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CITY SONIC 2011
PREMIERS RETOURS

 

 

 

City Sonic #9 étant depuis quelques jours sur les  rails, Desartsonnants en arrive tout fraîchement.
Comme chaque année, grandes et petites installations s'offrent à la vue et au regard du festivalier.
Comme pour chaque édition, quelques incontestables coups de cœur.


 

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Commençons par les grands maîtres avec "Undefined landscape II" d'Hans-Peter Kuhn. Cet artiste de la lumière et du son nous invite à une rêverie des plus belle, en disposant avec sobriété une série de HP éclairés par de petites lampes, répartis sur un tapis jaune. Un paysage sonore  toujours en mouvement est diffusé par chaque haut-parleur. Il est issu de différents field recording retravaillés, jusqu'à n'en garder qu'une essence subtile et minimale, une substantifique moelle. Une douce rumeur nous charme, où l'on reconnaît sans l'es identifier véritablement, des ambiances paysagères adoucies par un jeu de filtrage audionumériques.
La très belle salle de la Machine à Eau permet au spectateur, de la passerelle supérieure,  d'avoir une vue de dessus, contemplant une sorte de carte colorée et bruissonnante. Pour pénétrer plus en avant dans ce paysage, il faut y déambuler, naviguer entre les ilôts lumineux et sonores, s'allonger, se laisser envoûter par cette œuvre.
On pourrait parler longtemps encore de telles œuvres; mais il est évidemment difficile de rendre compte par l'écrit.
On peut penser ici à d'autres ambiances immersives, telles les psychédéliques Dream Houses de La Monte Young qui, sans être pour autant de la même veine, nous embarquent dans un monde de sons quasi hypnotiques, d'où l'on a du mal à s'extraire pour revenir sur terre.

 



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Autre plaisir des yeux et des oreilles, Sonic Zoo, du collectif montois Livescape composé de Perrine Joveniaux et Stephan Kosic, déjà rencontré lors d'éditions précédentes. Le titre évoque une déclinaison autour de l'animalerie acclimatée, ce qui n'est pas vraiment le cas en réalité, sauf pour une partie de l'œuvre. En fait, la proposition est constituée de trois pièces indépendantes.

Symphony for Mandarins

La première est constituée d'une volière où s'ébattent une petite dizaine de mandarins, ponctuant la cage de petits cris "couinants". Leurs déplacements et leur atterrissage sur des barres métalliques ou au sol génèrent des sons entre notes de musiques et électroacoustique.
Dans la  deuxième pièce une plante verte est  placée sous deux dispositifs de "gouttes-à gouttes". Des micros capteurs placés sous les feuilles amplifient les impacts de gouttes et font entendre une percussion irrégulière, sourde et grave d'un plus bel effet.
Un éclairage montre sur le mur l'ombre portée de l'installation, avec le frémissement ponctuel des feuilles simultanément aux bruits des gouttes.
La troisième partie de l'installation, la plus zen et pour moi la plus fascinante met en scène un arbrisseau nain et sec, tournant sur lui-même, dans un mini désert de pierres et de galets.
Trois galets sont attachés par une corde aux branches de l'arbrisseau, qui les tire sur le tapis minéral. Les sons des galets frottant sur des pierres sont amplifiés par des micro-capteurs. Cette petite scène est également projetée en ombre portée contre le mur.
L'ensemble de ce triptyque revisitant une nature "dénaturée", avec des jeux d'échelles et des mises en scène donnant des visions de végétaux mourants, assistés par des gouttes à gouttes, se plaignant sourdement, ou des végétaux déjà morts, tirant derrière eux des pierres, tels des bagnards  condamnés à purger éternellement une faute, tout en faisant là encore entendre des sons plaintifs, qui pourraient appeler, toute proportion gardée, la "Guitar drag" de Christian Marclay.
Si le message écologique est bien là,notamment dans deux des pièces, il ne me semble pas envisager un avenir serein, au-delà de l'apparente "zenitude" de l'œuvre qui reste néanmoins des plus fine et fascinante tant visuellement qu' auditivement.

 


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Soulignons également la surprenante installations du collectif Locus Sonus, qui nous donne à entendre en temps réel une série de micros ouverts sur le monde. Des paraboles équipées de micros hyper-directifs focalisent le son de villes sur l'auditeur lorsque celui se place sous la parabole exactement . Au gré des choix aléatoires d'un logiciel, on voyage ainsi d'Europe au Grand Nord, d'Amérique latine au États-Unis, d'Afrique en Asie, et tout cela en quelques pas, par la magie des sons.
A noter que tout un chacun peut chez lui, de son ordinateur, visiter ces audio streams, en se rendant sur la SoundMap, où il lui suffira d'ouvrir des micros pour tendre  l'oreille à quelques centaines, ou à quelques milliers de Kilomètres.
Locus Sonus travaille depuis déjà quelques années à développer des dispositifs sonores essentiellement axés sur des réseaux. Réseaux sonores certes, mais réseaux d'échange, de communication, de travail, de production de connaissances, de diffusion "Audio in Art"...
Locus Sonus est également un lieu de pédagogie,de recherche, un laboratoire proposant conférences workshops, publications... Pour les mordus de l'art sonore, une visite sur leur site s'impose. Les ressources écrites et audio y sont nombreuses et fouillées, avec une rigueur toute scientifique. Il faut y revenir et y revenir encore tant il y a à y glaner, et ce genre de site n'est pas si courant que cela, profitons en.

 

 

 

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Dans le cycle émergence, travaux d'école d'art, une magnifique installation, la valeur n'attend point... dit on, de Cédric Dewez et Paméla Iglésias, tous deux étudiants montois : Grenier.
On pénètre dans une salle obscure où seule une lampe électrique projette un brin de lumière au sol. Cette dernière nous permettra d'éclairer un fatras d'objets abandonnés, jouets, malles, vieux instruments, photos de familles, agencés dans l'ambiance nostalgique d'un grenier. En braquant sur eux le faisceau lumineux, on leur donnera la parole, leur soutirant des ambiances sonores souvent mélancoliques, voire tristement oppressantes. On découvre au fil des éclairage un récit fractionné, tranche de mémoire, une sorte de nature morte sonore du plus bel effet, un dispositif a priori simple, une scénographie parfaitement maîtrisée, et une émotion à la clé, ce n'est pas si courant pour être signalé. Deux étudiants à suivre.

De même, dans la série émergence, Arnaud Eeckhout, Phonétiquement me patronyme est prometteur, présente Music for EPS (Expanded polystyrène S).
Un tapis au sol constitué de... Corn Flakes, des vrais. Sur celui -ci sont tendus des fils sur lesquelles sont enfilés de petits "S" de polystyrène. Chaque fil est mis en vibration par un HP diffusant des fréquences infra basses, donc inaudibles à l'oreille humaine, mais mettant en vibration l'ensemble fil/S en polystyrène. Les petits s frottant contre les corn flakes, on entend alors de fins chuintements, en même temps qu'une sorte de frisson visuel parcours l'ensemble, comme un petit ruisseau. Le travail est fin, bien présenté, les sons très intéressant, et l'humour bien présent. Encore une belle émergence. J'aimerait voir une extension de cette installation dans de plus grandes tailles, qui lui permettrait alors de se mettre véritablement à l'échelle du lieu et lui ferait prendre  une dimension plus spectaculaire, dans le bon sens du terme. Amateurs de céréales, vous pourrez peut-ête y participer ?

 


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Autre artiste, non émergente, Isa Belle, spécialiste des massages avec des bols tibétains et autres douches sonores, pour la santé et le bien-ête de nos oreilles.  On se laisse ici délicatement caresser par une alignée de rouleaux tournants (Fly Wash), garnis de plumes et parfumés aux fragrances de lavande, entre lesquels on se glisse, tout en étant apaisés pas une musique méditative, immersive. Un espace de quiétude dans un monde sons parfois violent. On regrette juste que le parcours soit si court, alors on recommence deux ou trois fois, ou plus si affinité, en boucle comme on dirait en montage audio.

Dans le registre de la performance live, le batteur Allemand  Alexander Schubert m'a séduit par la qualité et l'énergie de sa musique.
Il nous a donné à entendre et à voir une courte pièce où, tout en jouant de la batterie avec une puissance et une dextérité redoutable, il déclenchait par des micros capteurs au poignées des sons électroniques et une vidéo générative. Si la bvidéo ne m'a pas laissé un souvenir impérissable, sans doute parce que l'énergie de l'artiste était beaucoup plus facscinante et a focalisé mon regard, la cohabitation sons instrumentaux/sons électroniques et traitements en temps réels était des plus réussis. J'avoue que très souvent dans ce genre de performance, je déplore le manque d'unité, de cohérence entre les instruments, les sons électroniques et les traitements, ici l'osmose était parfaite? Rien qui ne semble incongru, rajouté, anecdotique, tout sonne juste, puissamment juste. Juste un petit bémol à cette pièce bourrée d'énergie, j'aurais aimé qu'elle aille au-delà de ses quinze minutes, mais aux vues la performance physique de l'artiste...

 

 


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Côté médiation via les ondes, pour la 2e année consécutive, des membres de Radio Campus Bruxelles viennent planter leurs studios temporaires de Radio Sonic. Interwievs, reportages, cartes blanches, mixes live, se succèdent au début du festival, durant son installation, et resteront écoutables et  téléchargeables par la suite sur le site City Sonic. Le tout est orchestré d'une main de maître par une sympathique et dynamique équipe bruxelloise, que j'ai eu grand plaisir à retrouver cette année.

Autre coup de cœur lié à la soirée inaugurale, la dégustation de bières locales. Des brunes, blanches, ambrées artisanales, non filtrées, à la fois puissantes (attention aux abus) et finement équilibrées. Il fallait aussi parler de ces sons pétillants des et autres montagnardes qui participent à la réussite d'une soirée !

Mais tout n'est pas parfait dans le domaine des sons, sinon cela se saurait.
Comme chaque années dans ce genre de festival, certaines sonorités viennent nous rappeler que leurs vibrations se glissent insidieusement dans des espaces où on ne les attend pas, en  force parfois ,  qu'il est difficile de les cloisonner, de faire cohabiter moultes sources sonores entre elles, que certaines deviennent hégémoniques, en étouffant littéralement d'autres, que les compromis sont parfois bien difficiles à gérer.
Ainsi Boom Biddy Bye Bye d'Elisa Pône, où de petit 4X4 télécommandés sillonnent l'espace avec un haut-parleur sur le toit, diffusant de puissantes explosions, pétarades et autres tonitruances... Seulement voilà, tout à côté les Locus Stream et et rouleaux de plumes sus-cités s'en trouvent si fortement perturbés, que l'on baissé a minima le sons des 4X4 crépitants, jusqu'à ne plus entendre que lleurs petits moteurs électriques. L'œuvre s'en trouve alors dénaturée , perdant même toute sa signification initiale baignée d'une hargneuse violence.
Autre conflit de cohabitation dans l'espace d'exposition consacré aux objets-sons, où Stairway to Heaven de David Renggli mange littéralement tout l'espace par sa bluette acide et criarde. Un compresseur vient actionner un orchestres de flûtes en bois jouant sans cesse une mélodie, émaillée de fausses notes, ce qui fait que ce robot musicien reprend au début, à n'en plus finir. Si le principe de l'erreur et de la répétition créatrice n'est pas inintéressant, le sons des flûtes, souvenez vous vos débuts de musiciens à l'école, sans parler du compresseur qui se recharge régulièrement ne laissent que peu de place aux œuvres voisines et mettent les nerfs à rudes épreuves (parlez en aux gardiens au bout d'une seule journée).
Là encore, on coupe régulièrement les sifflets à cette sculpture pour maintenir dans l'exposition une ambiance supportable.



Lorsque je cite ces dysfonctionnements, ce n'est pas du tout l'œuvre que  je juge négativement, loin de là, mais je souligne simplement la difficulté, que connaissent bien les commissaires d'exposition, de gérer des espaces où le son est présent sous de multiples sources.

 

Mais au delà de ces petites conflits d'espaces sonores, City Sonic reste un  parcours incontournable de par la diversité et le renouvellement au fil des ans de ses propositions. Il est donc difficile d'en faire le tour par écrit, sinon d'en brosser un portrait partiel et tout à fait personnel. L'impression générale étant que les espaces d'écoutes, les œuvres et les rencontres font de ce rendez-vous un moment dont j'attends chaque année impatiemment le retour.

 
D'ailleurs c'est décidé, cette année, à peine revenu du vernissage, d'y retourner pour promener mes oreilles dans Mons au pas à pas, et en profiter pour réentendre et revoir certaines pièces.

 

Je parlerai donc plus en amont d'autres créations et artistes au fil de la mise en ligne d'interwiews et de sons City sonnants.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #FESTIVALS