les mœurs de nos jours..
Les sons pas très nets, voire le (re)traitement de ce qui pourrait apparaître comme résidus sonores, telles des boucles feedbackées se posant à l'oreilles comme des traces résiduelles, non voulues et non contrôlées, en regard des sons parfaitement maîtrisés et policés, sont aujourd'hui acceptés comme partie intégrante de courants low-fi, grunge, post-punk...
En tous cas, ce qui était un défaut, une tare de prime abord, est maintenant, comme de nombreuses techniques de flous ou de saturations colorées de l'image, intégrée comme une technique, si ce n'est comme un certain genre ou courant  esthétique.
Le feedback  est d'ailleurs devenu non seulement un moyen technique de jouer sur des modulations sonores, mais constitue une sorte de synthétiseur brut, réduit à sa plus simple expression souvent low-fi, l'utilisation de ce phénomène-outil conduisant à de véritables modes de jeu techniques et esthétiques


RETRAITEMENT DE SIGNAUX AUDIO ET VIDEO,

LE SERPENT QUI SE MORD LA QUEUE ET LA BOUCLE QUI ACCOUCHE

La rétroaction, que ce soit pour des signaux audio ou vidéo, voire les deux confondus, est donc  maintenant acceptée, travaillée, en grande partie maîtrisée, malgré les aléas des traitements surajoutés, et naturellement incorporée à des boucles , qu'elles soient d'échantillons ou d'effets.
On prend un son, ou une séquence sonore, on lui applique un feddback qui , en la démultipliant dans une montée en puissance, va générer un son nouveau, qui va lui-même s'auto-agglomérer pour générer, on pourrait imaginer dans une sorte d'infinie de plus en plus bruyant, des sons toujours renouvelés, si personne ne vient éteindre ou modérer  le générateur initial.
Ces cercles pouvant être considérés comme des cercles virtueux lorsqu'ils sont maîtrisés, ou comme des cercles vicieux, lorsqu'ils dépassent et n'obéissent plus à l'opérateur qui les génère et les manipule initialement, et parfois leux deux conjointement.



EXEMPLES DE FEEDBACKS ARTISTIQUES

Alvin Lucier installe du feedback.

Une des grandes pièces d’Alvin Lucier – un classique des musiques expérimentales. I am sitting in a room débute par la voix de l’auteur qui explique le dispositif : la parole est enregistrée sur un magnétophone et sera rediffusée dans la pièce où elle a été émise. La diffusion dans le lieu sera ré-enregistrée, et ce nouveau matériau sera à nouveau rediffusé dans la pièce. Le processus est répété un grand nombre de fois, et à chaque étape, la réverbération et les filtrages conséquences de l’acoustique de la pièce, vont accentuer certaines parties du timbre de la voix, en gommant ses composantes les plus graves, et renforcer certaines de ses harmoniques, jusqu’à obtenir une masse indistincte, lisse et mélodique, qui ne conservera plus que le rythme de l’élocution. Cette pièce, construite grâce au support phonographique, n’est pas tant un travail de dégradation sonore qu’une révélation de l’espace architectural dans lequel a eu lieu l’expérience. Le résultat final, c’est-à-dire le support phonographique, est autant une production sonore, par un procédé compositionnel inhabituel, qu’une documentation du processus. (d’après Yannick Dauby)
Au bout de quelques ré-enregistrement de la voix de Lucier, il ne reste plus qu' une trace-trame sonore où le message s'est dissous, où le sens a disparu pour ne laisser qu'une empreinte harmonique énigmatique. On se trouve là comme dans un jeu du furet, qui colporte une phrase de bouche à oreille, de personne en personne, jusqu'à ce que celle-ci soit totalement dénaturée, rumeur amplifiée ou atténuée, filtrée et enjolivée, même si elle conserve un semblant d'ossature quasi inaliénable. Se pose là la question de la transmission, de la transformation, de la mutation par une sorte de vertigineuse et abyssale  ré-écriture génétique feedbackienne.


I am sitting in the room - sound by Alvin Lucier


http://historyofourworld.files.wordpress.com/2009/10/alvin-lucier.jpg
Alvin Lucier - Feedback Experience


Alvin Lucier - I am sitting in the room - Made in Italia



Lionnel Palun et le bruit de l'image, l'image du bruit
Lionel Palun traite l'image comme un son, et réciproquement un son comme de l'image. Installant des écrans vidéos, il va infiltrer des signaux sonores via des tables de mixages et autres micros directement dans ces lecteurs d'images. Ces derniers vont donc transformer, feedback aidant,  les signaux sonores en images, ou tout au moins fortement métamorphoser l'image pour imprimer sa trace de façon prédominante. L'inverse étant possible, l'image pourra venir se résoudre en son si elle est injectée dans un dispositif audio. Ces recherches d'écritures aux technologies multimédiatiques, entre installations et performances concertantes, prolongent ce qu'avait amorcé en son temps Nam June Paik avec ses empilements d'écrans de télés, diffusant des signaux vidéos brouillés, désincarnés.

Vidéo feedback experience

Trois écrans sont disposés en totem ; un écran est branché directement sur une sortie de console, un second moniteur est réservé au travail vidéo et le dernier téléviseur est le point de rencontre commun. Tout est basé sur des processus de feedback. Le son génère de l'image. L'image génère du son. Une expérience distendue de sons craqués et de couleurs dénaturées.



Des exemples de compositions ou performances sonores à partir de Larsens


 

Feedback siesta,

compositions feedbackiennes de Knut Aufermann


              



Nous pourrions noter également la grande maîtrise du feedback par le guitariste jimmy Hendrix qui en a fait un véritable art de jeu et de composition.


A lire en complément

- L'effet Larsen (Wikipédia)

- Le Feedback Actes des Rencontres musicales pluridisciplinaires 2006 - Grame, Lyon

www.grame.fr/Recherche/Rencontres/Ressources/.../FOURNIER-v2.pdf









 
Tag(s) : #REFLEX'SONS