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L'ART DES SONS SELON ARTPRESS


L'Art des sons, The Art of Sounds

 

 

Un numéro récent spécial pour les arts sonores, quelle aubaine, a priori. C'est Art Press qui s'y est collé, en ne publiant pas seulement un dossier, mais bien un hors-série entièrement consacré à la création sonore, preuve en est,  s'il est encore nécessaire de le démontrer, que le sonore, à défaut d'être totalement reconnu, à bien le vent en poupe.
J'ai donc acheté, dés sa parution, ce numéro spécial, en espérant, au regard des signatures qui ont collaboré à cette revue, trouver du grain à moudre pour envisager les arts sonores dans une diversité de points de vue vivifiante?
Hélas, mes espoirs et mon enthousiasme furent assez vite déçus, en tout cas dans l'entame de cette publication. En effet, les premiers articles ont la fâcheuse tendance, hélas par trop habituelle dans certaines revues d'art, à succomber à l'appel d'un intellectualisme  stérile, qui non seulement ne pose guère de problématiques intéressantes, de matières à rabattre sur  des pratiques contemporaines, mais se contentent souvent de végéter dans des limbes n'amenant aucun éclairage intéressant sur la cause sonore.
David Toop nous parle, avec ses belles sentences dont il a le secret, d'une écoute axée sur le regard de la peinture, mais  quid de ce qui pourrait faire lien avec la création contemporaine. Alan Weiss nous emmène sur des territoires mortuaires, voire  mortifères, avec de vagues liens, très, trop ténus, avec la création radiophonique. Christophe Kihm quand à lui, dresse un portait assez bien synthétisé du collectage sonore, mais ce dernier n'apporte aucun élément nouveau , et  de plus ne fait aucun lien,  ce qui pourtant semblerait au combien intéressant, entre collectage et pratiques de field recording, paysage sonore et autre soundwalk, dans la mouvance actuelle écologico-sonore. Bref, après ce début empêtré dans ses réflexions auto-centrées et assez poussif,  on a fort envie de jeter la revue et de ne pas pousser plus loin la lecture de ce qui apparaît comme une suite de pensums ennuyeux et décousus. Heureusement pour les lecteurs persévérants, les articles centraux, tels la question d'une instrumentation mondiale par David Zerbib, les notations sonores, entre programmations et codages par Nicolas Donin, la question des lieux d'écoute judicieusement  illustrée d'exemples et clairement explicitée par Yann Rocher, viennent nous tirer d'une torpeur entre poncifs et intellectualisation quelque peu gratuite.
L'article consacré à Janet cardiff aurait pu être lui aussi  intéressant, si Rahma Khazam ne pré-disait, voire ne pré-contraignait pas la réponse de l'artiste pas ses questions fleuves où tout est déjà très orienté, presque ficelé, avant que l'interwievé n'ait eu le loisir de répondre.
 Alexandre Castant, tout en émettant l'hypothèse intéressante d'une plastique de l'inaudible, louvoie de façon parfois obscure entre images et sons, en revenant lui aussi sur une pensée nécrophile, signe des temps présents ?
Bastien Gallet qui se montre souvent un remarquable défendeur de la création sonore contemporaine, nous entraîne dans une réflexion touffue autour du fictionnel dans l'art musical, et éventuellement sonore, qui mériterait d'être développée pour nous accrocher à ce que pourrait être le futur (ou le quotidien ?) du sonore, cyborgs et dispositifs hi-tech compris.
Brandon Labelle, entre bruits et silences, entre musiques et sons, reste lui aussi sur une histoire  du passée, qui peine à raccrocher en direction  des recherches actuelles, et c'est certainement ce qui manquera le plus à cette revue. Défendre la cause du sonore suppose effectivement lui construire une histoire, mais une histoire qui s'ancre dans des pratiques au quotidien, de façon à donner chair à ce que l'on nome ici l'art des sons. Je sais bien que la pensée, tout comme les vibrations sonores sont immatérielles, mais pourquoi les rendre parfois plus abscons qu'il ne le sont en réalité, par une couche de discours critiques, méandreux et distanciés, à défaut d'être clairs.













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