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LES PERFOREILLES



Troisième édition du festival organisé par la revue LGO/Le Grand Os et de la Cie Lohengrin avec la participation de la librairie Oh les beaux jours, dans le cadre de la manifestation nationale Le Printemps des poètes.



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Axée sur la poésie orale et sonore, la programmation du festival fait cette année la part belle à l'action : comment les mots agissent, déplacent les frontières entre l'intime et le public. Retour aux origines mêmes du mot poésie, du grec poieîn, « construire, fabriquer » ; la poésie comme action de fabriquer son propre monde.
La diversité des propositions esthétiques des artistes invités reflète bien cette volonté d'ouverture et dessine une sorte de panorama des démarches poétiques : poètes de l'oralité brûlante (Antoine Boute, Sébastien Lespinasse), poètes-performeurs du corps et de l'action (Bartolomé Ferrando, Catherine Froment, Séverine Astel), poète musicien des intensités sonores (le percussionniste-monde Lê Quan Ninh), poètes-comédiens investissant le théâtre pour mettre la représentation en état d'expérience et d'ébullition de la sensibilité (Aurelio Diaz Ronda et Pasina & Cie, Cie Lohengrin), poètes de la rencontre et du frottement des langues (Huilo Ruales Hualca, romancier et poète équatorien, André Robèr, poète d'expression créole).
Lieu privilégié d'interrogation du poème, la conférence-action d'Yves Le Pestipon sur les paysages de la parole fera écho aux performances et lectures.


Jeudi 10 mars // 21h
Catherine Froment lecture-performance
Huilo Ruales Hualca poésie-lecture
Sébastien Lespinasse récit poème
Cie Lohengrin lecture
et une courte intervention de André Robèr

Vendredi 11 mars // 21h
André Robèr poésie-lecture
Antoine Boute poésie sonore
Aurelio Diaz Ronda / Pasina & Cie danse-théâtre-poésie
et une courte intervention de Bartolomé Ferrando

Samedi 12 mars // 19h
Yves Le Pestipon conférence-action : « Passage, paysage : de Giscard à Guittard »
Samedi 12 mars // 21h
Séverine Astel performance
Lê Quan Ninh musique improvisée
Bartolomé Ferrando performance
Cie Lohengrin poésie-musique
et une courte intervention de Antoine Boute


http://legrandos.blogspot.com
http://librairieohlesbeauxjours.com
http://www.printempsdespoetes.com/




Prononcer juste

 


"On peut tomber dans l’altitude, comme dans la profondeur. L’élasticité de l’esprit empêche cette chute-ci, la force de la gravité propre à la sobre réflexion prévient celle-là. Toutefois, à condition qu’elle soit juste, et fervente, et lucide et vigoureuse, la sensibilité constitue sans doute la meilleure sobriété, la meilleure réflexion du poète." Hölderlin


Osez pousser la porte du Théâtre du Hangar pour le festival Perforeilles où poésie et performance s’invitent sur le plateau. Non, il ne s’agit pas d’une initiative réservée à l’intelligentsia toulousaine habituée à lire Michel Deguy. En matière de poésie contemporaine, un réflexe idiot crispe les meilleures volontés. On pense à tort : "Ame futile s’abstenir. Conseillé aux hyperréflexifs. Domaine réservé aux éduqués et aux lettrés." On vous assure si besoin en est qu’il faut se libérer de ses mauvaises pensées. Car le Clou est sorti véritablement enchanté et même avouons-le complètement exalté des découvertes faites lors de cette première soirée. On parle bien de poésie contemporaine pourtant ? Le talent des artistes rassemblés dans ce bref festival parvient totalement à faire lâcher les résistances et à convaincre : loin des dérives abstraites, la poésie n’est pas une expérience incommunicable mais matière sonore et sensible à partager.

Trois soirs pour les amoureux du verbe

Dans le cadre du Printemps de Poètes, la Compagnie Lohengrin, la revue Le grand Os et la librairie Oh les beaux jours s’associent pour assurer une programmation de trois soirées avec pléthore d’artistes  annoncés comme ci : poètes de l’oralité (Antonio Boute, Sébastien Lespinasse), poètes-performeurs (Bartolomé Ferrando, Catherine Froment, Séverine Astel), poète musicien (le percussionniste-monde Lê Quan Ninh), poète comédiens (Aurélio Diaz Ronda/Pasina et la Compagnie Lohengrin ), poètes de la rencontre et du frottement des langues (Huilo Ruales Hualca, romancier et poète équatorien, André Robèr, poète d’expression créole).
Au menu, de la matière à réflexion aussi avec une conférence-action intitulée "Passage, paysage : de Giscard à Guittard" animée par Yves Le Pestipon. Un foisonnement d’expériences à vivre en perspective. Et cela se sait déjà : le festival démontre qu’au moment de sa troisième édition, il a déjà fait le plein de fidèles ; c’est en effet dans une salle débordante d’amoureux du verbe et d’amateurs de performances que s’ouvrait la première soirée.

"La chute est magnifique"

Le poète équatorien Huilo Ruales Hualca ouvre le bal ; assis seul à une table, lunettes posées sur le nez, poèmes en main écrits sur des feuilles en désordre, d’une adresse sentencieuse, il déclame ses vers. Simplicité du dispositif, aucun effet ni artifice, seul le texte et la voix assurée pour le faire raisonner suffisent. Il s’interroge sur l’identité du poète et la définition de la poésie. Avec "Comment être fortuné sans avoir besoin de chance" le poème se fait l’écho d’un  vécu  lentement déposé puis sédimenté dans les profondeurs mémorielles de l’expérience. Suivent une brève apparition du poète créole André Robèr et l’étonnante présence de Jacques Lacan avec le texte "Télévision" repris l’hiver dernier à la Cave poésie par Didier Roux. Et là pourrait s’amorcer un long débat : serait-ce l’obscurité et la densité des concepts opératoires de la psychanalyse dont on n’a jamais fini d’épuiser le sens qui rendraient le propos poétique ? Peut-être.
Rupture totale et place à la mise en scène de la parole avec Sébastien Lespinasse. Il nous lit des extraits d’un roman écrit de sa main où il narre les aventures au déroulement imprévu de Fougax et Barineuf. A travers eux, il s’étonne de la réalité multiple et fuyante du moi et des instances qui divisent le sujet. Je ne suis pour l’autre que le rapport dans lequel j’entre avec lui. Troubles à l’écoute de cette pensée "J’aimerais vraiment te faire naître parce que je sais que tu me manques déjà." Le poète abandonne progressivement le jeu pour évoquer à pas de loup et beaucoup de pudeur l’expérience du sentiment d’étrangeté par rapport à sa propre vie. On en sort piqué au vif.
Un pas de plus dans l’écart avec Catherine Froment qui livre une performance à partir d’un propre texte, à l’imagination incroyablement féconde, désabusée et parfois à mourir de rire. Elle fait le récit de chutes successives où après les mots d’amour, les coups pleuvent, le corps est maltraité : "je découpe mes tétons au cutter et je demande des tuyaux aux infirmières". A plusieurs reprises, elle tombe frénétiquement au sol comme aspirée par un trou d’air et se relève aussitôt pour renaître ailleurs. Mais après chacune de ses renaissances, le chaos se réinvite et la chute est de plus en plus raide et rapide. A la fin, cheveux enduits de peinture, le visage de talc, et le corps empaillé, elle offre l’image figée d’un oiseau mythologique pétrifié. Stupéfiant !
Durant cette soirée, le spectateur a éprouvé des ambiances variées du plus feutré où priment simplicité et nudité de l’expression du vers à l’enflure de l’excès. Sacré trajet.


Publié le 12 Mars 2011

||Katia Fallonne

 

 

 

 

 



 
 
Tag(s) : #FESTIVALS