Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

SONORAMA 2009
IMPRESSIONS POST-FESTIVALIERES


Après avoir arpenté durant quatre jours la ville de Besançon, chroniquant pour le blog Sonorama, rencontrant moult artistes et passionnés du monde sonore, enregistrant ça et là quelques bribes de sons, et après avoir laissé décanté les images, sons et impressions laissées par cette première édition, je tente ici une première synthèse de mes ressentis, avec les temps forts, et les points qui m'ont laissés plus dubitatif.



http://www.sonorama-besancon.com/img/Plan.jpg





SONORAMA, Terre de rencontres et d'échanges
Le premier bilan personnel que je tirerais de ce festival, c'est l'incroyable creuset de rencontres tous azimuts que j'y ai fait. Artistes, collectifs, média,  opérateurs culturels, il était difficile de faire quelques pas sans rencontrer un acteur de la création sonore, tous secteurs confondus. Aussi, pour moi qui suis persuader qu'un réseau doit se tisser, se ramifier, se consolider autour des arts sonores, j'ai trouvé là une manne pour parler projets, en cours ou à venir, pour confronter les problématiques de chacun, entre difficultés et espoirs.


Eric Samakh, Incertain son


Des lieux, des genres et des moments
Visiblement, l'équipe de programmation réunie pour la circonstance, à savoir Vincent Carry, Jérome Delormas, Philippe Franck et Jean-Marie Songy, s'était donné pour mission d'embrasser différents champs de la création sonore et de les proposer sur le festival de façon à réunir un large public, voire des publics, autour de la chose sonore, qu'elle soit installée ou scéniquement représentée. Dans l'idéal, on pourrait souhaiter qu'un officinados  de l'installation sonore croise des spectacles vivants, aille écouter la jeune (ou moins jeune) scène électro au cours des nuits endiablées de la friche, bref que chacun en profite pour découvrir toutes les facettes du sonores proposées à Besançon.
Néanmoins, si on regarde de plus prêt la répartition géographique et temporelle des propositions, je ne suis pas sûr que tout ait fonctionné de la sorte.

Côté installations, on les trouvait toute la journée, et jusqu'à tombée de nuit, réparties dans la ville de Besançon, en intérieur comme en extérieur. L'effort a été mis sur la diversité, avec des œuvres présentant des qualités plastiques indéniables, tant du point de vue sonore qu'esthétique, questionnant des pratiques, des points de vue (ou d'ouïe), des réflexions sur le statut-même des sons, de ceux qui les manipulent, et de ceux qui les écoutent. Jeunes générations comme plus anciens routards du son s'y croisaient avec bonheur, entre installations très "plastique sonore", bricophonies et autres dispositifs ludiques, installations acousmatiques, sculptures sonores environnementales, mécaniques, associées ou non à des performances. Bref, un choix apte à satisfaire connaisseurs comme novices. Des propositions itinérantes, entre installations et parcours sonores interactifs environnementaux, faisait découvrir, armé de système d'écoute GPS ou de stéthoscopes, des scènes sonores confrontant réalités et narrations sonores fictives, ou bien des micro-sons cachés ça et là, que l'on découvrait à l'aide de cartes où étaient tracés les circuits d'écoute.

Côtés spectacle vivant, on pouvait remarquer deux , voire trois genres différents. Outre les performances associées à des installations que j'ai déjà mentionné, ou une proposition atypique de Transitscape présentant tout à la fois des actrices performeuses associées à un système de communication audiovisuel complexe, on trouvait des spectacles de rue, des concerts plus "classiques", mêlant musiques contemporaines, électroacoustique et autres formes plus difficiles à définir, et enfin des "nuits sonores "plus electro-dance, entre post-rock, noisy et disco mutant tous azimut.
Les spectacles de rue étaient répartis sur toute une journée, et dans de nombreux quartiers de la ville. En fin de journée, un grand spectacle faisait généralement la jonction entre une fin de programmation dans tout l'espace urbain et le début des nuits électro de la friche.
Une cour intérieur du Palais Granvelle et une petite salle toute proche accueillaient des concerts en après-midi.
Reste à savoir si les publics ont réellement circulé entre ces différents lieux et moments, ou se sont arrêtés entre deux, pour découvrir une proposition de façon impromptue. Au dernier jour du festival, j'ai eu l'impression, en discutant avec différentes personnes, que pour certains, Sonorama se résume à trois grandes nuits dédiées à la scène électronique, pour d'autres un à parcours entre installations et spectacles vivants, mais que bien peu, quelques professionnels mis à part, avait osé tous les genres.



http://a10.idata.over-blog.com/0/02/59/18/2009-09/sonorama/Autoradiohotel.jpg
Autoradiohotel

Le son installé
Par rapport à ce que je viens d'écrit précédemment, j'avoue avoir très nettement privilégié les installations et parcours sonores dans mes temps et choix de visites même si j'ai tenté d'aller voir et entendre d'autres formes. Pour ma défense, quatre jours sont bien vite passés pour espérer faire le tour de l'ensemble de la programmation, et il est bien rare de ne pas repartir quelque peu  frustré d'un festival de ne pas avoir vu telle ou telle chose. C'est presque une contrainte admise de façon quasi systématique. Ceci étant, comme je l'ai dis précédemment, j'ai beaucoup apprécié la diversité et la qualité des œuvres présentées, même si je pense ce tout jeune festival pourrait encore enrichir sa programmation.  Tout d'abord, il me semble qu'il m'a manqué une ou deux grandes installations plus monumentales, peut-être plus emblématique des arts sonores. En effet, seul deux installations acousmatiques au demeurant très belles ( Chapelle of Love d'Alexander Macsween et Vanishing points d'Yvan Etienne et Brice Jannin) investissaient des espaces assez vastes. J'aurais pour ma part aimé croiser une installation plus monumentale, où l'on se sent plus immergé, subjugé, du type Paul Panhuysen, Denys Vinzant, Peter Bosch et Simone Simons...
Autre constat, qui n'est pas seulement le mien mais aussi celui de beaucoup d'artistes, les œuvres installées sur quatre journées seulement n'ont guère de temps pour rencontrer sereinement du public. ce dernier en effet se déplace en masse pendant le week-end, rendant la visite et l'écoute des œuvres Oh combien difficile et inconfortable, surtout si elles sont accompagnées de performances et de médiations des artistes qui travaillent parfois à flux tendu, dans une sorte "d'abattage" pour reprendre le mot de certains, entre scolaires et familles qui se bousculent. Serait-il envisageable d'installer plus durablement les œuvres, (au moins un mois ?) comme le fait par exemple City Sonics à Mons, tout en gardant quatre jours de rencontres plus intenses, avec spectacles, médiations et gros événements à l'appui, comme point d'orgue à Sonorama. Le public pourrait ainsi s'approprier les installations dans de meilleures conditions, et on conserverait les journées de rencontres et de points forts événementiels comme pivot central du festival. A ce sujet, je retiendrai, côté point fort et événement tonitruant, l'impressionnante mascleta, concert de pétards, spécialité espagnole valkencienne - tout feu tout flammes et dans une énergie sans pareille !
Sinon, une petite déception personnelle, mais qui dans ce contexte là est pour moi très importante : la qualité des systèmes de diffusion sonore, outre les spécificités acoustiques de lieux tels la Friche Pré de vaux, n'est pas toujours de mise. J'ai par exemple été très déçu des écoutes effectuées dans la petite cour intérieure du Palais Grancelle, équipées quatre grosses façades très "sonos" et très brouillonnes. Comment écouter ainsi dans de bonnes conditions un live de Bérangère Maximin, dont la prestation très électroacoustique demanderait un système audio plus fin, et plus répartit dans l'espace. De même, le son du curieux et envoûtant concert d'ondes Martenot par Julie Normal m'a paru très dévalorisé par cette même diffusion. On aurait souhaité nettement mieux d'un festival qui défend la cause sonore. Défaut de jeunesse à améliorer...


http://www.sonorama-besancon.com/backoffice/uploads/artist_46/1252450462.jpg
Transitscape - Insert Coin


En attendant 2010, et après ?
Malgré les quelques points qui me semblent améliorables, je pense que, même si le festival met quelques éditions avant de s'ancrer dans le paysage bisontin (et il lui faudra peut-être bien trois ans !) et pour que le(s) public(s) y trouvent leurs marques, Sonorama est une manifestation de tout premier ordre pour défendre la cause sonore dans tous ses états. Encore faut-il évidemment que la municipalité porteuse de projet veuille bien pérenniser cet événement, pour que Troisième pôle, l'agence prestataire et les quatre directeurs artistiques puissent faire évoluer le projet vers des directions inédites et jusque là inouïes.
J'attends donc la prochaine édition avec curiosité. Peut-être la mise en place de ce festival, s'il correspond vraiment à une volonté de Besançon de fédérer des projets ambitieux et durables autour d'une culture sonore pourrait servir de creuset, de terrain d'expériences à la mise en place d'un grand centre ressource autour de la création sonore contemporaine - sujet qui me tient tout particulièrement à cœur et dans lequel il reste tant à faire !











Tag(s) : #FESTIVALS