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L'INSTALLATION SONORE

L'installation au fil des ages
éthymologiquement parlant


Article prolongeant le lexique de mots-clés consacrés aux arts sonores

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A l'origine, le monde religieux installait visiblement un évèque dans ses fonction, pour montrer à tous qu'il détenait le pouvoir. Physiquement, les prélats de l'Eglise se montraient dans les offices "In stalle", assis sur des sièges de bois  entourant l'autel.
Dans le quotidien, dés le Moyen-Age, le commerçant agençait visiblement, sur des étals, fruits, légumes, viandes et tout autres objets destinés à la vente. Il trouvait (et trouve encore) dans ces agencements, des moyens de valoriser son fond de commerce.
Aujourd'hui, on agence une installation électrique, informatique, en mettant en place un dispositif spécifique destiné à remplir des fonctions techniques précises.
On a donc installé, avant que le monde artistique ne s'en mêle, ou hors du champ de celui-ci, personnages, denrées et objets, et dispositifs techniques, et ceci dans différents buts, lieux et modes de (re)présentation.


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L'installation artistique - objets/media/lieux/artistes/
publics

A partir des années 60, l'installation artistique va changer sensiblement nos approches avec l'œuvre d'art, tout en continuant de mettre en scène, comme à l'origine sémantique de l'installation, objets (au sens large du terme), techniques, dispositifs, voire la personne de l'artiste qui se met parfois lui-même en scène, de façon centrale.
Ces agencements de média (sons, images fixes ou animées, iconographies...), d'objets artistiques (sculptures, peintures...) mais aussi d'objets du quotidien mis en scène pour servir les pensées et ambiances artistiques recherchées, forgent de nouveaux espaces, au sens propre comme au sens figuré; espaces physiques et/ou espaces mentaux, concepts intellectuels.
Investir l'espace, dialoguer avec les lieux, l'architecture, sont devenus des paramètres de première importance, dans ce que l'on appelle un art contextuel, ou contextualisé, prônant une création in situ, pour et dans le lieu. A défaut  de créer systématiquement pour un espace donné, l'artiste procédera généralement à une réadaptation de ses propositions artistiques en fonction des espaces investis.
De nouvelles postures d'écoute se sont ainsi fait  jour, dont celles de pénétrer l'œuvre physiquement, de déambuler à l'intérieur pour en trouver différents points de vue (et d'ouïe), parfois de la toucher, et d'interagir dans son fonctionnement, participant ainsi à influer sur le fonctionnement de l'œuvre.
Des rapports originaux apparaissent, établis sur l'interactivité; interactivité entre objets et média,  entre visiteurs et œuvres, entre œuvres et espaces... Ces processus sont largement développés autour de nouvelles technologies, capteurs, programmes informatiques et autres dispositifs électroniques, favorisant la recherche d'œuvres "en mouvement", ou en perpétuelle recomposition, réagissant  aux gestes des visiteurs, à des stimuli physiques, météorologiques...
Enfin, pour finir de brosser à grands traits l'installation, on pourra noter la propension de beaucoup d'artistes à se jouer des esthétique et des ambiances que la société contemporaine, la vie de tous les jours, l'actualité, nous proposent. Ces dernières sont lues, au travers le filtre le regard et la pensée de l'artiste, dans l'agencement artistique de l'installation, comme des quotidiens détournés, des glissements de la réalité vers des questionnements souvent en prises directes avec des problématiques contemporaines, sociales, politiques... 


L'installation sonore


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Après ce rapide tour d'horizon pour situer les grands contours d'une pratique artistique aujourd'hui des plus usitée, recentrons-nous sur notre sujet, l'installation sonore. Cette dernière, reprenant les grands principes évoqués ci-avant, constitue une œuvre où le média son tient une place privilégiée, prédominante, voire où le sonore est seul en scène, sans nul autre habillage plastique que sa seule présence - le dispositif acousmatique par exemple.
Dans de nombreux cas, s'instaure un dialogue entre sons et autres média, qu'ils soient plastiques, images animées, photographies... Parfois, à une installation plastico-sonore, vient s'adjoindre des formes issues du spectacle vivant, concerts ou performances. Ces interventions artistiques sont alors réalisées soit à l'aide des éléments installés, utilisés alors comme des objets-instruments de lutherie, ou en réponse (dé)concertante aux sonorités issues de l'installation-même.
Différents cas de figures se rencontrent régulièrement dans le domaine de l'installation sonore:
Le son installé, sans autre artifice médiatique, privilégiant la seule écoute comme une sorte de parcours sonore dans un ou des espaces donnés (Dominique Petitgand, Edie Ladoire, Luc Ferrari...). Il s'agit alors de ce que l'on nome une posture acousmatique (écouter sans voir les sources).
L'installation d'une machinerie sonore par l'invention et la mise en place d'objets, de sculptures, d'instruments détournés ou créés de toutes pièces ou autres dispositifs produisant du son. On entre ici dans des domaines couvrant, entre autre, l'art cinétique (Takis, Tinguely), la bricophonie et la lutherie expérimentale (Pierre Berthet, Frédéric Le junter, Arno Favre...) avec bien sûr la ferme volonté artistique de mettre le son au centre du dispositif, donc de l'écoute.
On peut également rencontrer des univers où sons et visuels se retrouvent à la fois comme des éléments apparemment indépendants, vivant une vie propre, tout en étant étroitement tissés,entrelacés, pour parfois se confondre dans une narration commune, qu'elle soit concordante ou discordante. Le son peut de fait commenter, digresser, élargir le discours visuel. Il peut également convoquer un dialogue polyphonique au sein d'une l'œuvre, en contrepoint avec d'autres média, dans un discours pour l'œil concomitant à celui pour l'oreille.
L'esthétisation du sonore est aujourd'hui fait courant, jouant dans des interstices de genres transdisciplinaires, parfois dans des marges des musiques expérimentales, creusant des  territoires d'expériences auditives encore peu explorés, entre machines et postures d'écoute. Nombre d'artistes mettent en scène le son, avec souvent de subtiles intuitions, des propositions ludiques et des problématiques venant titiller nos sens dans leurs rapports entre formes-matières - espace de représentation et temps d'écoute. Ces installations sonores, espaces de visio-écoute, pour proposer un néologisme prenant en compte l'installation sonore dans son approche plurisensorielle, permettent d'aborder, voire d'explorer des territoires à la fois circonscrits dans des domaines précis (les sciences de l'acoustique, de la physique vibratoire, l'écologie, la cybernétique...)  et "pluritopiques" dans leur croisements et leur hybridations de genres et de formes.
On pourra parfois, pour continuer dans l'usage du néologisme, qualifier certaines installations sonores comme des pratiques "transgenres", investissant différents domaines qu'elles viennent enrichir ou élargir de leur "regard sonore".
On citera par exemple la Sound Ecology (écologie sonore), où des installations interactives mettront en exergues sonnantes le vent, la lumière, l'eau, installeront des sonographies  (ou fields recording) comme des parcours d'écoute à déconstruire/reconstruire, façon d'aborder son environnement par le petit bout de l'oreillette.
Ou bien encore les relations arts-sciences, où la physique vibratoire et l'acoustique en général seront sollicitées, par exemple dans des travaux de Mark Bain ou Pe Lang et Zimoun faisant sonner les bâtiments en amplifiant et en fait chanter leurs propres résonances, ou dans les travaux de Kristina Kubitsh révélant les sons inaudibles, telles les multiples fréquences électrostatiques qui nous entourent et nous traversent constamment.... Pour ne citer que ces deux-là...
Et pour finir dans le domaine du réseau, du virtuel, de l'immatériel, les installations sonores de l'artiste néerlandais Edo Paulus, que l'on peut visiter sur internet, dans l'univers intangible de Seconde Life...


Les rapports œuvres sonores installées, spectateur-écoutant


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Les rapports œuvres sonores/spectateur-écoutant sont très différents  du "simple auditeur" assistant à un concert. L'espace de monstration se trouvant considérablement élargi dans ses propositions. Ainsi, l'installation investit aujourd'hui de nombreux lieux non dédiés à l'accueil de créations artistiques, telles par exemples les friches urbaines. D'autre part, l'approche de l'installation sonore n'est plus forcément frontale, ni délimitée dans le temps, comme celle proposée par le concert. On se promène à l'intérieur des sons installés; le temps de "visite" y est plus libre, on entre et on sort de l'installation quand on veut, on y revient, on définit son parcours au travers l'œuvre. Le "spectacteur" est également régulièrement convié à participer à la vie et à l'évolution sonore de l'installation en déclenchant, par différentes techniques, des mises en marche, arrêts et nombres d'effets ou de transformations en temps réel d'ambiances sonores et/ou visuelles. Il peut de fait revendiquer une part de création que lui aura ainsi concéder l'artiste.

Article prolongeant le lexique de mots-clés consacrés aux arts sonores










Tag(s) : #REFLEX'SONS