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EXPÉRIENCES D'ÉCOUTE(S)

Festival MAZA'GRAND Lyon 7e

21 juillet 2013

Collectif ZEM (Le zèbre et la mouette)

Le bar à sons au festival Maza'grand

Le bar à sons au festival Maza'grand

Un dimanche après-midi relativement caniculaire, je décide d'allers rafraîchir mes oreilles avec le collectif lyonnais ZEM (Le zèbre et la mouette) composés de 6 réalisateurs sonores et d'1 musicien comme il le disent eux-même.

Dans le cadre du festival de quartier Maza'Grand, dans le 7e arrondissement de Lyon, deux propositions sont présentées, l'une sous forme d'installation point d'écoute, l'autre sous forme d'une balade sonore audio-guidée.

 

Tout d'abord, un bar à sons nous invite à déguster des sons tous frais servis. Nous prenons place à une table, et une souriante serveuse nous propose la carte de sons, en nous en expliquant le principe. Il s'agit de choisir, dans une carte du jour bien fournie, un ou plusieurs sons (jusqu'à huit), classés par catégories. La serveuse rend note des numéros choisis, qu'elle transmettra au "distributeur", qui à son tour nous servira les sons à table, par le biais de casques stéréophoniques.

On compose ainsi son menu sonore à volonté, car on peut commander ainsi à la carte jusqu'à ce que l'oreille soit complètement repue.

Détail important, à chaque table, les consommateurs écouteront les mêmes sons, ce qui peut favoriser la conscience d'une écoute collective, une commande concertée, voire des discussions partagées autour des sons.

Ces derniers sont de factures et de styles très divers, allant de quelques secondes à une trentaine de minutes, parfois composés par les membres de collectif ZEM, parfois empruntés à des artistes ou radios. L'écoutant peut ainsi avoir une idée assez large de la création sonore, sauter du coq, naviguer à sa guise et selon ces envies au gré de petites histoires pour les oreilles. Pour ma part, entre autres sons, j'ai beaucoup aimé un très sympaique reportage sur des vignerons qui expliquent leur volonté de vignifier des vins de la façon la plus naturelle qui soit, en respectant le terroir et peut-être surtout le consommateur !

Pour en revenir au bar à sons, le concept est simple, efficace, convivial, une excellent façon pour s'initier à la création sonore sans prise de tête.

 

Deuxième proposition, une balade sonore d'une trentaine de minutes dans les rues adjacentes au festival. Tout d'abord, on nous équipe d'une ceinture avec un boîtier permettant de brancher son casque audio. Une guide, après quelques consignes, nous emmène alors à la découverte de sons enfouis dans différents espaces, des voix fantômes, des sons ectoplasmiques que l'oreille nue ne saurait entendre.

Nous somme reliés, harnachés telle une cordée assez prêts les uns aux autres par les câbles du dispositif d'écoute, ce qui nous obligent à marcher et à manœuvrer de concert dans d'étroits passages, formant ainsi un groupe physiquement assez soudé.

Comme dans d'autres balades audio-guidées, il en existe aujourd'hui pléthore,,des sons viennent se frotter à l'existant, voix, chants, vents, nous questionnant souvent pour savoir qu'est ce qui est dans le casque et qu' est ce qui pourrait être hors du casque, "dans la vraie vie". De forts beaux passages rythment la déambulation, appels intimes dans un jardin, conversation en langue chinoise, dans la jungle d'un délaissé urbain, voix d'enfants roumains, ou bulgares, de l'Est, qui nous murmurent une histoire au fond d'une cave plongée dans la pénombre. Ces ambiances joliment brodées dans des espaces sonores ou les plans passent d'une lointaine réverbération à un chuchotement au creux de l'oreille nous rappellent la belle diversité et mixité culturelle, linguistique du quartier de la Guillotière.

Cette balade sonore et les spécificités du lieu font d'ailleurs écho à une autre promenade écoute que nous avons proposé (Desartsonnants et Atelier 500)récemment dans le même quartier, à oreilles nues cette fois-ci.

D'ailleurs, à plusieurs reprises, j'ai été tenté d'ôter le casque de mes oreilles, pour voir comment l'espace sonnait vraiment, ne le faisant du reste pas pour ne pas casser la dynamique de mon écoute personnelle, ni celle du groupe d'écoutants que nous formions.

J'aurais volontiers imaginé une forme de promenade écoute mixte, où l'on commençait par déambuler en écoutant sans dispositif, les sons réels, et puis peut-être en reprenant le même parcours avec une couche rajoutée de ce qui pourrait être de la "réalité augmentée" par le biais du dispositif audioguidé. Mais c'est sans doute mon désir personnel de laisser au maximum l'écoute à l'air libre. En tout cas, dans une forme assez courte, et sans prétentions de nous asséner un discours pédagogique ou artistique alambiqué,le ZEM joue finement sur l'approche sensible de l'écoute in situ, et cela fonctionne parfaitement bien.