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COAL
POUR ENTENDRE LA MEMOIRE
D
E LA MINE
Jusqu'au 10 décembre à Loos-en-Gohelle
(Pas de Calais)




http://jac.dewailly.free.fr/images/Terril11_19_064.jpgCAOL, le titre de l'xposition, signifie charbon en anglais.
Loos-en-Gohelle a connu, il y a quelques décénies, une énorme activité minière rassemblant des ouvriers du nord de la France, mais aussi des allemands de la Rhur, des silésiens.
Cette activité minière aujourdh'ui disparue a laissé un patrimoine industriel de bâtiments, de terrils, mais aussi un patrimone mémoriel d'histoire et de souvenirs encore vifs de cette épopée minière.
COAL tente donc de retracer non pas une mémoire, mais des mémoires multiples de la mine.
Je ne vous présenterai pas ici la totalité de cette exposition, mais comme souvent, je focaliserai sur une œuvre constituant une sorte de mémoire sonore imaginaire de la mine.

Dans le domaine du sonore, on se souvient de ce canular d'il y a quelques années où, une vidéo et des articles de doctes scientifiques à l'appui, on nous assurait que l'on avait réussi à écouter des paroles de potiers qui avaient été gravées involontairement dans les stries de récipients  en  terre tournée.
Dans le domaine des arts de la rue, le Théâtre de l'Eléphant vert avec Chercheurs de mémoire, a inventé un appareil qui fait ressurgir des sons fantômes dans des quartiers urbains, Benoit Faivre nous conte dans l'installation sonore Complément d'objets, l'histoire d'un mécanicien ayant mis au point une technique pour faire parler les objets du quotidien, avec leurs joies et leurs drames cachés dans la matière...
Bref, l'imaginaire autour d'une archéologie sonore, au même titre que la mémoire des molécules d'eau, des matières, fait rêver scientifiques comme artistes.

Pour en revenir à ces derniers, Cléa Coudsi et Eric Herbin, duo d'artistes plasticiens sonores français, dont j'ai découvert trois installations sonores au cours des précédentes éditions de City Sonics, œuvrent régulièrement, au travers leurs installations, collages,  assemblages plastico-sonore, autour de l'acte mémoriel.
Cette mémoire sonore en quelque sorte patrimoniale, qui appartient de fait à tous ceux qui veulent bien la faire ressurgir et l'écouter comme des traces stratifiées de notre histoire.

Dans une installation joliment nomée "Ouverture pour un jour de fête", un dispositif sonore nous faisait entendre moult cris de marchands, d'appels à vendre de tous pays, reliès implicitement à ceux que Clément Jannequin mettait en Musique dans les cris de Paris. Sauts et croisements  géographiques et temporels qui réactivaient une mémoire à la fois locale et planétaire.
Dans leur deuxième installation "Bien des choses", ce sont des cartes postales exposées en un mur imposant qui, lorsqu'on les ouvre, nous font entendre des voix ou des ambiances de vacances, messages sonores nostaliques, drôles, enjoués... Là encore nous somme confrontés à cette mémoire de voyages, d'éloignements, de nouvelles données à la famille, aux amis, par un média-support photographique et épistolaire qui, internet aidant, tend aujourd'hui à s'estomper peu à peu.

Vidéo "Bien des choses"





[othersidebreak1.jpg]Une autre installation, "Other Side Breack", nous donne à voir et à entendre un énorme circuit constitué de vinyls savamment découpés et réassemblés, sur lequel circulent de petits véhicules équipés de têtes de lecture à microsillons. Ces voitures "Vinyls killers", équipés d'un HP, crachotent des sons tirés de leur circulation sur cette piste vinylique. En même temps, elle font ressurgir une mémoire sonore morcelée, déconstruite et  artificiellement recomposée au gré de leur circuit, en extrayant des bribes de sons gravés dans la matière plastique des microssillons.



Et enfin, le dernier opus du duo Coudsi Herbin, celui présenté actuellement à
Loos-en-Gohelle, est plus que jamais orienté sur un travail mémoriel, celui de la mine en l'occurrence, avec l'installation "Back Noise"

14 têtes de lectures viennent gratter 14 gaillettes, gros morceaux de charbons, pour en faire entendre leur chant, en une sorte d'assemblage de platines audio géante. Il ne s'agit pas ici d'une restitution de paroles ou de paysages sonores réalistes, gravés dans les strates du charbon, mais plutôt d'une mémoire imaginaire, d'un son de matière brute. Cependant les chants cette matière charbonneuse qui à fait vivre (et souffrir) tant de familles, devraient faire remonter à la surface des mémoires bien des images d'un temps passé, qu'elles soient gaies ou douloureuses.

http://blog.coalexpo.eu/wp-content/img_5202.jpg



Cléa Coudsi et Eric Herbin sont, je le pense, deux artistes installateurs sonores qui abordent cet art avec beaucoup de fraîcheur et de pertinence. Ils font partie d'une nouvelle génération d'artistes sonores qui ont encore, gageons-le, beaucoup de belles choses à nous montrer et à nous faire entendre.





Tag(s) : #ARTISTES ET OEUVRES