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CREATION SONORE EN ESPACE PUBLIC

CHALON SUR SONS, A LA RUE 2010

Un festival des arts de la rue ça s'entend !

Les commédiens usent de la voix et du mégaphone pour vendre ou jouer leurs spectacles, les fanfares sillonnent les rues, des pétards et explosions en tout genre ponctuent l'espace, le public ovationne, parfois...
C'est d'ailleurs tout ce qui crée l'ambiance sonore typique et parfois un brin tonitruant d'un festival en espace public, qu'il soit des arts de la rue, féria ou autre manifestation festive investissant les places extérieures.
Mais ce qui nous intéressera,  plus particulièrement aujourd'hui, au retour du festival des arts de la rue "Chalon dans la rue", ce sont les expérimentations sonores créées pour et dans l'espace public, hormis bien entendu les nombreuses fanfares jazzy, funky, latino, klezmer...
Cette création sonore qui pourrait de prime abord paraître très abondante, mais qui n'est pas finalement si inventive que cela, concernant en tout cas les arts de la rue qui nous intéressent ici.

D'ailleurs la qualité sonore dans l'espace public se joue souvent, sans même penser spectacle ou installation, sur des détails que programmateurs et artistes ont une fâcheuse tendance à oublier ou à négliger, au grand dam des oreilles des spectateurs.
Des spectacles qui se chevauchent acoustiquement, des sonorisations survitaminées, ou indigentes, des espaces urbains où ni l'instrument ni la voix ne sonnent, des voix qui ne sont pas aguerries à l'espace extérieur, des créations mal pensées pour des espaces trop grands, ou trop petits, un manque d'imagination dans des dispositifs qui se reproduisent de lieu en lieu, pour le meilleur et pour le pire...

Ou bien encore les ravages d'une pensée transversale à tout crin, si elle n'est pas transdisciplinaire transdisciplinaire, avec des plasticiens ou dramaturges qui se prennent pour des créateurs sonores, et des créateurs sonores qui se prennent pour des plasticiens. Constatons tous les dégats collatéraux que cela peut engendrer.

Pourtant, en 2000,  Pascal Dores, Rémi Dury, Serge de Laubier, Christophe Rappoport, Riké (Métalovoice), Gilles Rhode, Michel Risse, Pierre Sauvageot signent un manifeste pour un art sonore en espace libre, publié à l'époque dans la revue Strada, manifeste que je cite ci-après.

 
   

[MANIFESTE POUR UN ART SONORE EN ESPACE LIBRE]

L'espace libre, malgré et grâce à ses pollutions sonores, apparaît comme le lieu le plus propice à l'invention d'un nouvel art sonore. La prise en compte de l'espace comme paramètre d'une oeuvre, et l'importance donnée au contexte d'écoute ouvrent un champ d'innovation à peine exploré.

L'Art Sonore en Espace Libre n'appartient pas aux genres musicaux et autres sous-classifications. Il n'est pas seulement de la "musique", mais bien une "écoute" du monde que le créateur propose au public, et qui laisse son empreinte dans notre perception du monde.

Il permet à des inventeurs venus d'horizons différents - compositeurs, improvisateurs, luthiers, plasticiens, "performeurs", metteurs en scène, décorateurs sonores, ingénieurs du son, informaticiens... - de confronter des approches très différentes, complémentaires, et d'aborder un art transdisciplinaire.

En plus des outils traditionnels de la musique (hauteur, durée, timbre, intensité), il intègre dans le texte même de l'oeuvre une série totalement ouverte de paramètres : spectre, image, espace acoustique, dynamique, mouvement spatial, implication sociale, objet, source, support... sans hiérarchie d'aucune sorte.

Le contexte d'exécution est l'objet de soins au moins égaux que le texte , et peut même aller jusqu'à en constituer l'élément essentiel.

Art "vivant" par excellence, il se modifie en permanence en fonction des conditions de représentation ou de perception.

Il remet en question la notion d'auteur, qui peut être multiple, collectif et variable, et ne saurait se réduire au responsable d'un thème principal ou d'un texte musical solfié.

Hors des contextes d'écoute prétendument neutres (lieux et heures "de concert", stéréophonie domestique, rapport frontal, "robinet à musique" radiophonique...), il peut survenir dans tout espace - requalifié de "libre" -, utilisé pour ses qualités propres.

L'Art Sonore en Espace Libre rencontre de nouveaux auditoires, exigeants et profanes, il réinvente les relations entre la musique - les sons écoutés pour eux-mêmes - et notre environnement sonore.

En faisant de la Ville l'objet, le sujet et l'espace d'invention, en se nourrissant de l'action ou des sonorités des éléments naturels, des bruits naturels ou industriels, des situations d'écoute ou de non-écoute, il replace la création musicale au cœur des problématiques politiques et artistiques d'aujourd'hui.

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On connaît aujourd'hui le travail de Michel Risse (décor sonore), Pierre Sauvageot, (Lieux publics) la compagnie de l'Eléphant vert et d'autres encore.
Mais il me semble parfois que la notion de création sonore créée et adaptée à un espace public donné, en terme de composition, de diffusion, de dispositifs ne soit pas si avancée que cela.
Au retour de Chalon dans la rue, je prendrai néanmoins trois exemples de spectacles où le sonore est en quelque sorte la vedette, ce qui, malgré les apparences, n'est pas si souvent le cas dans les arts de la rue.
Trois spectacles, trois pensées, trois dispositifs, trois ambiances...
Les deux premiers seront illustrés d'un montage sonore, carte-postale réalisée in situ, dans l'espace chalonnais. Pour le dernier, l'écoute au casque qu'il proposait n'etant pas très propice à l'enregistrement...
Ces enregistrements ne sont que des traces, des rendus personnels tout à fait subjectifs. Il est évident que d'autres festivaliers, ou preneurs de son, avec leur sensibilité, leurs oreilles, leur choix de parcours, et les aléas de l'espace public l'auraient certainement entendus et rendus très différemment.

   

 

 

TRAGEDIE ! Un poème

 

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Fiction plastique et sonore pour 14 Héros et une place publique.
Dans l'espace de verdure du Conservatoire de Chalon, Des arts Sonnants a déambulé au sein d'une inquiétante ambiance nocturne, tantôt sourde tantôt survoltée, et tenté de capter l'étrange atmosphère sonore et visuelle de "Tragédie ! Un poème".
Ce spectacle protéiforme, mêlant installations plastiques, dispositifs sonores, chorégraphies et jeux d'acteurs, est  co-écrit par Emma Drouin (2e Groupe d'intervention) et Stéphane Marin (Espaces sonores).
Le spectateur auditeur se promène librement sur un vaste site, d'installation en installation, de rencontre en rencontre.  Le son tient ici, à l'égal de l'écriture chorégraphique, plastique et dramatique, une place de choix. Il rythme, ponctue, commente, digresse, raconte, se fait chuchotant ou se révolte, voire pousse à la révolte. Il a (enfin) une existence propre sur un spectacle ambitieux. Les sons électroacoustiques savamment spatialisés répondent et dialoguent en contrepoint aux voix, aux chants et aux cris des comédiens/danseurs, créant une série de paysages sonores surprenants.
De tragédies en rires, des instants mouvementés alternent, souvent marqués de violences et de révoltes, entre noirceur et espoir, trivialité et poésie.
A voir tout autant qu'à écouter.
J'ai d'ailleurs longuement discuté, après avoir vu le spectacle, avec Stéphane Marin, le créateur d'Espaces Sonores. Le regret que j'ai aujourd'hui est de ne pas l'avoir enregistré (mais ce n'est que partie remise) tant il est prolixe et engagé à défendre l'art sonore en espace public, à réfléchir sur des territoires d'écoute, des dispositifs, des systèmes de diffusion, des projets tout terrain où le son est pensé, non plus comme un média-matière première, mais comme le pivot central de sa création. A suivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ru(EM)eurs

 

http://www.oisiveraie.com/images/images_mb/musicabrass_acceuil.jpg 

 

MusicaBrass est une fanfare de rue. J'avais pourtant bien dit que je parlerai création sonore et non pas fanfare. Et pourtant, Musicabrass, depuis sa création, en 1984, se joue véritablement des sons urbains pour nous faire (ré)écouter la ville, et parfois des sons en milieu naturels (Les fabulations de l'écho) - avec une écriture sonore et musicale pour l'espace public en quelque sorte.
Les sons instrumentaux, s'ils sont parfois joués de manière "classique", en tout cas pour une fanfare, servent aussi à guider notre écoute vers des terrains plus inattendus, plus in-entendus pourrait on dire.
L'espace sonore urbain est à la fois révélé, amplifié, chamboulé, imaginé, déconstruit, recréé...
Fanfares disloquées, bruitages incongrus, ou réalistes, installations sonores et performances instrumento-vocales, parcours de rues bruyantes en cours intérieures bruissantes, manipulations de prothèses auditives, d'objets bruitistes, chantiers sonores... tout cela marque un parcours d'écoute poétique, drôle, décalé, où l'oreille a avant tout le droit de cité !


 

 

 

 

Pour en savoir plus sur le spectacle

  

 

 

 

 

Le Babel sonore (Compagnie caracol)

 

 

Une soixantaine de personnes prennent place sur des bancs, à l'intérieur d'un kiosque à musique, endroit prédisposé s'il en est pour l'écoute, et chaussent des casques audio.
Face à eux, Maria Beloso Hall de la Compagnie Caracol, artiste conteuse, comédienne, globe-trotter et parfois scientifique, mène le jeu.
Devant un clavier informatique, elle nous propose de nous connecter dans différents endroits de la planète pour y écouter "en direct", des conversations dans un métro, des baleines chantantes, un chauffeur de taxi à l'autre bout de la planète, une incantation des moines tibétains, un nid d'aigles à 3000 mètres d'altitude...
Derrière elle, une carte où scintillent des points de connexions.
Le public peut demander à aller écouter un lieu, si la connexion existe bien entendu.
C'est un spectacle plutôt drôle, malicieux, poétique, avec des sons présentés comme une sorte de carnet de voyage virtuel en temps réel, et des approches géographiques, scientifiques, sociales, finement orchestrées par notre guide qui commente les univers sonores au micro...
Le plus surprenant est de voir les visages épanouis et d'entendre les  commentaires des visiteurs écoutants, encore sous le charme de leur voyage intérieur, immobile, au creux de l'oreille, et qui n'ont pas saisi au final qu'il ne s'agissait... que d'un spectacle.
Le son nous joue parfois des tours, mais l'illusion est si belle qu'il ne faut point la bouder...

 

 

Compagnie Caracol, site Babel Sonore

 

 

 

Et je pourrais encore rajouter pour conclure, les très  belles sculptures sonores,  tout en métal récupéré de Zo Prod qui, même si les endroits où elles sont placées ne les mettent pas forcément en valeur, font le bonheur des enfants, et des grands qui les accompagnent !

 

Chalon dans la rue, au risque de s'attirer les foudres de guerre des pluristes, ose donc, même timidement, sortir des sentiers battus pour s'aventurer entre autre dans des œuvres véritablement sonores.

Encore faut-il pouvoir les repérer dans une programmation dédiée  initialement aux arts de la rue qui ont, au fil des années, développé leurs codes et leurs écritures spécifiques.

 

Tout cela me fait dire une fois de plus, qu'après la tentative avortée de Sonorama à Besançon, il manque un événement dédié à la création sonore, au sens large du terme, sur le sol français. A défaut de cela, pourrait-on tout au moins envisager une réflexion en vue intégrer  intelligemment des œuvres sonores dans des festivals pluridisciplinaires, naviguant allègrement entre arts vivants, arts plastiques, créations numériques...


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #FESTIVALS