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COLLOQUE SONATORIUM #2

Ecole Nationale Supérieure d'Art de Bourges

les 27 et 28 mai 2010



SONOTORIUM #2  CE QUE LE SON FAIT À L’IMAGE

http://www.ensa-bourges.fr/images/stories/evenements/conferences/gravure%20voyageur%202.jpg

 

 

Ce colloque se propose de réunir, pendant deux journées, des artistes, historiens, critiques et théoriciens autour de l’étude des relations de l’image et du son telles que les posent ou les actualisent des travaux artistiques et cinématographiques modernes et contemporains. Son intitulé « ce que le son fait à l’image », marque une découpe singulière dans le très (trop) vaste ensemble désigné par ces relations. Il faut en entendre clairement les implications dans une restriction qui se concentre sur les effets structurels, matériels ou formels produits par certains usages du son sur l’image. Ce qui revient à imprimer une torsion aux termes qui servent communément à poser ces relations, où l’image est un élément structurant et le son un élément second, dont l’usage se précise dans des fonctions subalternes (accompagnement mimétique, dramatisation, etc.) Il s’agira donc de spécifier, à partir de l’étude d’agencements spécifiques de l’image et du son, et grâce à l’examen de différents travaux, majoritairement issus du cinéma et des arts plastiques, des types de relation de l’image au son où sont amenés à se rejouer les statuts de l’un et de l’autre, et tout autant de comprendre comment ces relations engagent des modes de constructions où se déterminent de nouvelles continuités, de nouveaux écarts ou de nouveaux seuils entre le sonore et le visuel, entre l’audible et le visible.

Deux grands ensembles sont posés à ces deux journées d’étude, « transductions » et « défigurations », qui précisent des modes opératoires différents dans la construction de ces relations du visuel et du sonore . Le premier subsume la grande variété des rapports par contact sous le nom du premier d’entre eux, celui qui a consisté dans les années 1870 à traduire l’onde sonore en un mouvement permettant son inscription sur une surface sensible. Le second s’intéresse aux nouveaux rapports d’analogie entre son et image que les artistes ont expérimenté à partir des années 1910, rapports de « défiguration » dont on explorera aussi l’histoire plus récente, tant du côté du cinéma expérimental que de celui de l’art sonore.
Christophe Kihm & Bastien Gallet
programmateurs de ces journées.



PROGRAMME

JEUDI 27 MAI : TRANSDUCTIONS

 Matinée

•9h30 : Accueil


9h45-12h : Erik Bullot & Peter Szendy (présentation et modération : Christophe Kihm)

Erik Bullot, cinéaste, critique, et Peter Szendy, philosophe, musicologue, s’entretiennent sur les relations de l’image et du son. Leur dialogue est rythmé par des projections d’extraits de films expérimentaux, burlesques ou musicaux (de Laurel et Hardy à John Cage) au cours desquels les performances sonores défient les règles et les usages, conduisant à la destruction et à la transgression des conventions musicales.

 Après-midi

14h-17h : Philippe Langlois
« La synthèse optique, ressource d’une synesthésie audiovisuelle »

17h-18h : Séance d’écoute
Projection de pièces sonores dans la salle d’écoute de l’école en présence des professeurs de l’Ensa : Jean-Michel Ponty, Stéphane Joly, Jean-Luc André [Déficit Des Années Antérieures], Hervé Trioreau et les étudiants de l’Atelier sonore d’esthétique.

Soirée

Performances audiovisuelles (Nadir- friche culturelle l'Antre-peaux)
Jurgen Reble & Thomas Köner : Alchemie

Thomas Köner : La Barca



VENDREDI 28 MAI : DÉFIGURATIONS

 Matinée

•9h45-12h : Marcella Lista
« Optophonétique, phonographie et ornements sonores. Esthétiques électroacoustiques de l'intermedia dans les années 1920 »

 Après-midi

14h-16h45 : Jérôme Poret & Dominique Blais
« Pratiques de l’image dans l’art sonore  » (présentation et modération : Bastien Gallet)

Le travail de Jérôme Poret s’inscrit dans une pratique sonore qui se développe par la traversée d’autres médiums tels que le walldrawing, l’installation, l’écriture ou encore la performance. Interrogeant les mécanismes d’interprétation du réel et de son événement, il appréhende l’architecture comme une structure amplificatrice et émettrice d’un environnement social et artistique donné.

16h45 : Clôture



Présentation de la communication de Philippe Langlois :
« La synthèse optique, ressource d’une synesthésie audiovisuelle »

A la fin des années vingt, est né dans l’univers du cinéma d’animation un procédé sonore unique qui ne trouve pas d’équivalent dans le domaine de la musique pure, que les cinéastes appellent « sons synthétiques » ou « synthèse optique ». Dès l’apparition du cinéma sonore, les recherches menées par certains cinéastes peuvent se résumer en évoquant une quête renouvelée de synesthésie audiovisuelle après la découverte d’un moyen de représenter l’image du son et réciproquement. Cette révolution audiovisuelle, encore mal connue aujourd’hui, verra naître les tout premiers sons synthétiques de l’histoire de la musique, obtenus à partir d’un simple dessin reporté sur la piste optique de la pellicule. A travers les films des cinéastes/musiciens qui s’emparent de cette technique, un panorama synesthésique universel se dessine dans la sphère expérimentale.



Présentation de la communication de Marcella Lista :

« Optophonétique, phonographie et ornements sonores. Esthétiques électroacoustiques de l'intermedia dans les années 1920 »

Entre 1921 et le tournant des années 1930, plusieurs artistes investissent les médias issus de l'électricité en vue d'obtenir une conversion exacte, scientifique, des images en sons. Raoul Hausmann, László Moholy-Nagy, Oskar Fischinger, Rudolf Pfenninger, prennent ainsi le relais de recherches synesthésiques qui, formalisées dès l'époque baroque, ont connu une fortune significative tout au long du XIXe siècle et jusque dans les débuts de l'art abstrait. Ils sondent dans la technologie un moyen de dépasser le langage métaphorique des « correspondances » entre image et son, en détournant les médias d'enregistrement que sont le disque de gramophone et le premier cinéma sonore. A travers ces personnalités artistiques aboutissent autant de propositions différentes, allant de la construction rigoureuse d'un nouvel alphabet sonore, jusqu'à une redéfinition complète de la sensibilité, où trouve à se reformuler l'imaginaire d'un art total à l’aulne d'une convertibilité généralisée. Elles seront étudiées dans le contexte des débuts de l'arrivée du son synchrone au cinéma et des positionnements respectifs du cinéma d'avant-garde et du cinéma populaire. Les remarques émises par le théoricien des médias Friedrich Kittler sur les dissemblances entre traduction et transposition, entre autres, apporteront également un intéressant éclairage sur les débuts de l'intermedia.


Extrait d’un article de Philippe Langlois intitulé :

« L’Alchimie des formes poétiques d’après la performance Alchemie de Thomas Köner et Jürgen Reble »

 La performance « matériologique » nommée Alchemie (réalisée avec l’aide du compositeur Thomas Köner), que Jürgen Reble considère comme l’aboutissement de ses travaux, questionne le fondement même du cinématographe dans ce que cet art possède de plus délicat à savoir l’aspect périssable et la fragilité de son support : la pellicule de nitrate. Dans son essence cinématographique, l’usure du temps ne voue-t-il pas cet art à la l’inexorable destruction de son support ? Pourquoi ne pas mettre alors en scène la lente érosion de son médium et pourquoi ne pas montrer, en l’espace d’une performance, cette destruction en accéléré ?

Le dispositif d’Alchemie se limite à une boucle de film de six mètres provenant d’un film scientifique révélant – au début de la performance – le négatif d’une plante florale qui s’ouvre et se fane (elle même vue en accéléré). En faisant le choix de ces images photographiques, Reble renvoie métaphoriquement à l’aspect doublement éphémère d’un grand tout qui se développe selon le grand schéma directeur : naissance-vie-mort.

Pendant la performance, Jürgen Reble travaille méticuleusement cette matière grâce à tout un jeu de produits chimiques savamment disposés directement sur la pellicule en sortie de projecteur.

« Concernant le traitement chimique, le noir et blanc s’est révélé bien plus intéressant que le matériau couleur. À l’aide de la technique du virage des couleurs, on peut remplacer les particules qui se teignent en noir par des métaux qui prennent d’autres couleurs. En utilisant du soufre on obtient tout un dégradé de bruns ; à l’aide du cuivre, une palette de rouge-brun ; avec l’oxyde d’uranium, une variété de jaune-brun ; avec de l’or, des teintes rouge-orangées [...] »

Sur le plan sonore, Thomas Köner, dispose de deux microphones afin de constituer une stéréophonie singulière. Le premier microphone, très directionnel, est placé à l’entrée du film dans le projecteur c’est-à-dire à quelques millimètres seulement de la pellicule de telle sorte qu’il devient possible de capter le son de la décomposition de la pellicule. Le deuxième, un micro pastille servant d’ordinaire à amplifier les instruments acoustiques, est placé à l’intérieur même du projecteur. Le tout, relié à différents appareils – une table de mixage, un filtre passe-bas artisanal (construit par le compositeur), ainsi qu’un grand nombre d’effets – permet d’établir en parallèle de l’image une translation sonore de ce qui s’opère sur la pellicule en une sorte de synesthésie « pervertie ».

Le son du projecteur et celui de la matière visuelle en décomposition sont donc les deux éléments de base qui se déploient sur les enceintes dans un grand volume sonore. En travaillant sur ces deux éléments, Thomas Köner renvoie symboliquement à la naissance même de la musique au cinéma dont on peut lire dans de nombreux manuels que celle-ci fut employée à l’origine pour couvrir le « son désagréable du projecteur ». À cette proposition sonore originelle s’oppose le son de la destruction de la matière cinématographique recomposée, autrement dit, une sorte de sacrifice musical paradoxal qui se reflèterait dans un riche jeu dialectique, l’évolution d’un art cinématographique dont l’enjeu serait son propre renoncement.


Biographie des intervenants

Érik Bullot est né en 1963. Après des études à l’École nationale de la photographie (Arles) et à l’Idhec (Paris), il réalise des films à mi-chemin du film d’artiste et du documentaire. Sa filmographie compte plus d’une vingtaine de titres, dont Le Singe de la lumière (2002), Glossolalie (2005, édité en DVD en 2006), Trois faces (2007). Son travail a été présenté dans de nombreux festivals et musées, notamment le Jeu de Paume (Paris), La Enana Marrón (Madrid), la Biennale de l’image en mouvement (Genève), CCCB (Barcelone). Une monographie, accompagnée d’un DVD, lui a été consacrée en 2003 aux éditions Léo Scheer.

Membre du collectif pointligneplan, il a coordonné l’ouvrage pointligneplan, Cinéma et art contemporain aux éditions Léo Scheer en 2002. Il a publié plusieurs ouvrages : Tombeau pour un excentrique, roman (Deyrolle, 1996) ; Jardins-rébus, essai (Actes Sud, 1999) ; Le Singe de la lumière, catalogue (Le Crédac, 2002) ; Sayat Nova, essai (Yellow Now, 2007) ; Renversements 1. Notes sur le cinéma (Paris Expérimental, 2009). Il prépare un essai sur les relations entre le cinéma et l’art. Il est également visiting professor à l’Université de Buffalo aux États-Unis.
www.lecinemadeerikbullot.com

Philippe Langlois est né en 1970, enseigne l’histoire et la théorie du sonore à l’Ecole des Beaux Arts du Mans et coordonne depuis 2002, avec Frank Smith, l’Atelier de création radiophonique de France Culture.

Jérôme Poret vit et travaille entre Berlin et la France. http://www.labelle69.org/ http://www.virb.com/jeromeporet/ http://www.myspace.com/jeromeporet
1994, DNSEP, école nationale supérieure d’art de Bourges.
Il a fondé, avec l’association Emmetrop, le Transpalette et a conçu et suivi sa programmation de 1997 à 2007 ; il est le créateur du label labelle69 qui produit des rencontres d’artistes sur support disques vinyles. Intervient régulièrement en école d’art. Il est représenté par la galerie Frédéric Giroux, Paris.

 
Peter Szendy  est maître de conférences au département de philosophie de l'université de Paris Ouest Nanterre La Défense et conseiller musicologique pour les programmes de la Cité de la musique à Paris. Il est notamment l'auteur de: Ecoute, une histoire de nos oreilles (Minuit, 2001); Membres fantômes. Des corps musiciens (Minuit, 2002); Wonderland. La musique, recto verso (avec Georges Aperghis, Bayard, 2004); Sur écoute. Esthétique de l'espionnage (Minuit, 2007); Tubes. La philosophie dans le juke-box (Minuit, 2008).

 

 

 

 

 

 


Tag(s) : #PEDAGOGIES ET TRANSMISSION