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CHALON DANS LA RUE 2012

SONNER L'ESPACE PUBLIC

 

 

 

Comme pratiquement chaque année à la même époque, je suis allé déambuler parmi la multitude de spectacles offerts par le festival Chalon dans la rue, et plus particulièrement  vers ceux qui proposaient des créations sonores. Déformation professionnelle oblige.

Très vite, deux questions se sont posées, quasiment récurrentes à chaque édition.

 

Y a t-il de véritables écritures dédiées à l'espace public,en regard de vagues transpositions, réadaptations, arrangements de formes initialement conçues pour la salle ?

 

Les grands et beaux dispositifs assurent-ils une qualité d'écriture sonore a minima ?

 

Bien sûr, ces deux questions peuvent paraître simplistes, naïves, mais se les poser ou reposer de temps à autre permet de regarder avec un brin de recul et d'esprit critique ces créations pour la rue, ou pour l'espace public dit on aujourd'hui.

 

La première question, au regard des spectacles que j'ai pu voir, en ayant donc conscience que le choix opéré dans l'abondance de la programmation  l'était tout autant sur des critères personnels, affectifs, que sur des impératifs logistiques, amène des réponses diverses.

Oui les fanfares dites de rues proposent bien un répertoire écrit pour l'extérieur, même si, à l'inverse,  elles s'aventurent parfois dans des concerts en salle. On regrettera surtout ici le manque d'imagination récurrent de ces formations, tant dans le répertoire  puisé dans le rock, le traditionnel, la chanson, le jazz, que dans les costumes et les façon de déambuler et de se mettre en scène. Les années se suivent et e ressemblent hélas, au gré des vents.

 

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Photo : Vincent Muteau

 

 

Sinon, dans un tout autre genre, Urbaphonix de la companie Décor Sonore, sous la houlette ce Michel Risse, propose de sonner la ville, ses mobiliers, portails, vitrines, véhicules et même sacs à dos des badauds festivaliers, galerie de voitures... Les acteurs percussionnistes, équipés de micro-contacts se jouent des sons urbains, tout en ménageant des plages de "silence" laissant ainsi des fenêtres d'écoutes sur les ambiances urbaines. 

Un mixeur ingénieur du son, Stéphane Marin, gère de belle façon ce concert urbain. Ce spectacle déambulatoire est bâti sur une trame narrative simple, avec comme argument principal écouter sa ville. cette création reste fidèle à l'esprit Décor Sonore, en moins spectaculaire que "Monument-Instruments", mais néanmoins poétique et surprenant, et usant ici d'une écriture véritablement faite pour l'espace public.

http://decorsonore.org/fr/creations/urbaphonix/

 

 

 

 

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Côté dispositif, j'ai été écouté le "Mur du son", d'Antoine Dumont, installation assez spectaculaire d'une cinquantaine de Haut-parleurs empilés, qui n'est pas du reste sans rappeler certaines œuvres de Benoit Maubrey. Le principe est alléchant, un performeur accroche petit à petit des objets résonnants, vibrants, à des HP aux membranes dénudées, transformant son mur sonore en une sorte d'orchestre de HP préparés, façon Cage. Un complice gère le mixage à la régie, et tire des sonorités assez surprenantes de l'ensemble. Prometteur. seulement voilà, au bout d'un bon quart d'heure, tout s'enlise. Une vague bluette électro ronronne, la surprise passée, plus rien ne se passe. Alors, on s'ennuie ferme, et une partie du public quitte discrètement le navire.

Nous ne sommes plus dans la recherche sonore initiale, et pas non plus dans une vraie performance électro que certainement une partie du public était venue chercher, mais dans un tiède entre-deux. Si ce spectacle avait été conçu comme une installation  où nous aurions au moins pu bouger, mais en mode spectacle, l'oreille et son propriétaire restent prisonniers d'une bien monotone expérience.

http://www.grand-ensemble.eu/index.php?/projets/le-mur-du-son-featuring-brian-dewan/

 

 

 

 

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Photo : Vincent Muteau

 

Autre dispositif, déambulatoire celui-ci, et très imposant, avec "Figures libres" de la compagne villeurbannaise komplexkapharnaüm. Tout d'abord, on est impressionné par le déluge technologique, la sonorisation mobile, les vidéo projecteurs maniés par une armés de mixeurs qui animent d'immenses façade, des comédiens, musiciens en live... le grand jeu ! Dans la première demi-heure, on retrouve la magie de Mémento, écriture sur la mémoire, l'humain, instant poétique, magique, servi par des moyens hi-tech bluffants. Et puis à nouveau, tout s'enlise dans d'interminables longueurs. Le discours se fait naïf, hommes et femmes entre différences et attirences, plein de clichés qui viennent mettre à mal la poésie du début. Deux heures de spectacles et à la fin une interminable déambulation où il ne se passe plus rien . Tout une débauche matérielle pour finalement accoucher d'un bien piètre résultat. Autant j'ai été conquis par les Mémento et  Play-rec de la même compagnie, autant cette création m'a laissé dubitatif. Peut-être la conquête d'immenses espaces urbains connaît-elle ici ses propres limites, le spectacles et sa magie se diluant dans une écriture qui n'accroche plus, malgré les belles images visuelles et sonores projetées dans la cité.

http://www.kxkm.net/

 

 

 

 

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Autre forme et autre dispositif, beaucoup plus modeste celui-ci, convoquant le spectateur-auditeur à l'intérieur d'un entre-sort "Estafette Renault" d'époque. Nous sommes avec la compagnie "Rue de la Casse" et leur spectacle "Délaissées". Nous pénétrons pour une dizaine de minutes dans cette estafette très intrigante avec ses tuyaux de cuivres qui la parcours, la transperce de l'extérieur comme de l'intérieur, sorte d'entrelac de lianes de cuivres mécanico-organiques. A l'intérieur, un mécano prend nos oreilles en main, expliquant son amour pour les sons mécaniques, avec une filiation assumée pour Russolo et John Cage. Il nous emmène dans un concert où les bruits de pistons, de soupapes, les souffleries, glouglouteries rythment un extraordinaire et intime voyage sonore. A l'extérieur, un autre mécanicien complice gère différents régime moteurs en connivence avec le concert intérieur. Les bruits mécaniques se font musique, mais contrairement à l'esprit Futuriste de Russolo sans violence, tout en vibrations, en odeurs, dans un décor mécanique assez surréaliste. C'est à la fois beau, simple, original, poétique... En 10 petites minutes, format idéal pour ce genre d'entre-sort, Valentin Monnin, mécanicien sonore passionné et passionnant et Anne-Claire Jude nous emmènent dans un beau petit périple mécanique tout en finesse. On en redemande !

http://www.ruedelacasse.blogspot.fr/

 

 

 

 

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Thérèse Bosc

 

Autre genre, un concert/conte "Elle-même", par la compagnie Cie Tutti Iseo, la conteuse metteur en scène Thérèse Bosc, le violoniste Bastien Pelenc, et le compositeur Laurent Grappe à la composition électroacoustique et à l'échantillonneur. Il s'agit là d'un conte fantastique autour de la mort, issu de la tradition orale bretonne et superbement réécrit par Thierry Marc. La voix, le corps de l'actrice Thérèse Bosc, tout en fureur, en plaintes, en douceur poétique, tour à tour violente, enjoliveuse, tendre, furieuse nous emmènent dans une véritable épopée, un récit haut en couleur, au lyrisme exacerbé et néanmoins assumé.

La musique, installée sur une scène faisant face à la conteuse, aux accents parfois bartokiens, brode finement autour du récit, assure de belles transitions, joue des contrepoints toujours pertinents, sans redites ou envahissements hégémonique de l'espace scénique. Tout cela dialogue de concert pour nous emporter dans cette traversée initiatique, où la mort est vue parfois de la façon la plus humaine qui soit, celle qui fait partie de nous, de notre famille, de notre vie quotidienne. Vous l'aurez sans doute compris, j'ai beaucoup aimé cette forme de conte musical qui, même si elle n'est pas forcément une œuvre type pour la rue, se fondrait certainement dans beaucoup de sombres forêts, obscurs recoins urbains, décors qui renforceraient encore la magie de cette narration épique.

Seul petit regret, l'emplacement judicieusement calme et intime choisi pour cette œuvre n'a pas attiré foule de spectateurs, et c'est bien dommage vu la qualité du spectacle.

http://tutti.iseop.free.fr/accueil_Tutti_Iseop.html

 

 

 

Encore un regret personnel, n'avoir pas eu le temps matériel de voir la déambulation audioguidée "La ville qui respire" de Kurt Demay, et plein d'autres spectacles, sonores ou non.

 

L'espace public propose un immense terrain d'expérimentation sonore qui est très loin d'être fini d'explorer. Beaucoup de formes inouïes peuvent encore y voir le jour, de nouveaux territoires d'écoute êtres abordés. C'est en cela que, au delà-même des arts de la rue, il demeure un potentiel créatif qui n'a pas finit, en tous cas espérons le, de surprendre et de vivifier notre écoute.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #REFLEX'SONS