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LE SONORE EST-IL SOLUBLE DANS L'ART ?


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IL est parfois agréable de jouer les avocats du diable, en mettant à mal la cause même que l'on défend bec et ongle, histoire peut-être de voir comment elle résiste à ces assauts.

On peut se sentir alors comme celui qui scierait la branche sur laquelle il est assis, avec peut-être l'idée que rester trop longtemps assis sur une même branche ferait prendre racine à des idées trop ressassées, trop exemptes de recul critique, et qui ne remettraient plus assez en question leurs propres fondements.
Donc scions et tranchons dans le vif.
La question polémique du jour étant de savoir si le sonore, entendons par là le sonore conceptuel, la création sonore, était soluble dans l'art.
En me promenant de festivals en friches artistiques, d'écoles en ateliers, de workshops en symposiums, j'ai l'impression qu'aujourd'hui, beaucoup d'artistes "font du son",  un peu comme ils feraient de la cuisine, parfois avec un indéniable savoir-faire et une grande inventivité, et parfois comme une horrible pitance purement alimentaire.
Il y a quelques années, la chose sonore, sans pour autant être confidentielle, était l'apanage de quelques plasticiens ou musiciens, et les écoles d'arts supportaient assez mal le fait que des trublions prétendaient, œuvres à l'appui, que l'art plastique pouvait  se construire aussi avec des sons, des timbres, des dynamiques, et autres vibrations acoustiques.
Aujourd'hui, pour le meilleur et pour le pire, la création sonore est à l'honneur, et foisonne, regorge, déborde même d'expériences des plus diverses.
Certains jouent aux apprentis sorciers-plasticiens-compositeurs, appréhendant sans vergogne les outils informatiques et la pléthore d'effets sonores et musicaux qu'ils proposent, de manière parfois basiquement instinctive. Si bien que l'auditeur, devant notamment le flux et la masse des œuvres de supports abandonnées sur les canaux d'internet, ou livrés aux oreilles critiques des arpenteurs de galeries, reste parfois perplexe quand aux intentions premières de l'artiste, au point même de douter qu'il en eût une à la base.
L'installation sonore quand à elle, envahit les espace de monstration, avec des propositions fréquemment conceptuelles et minimalistes, voire pauvres, dans la juste acception du terme. Les sonorités distillées par des haut-parleurs bavards, usent et abusent de bruits blancs sur-saturés, de craquements, grésillements et autres chuintements électroniques. On aimerait beaucoup parfois, entendre d'autres sons, plus "travaillés", ne serait-ce que pour savoir dans quelle mesure l'artiste est en mesure de maîtriser plus ou moins la matière sonore qu'il diffuse, et s'il est capable a minima d'avoir main-mise sur cette dernière. Certes, la tendance électro-minimaliste est revendiquée comme un courant esthétique assumé, comme une couleur esthétique personnelle, et certains pourront lire dans mes propos une arrière pensée réactionnaire et nostalgique du "beau son d'antan", mais quand une majorité d'artistes usent de matières sonores similaires, le simple auditeur que je suis  aspire à un peu de diversité, que diantre !
C'est peut-être là que, par l'usure de la réitération, le sonore se dilue peu à peu dans un artistique formaté, au gré des outils technologiques non maîtrisés.
Et c'est là également que je me dis que, à vouloir forcément mettre des sons partout, la matière sonore se fond, se dissoud dans des courants d'arts qui manquent de respiration, d'aspérités, de reliefs, et qu'il manque des sons qui tireraient l'écoute d'un fond sonore magmatique et crachotant.
La dissolution du sonore dans des pratiques artistiques découle également de la volonté de faire à tous prix du multi, ou du mixed-média. On a parfois l'impression qu'une œuvre ne trouve sa crédibilité que parce qu'elle emprunte à la fois à l'image, aux formes sculpturales, au spectacle vivant, aux sons, et que la complexité et la haute technicité de ses dispositifs, l'empilement médiatique de fumées, de lasers et  d'écrans géants synchronisés seront seuls garants de sa valeur artistique.
Bien des fois, je me surprends à penser que l'œuvre plastique que j'ai devant moi serait plus forte si elle était muette, puisant sa seule force émotive dans sa plasticité physique, que l'image ou le dispositif lumineux se suffiraient à eux-même, et que finalement, l'habillage sonore sur-ajouté ne fait qu'affaiblir sa force émotive et brouiller sa lisibilité.
Du son oui, mais s'il se justifie comme une composante essentielle de l'œuvre, et non comme un habillage plaqué, quand ce n'est pas tout simplement un cache-misère pour redorer si possible une œuvre sans réelle profondeur.
Mais fort heureusement, le tableau que je dresse n'est pas si systématiquement sombre. Dans la profusion d'œuvres sonores actuelles, émergent somme toute de nombreuses réalisations qui savent nous éblouir, nous émouvoir, nous questionner, notamment sur la place de l'écoute dans l'art du XXIe siècle. Les "enfants de Cage" ne s'y trompent pas et y travaillent encore, avec encore de belles perpectives devant eux.


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Tag(s) : #REFLEX'SONS